Désorganisation orchestrée en LP !

vendredi 10 décembre 2010

Les formations professionnelles après la troisième accueillent environ 50% d’une classe d’âge et les conditions d’éducation offertes se dégradent. L’objectif est-il toujours de permettre une intégration professionnelle et d’offrir une possibilité d’évolution ? Non, nous croyons qu’il s’agit de créer une masse employable, licenciable, critiquable, obéissante parce que démunie pour accroître les bénéfices des entreprises. Cette absence de qualifications professionnelles est synonyme de baisse des revenus, d’emplois précaires.

Désorganisation de l’enseignement

La labellisation « lycée des métiers » qui modifie le public est à l’origine d’une désorganisation des enseignements. Les élèves, au sein d’un LP, ont maintenant des statuts différents : élèves sous statut scolaire, côtoyant des apprentis et des adultes en formation continue ! (cf article du journal de septembre). Les CFA publics et les LP ne font plus qu’un ! Comme l’apport des apprentis est souvent insuffisant pour atteindre les effectifs préconisés par l’administration, des « formations mixtes » ont été créées, regroupant des élèves de 2 professions différentes (par exemple soudage et productique) : tout pour supprimer la culture de la classe ouvrière !

Remplir les classes

Le nombre d’apprenants par classe est en nette augmentation : 27 (15 + 12 en cas de regroupement), 32 en tertiaire. Nos élèves, qui ont accumulé des retards scolaires et pris en grippe l’enseignement général, se retrouvent dans de grands groupes qui ne permettent plus de leur redonner le goût du savoir, ce qui était l’atout des LP. Avoir en CAP un groupe de 15 élèves alors qu’ils étaient au maximum 8 en atelier l’année précédente en SEGPA ne peut apparaître comme une condition favorable ! L’ hétérogénéité des niveaux et des âges devient ingérable. L’objectif est-il encore une orientation et une formation des élèves ou simplement un remplissage des structures ? Le nombre d’élèves a subi une telle augmentation que dans certains établissements se pose le problème du respect du droit du travail (volume par personne dans une salle).

Les référentiels sont mis en place sans aucune concertation préalable. Par exemple, un nouveau bac pro 3 ans a vu le jour au milieu de l’été. Les élèves s’étaient inscrits à une autre formation mais ont été accueillis dans ce nouveau bac (BAC ARCU) que les enseignants découvraient aussi. Comment, dans ces conditions, espérer une implication des élèves dans leur formation ? En Prévention Santé Environnement, les élèves doivent maintenant préparer le brevet de Sauveteur Secouriste du Travail mais les moyens nécessaires n’ont pas été donnés : 12 heures par groupe de 10 élèves ! Comment faire ? des HSA ou HSE !

L’accompagnement personnalisé) a été conçu de façon à faire croire à chacun que « le projet de l’élève est au centre du système », alors que la réforme a supprimé 1000 heures d’enseignement. L’organisation de l’AP est erratique : mise en place avec des HSA et HSE, sans concertation de l’équipe pédagogique, sans formation, mise en barrette des enseignants… Nous parions sur une disparition rapide de ces heures qui compliquent l’organisation pédagogique des établissements.

Amateurisme et cafouillage

Le suivi des élèves en entreprise est aussi un problème. Les élèves ont 22 semaines de stage sur 3 ans et les apprentis sont soumis au rythme de l’alternance. Qui suit les élèves en stage ? Quand ? Comment ? Ce sont des questions sans réponse. Le BO veut que « l’équipe pédagogique » soit responsable mais ne réfléchit pas à la faisabilité. L’administration essaie seulement de détourner ces textes pour tenter d’annualiser les services des enseignants ou de les contraindre à travailler gratuitement.

La suppression du BEP a entraîné la mise en place d’une certification en fin de 2ème année de formation. Les classes de 1ère Bac pro doivent passer une épreuve ponctuelle en Français, Histoire-géo et Éducation civique. C’est la seule épreuve nationale, les autres étant en Contrôle en Cours de Formation (CCF). La date n’est pas connue ! Fin mai, début juin 2011, quand la moitié des lycéens seront en stage. Certains seront à des centaines de kilomètres mais devront revenir une journée. Le pourront-ils ? Qui paiera leurs frais de déplacement ? Ces élèves passent entre 8 et 10 semaines en entreprise. Certains partent en mai- juin, d’autres avant. Ces derniers n’auront pas le même nombre d’heures d’enseignement, car ils reviendront au lycée début juin, et auront cours après cette épreuve de certification. Ils auront 24 h de cours en moins. Comment peut-on encore parler de revalorisation de l’enseignement professionnel, avec des réformes si injustes ?

Les lycées professionnels ont aussi droit aux postes partagés, aux profs-stagiaires sans formation ni tuteurs, aux problèmes de remplacements, aux oraux de bac pro caricaturaux, au conseil pédagogique, à la difficulté d’enseigner, à la gestion des élèves en grande difficulté ou handicapés…

Devant tant d’amateurisme et de cafouillage, il y aurait une volonté gouvernementale de détruire les LP qu’on ne s’y prendrait pas autrement.

Commission
Enseignement professionnel

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