Vers un statut de "super-directeur" ?

 septembre 2001
mis à jour dimanche 3 avril 2005

Le 25 juillet dernier, le ministère de l’éducation nationale -en la personne de Christian Forestier, directeur de cabinet- a rencontré les syndicats SNUIPP-FSU, UNSA Education, SGEN-CFDT et SNUDI-FO qui revendiquent un statut et des avantages pour les directeurs d’école maternelle et élémentaire.

Les propositions du ministère, destinées à « améliorer les conditions de recrutement et de travail des directeurs d’école », concernent « trois domaines majeurs » :
- l’accès à la fonction (qui sera facilité), la formation continue et les décharges de service (quatre jours par mois pour tous les directeurs d’école de 5 classes, et ce d’ici trois ans)
- la revalorisation indemnitaire des directeurs d’école : une fourchette est proposée, allant de 4000 F environ à 10000 F annuels selon les groupes de rattachement des directeurs
- le réaménagement à terme du premier degré en France, car si le ministère est prêt à céder quelques avantages matériels (fort limités à côté des privilèges dont bénéficient actuellement les directeurs d’école de Paris) c’est pour mieux faire passer ce qui constitue le vrai « domaine majeur » de ces projets : la mise en place des groupements d’école et de structures en résultant.

Deux formules sont envisagées pour ce réaménagement :

1 - les groupements d’écoles, réunissant 15 à 20 classes, en milieu rural dans un premier temps (« mais il n’est pas exclu de le faire en milieu urbain ») ; pour organiser « la communication » entre les écoles seront nommés pour trois ans des « coordonnateurs » dont il est précisé qu’ils « ne sauraient être confondus avec de super-directeurs » (la dénégation vaut-elle aveu ?)

2 - le regroupement d’écoles associées, formule plus « structurante » où les écoles seraient associées plus étroitement et où les coordonnateurs auraient un rôle plus important, aussi bien dans la sphère pédagogique que dans celle des relations avec les collectivités locales et les élus.

« La MUTUALISATION des moyens matériels et humains serait le gage d’une efficacité pédagogique accrue et d’une utilisation plus rationnelle des moyens disponibles. »

Serons-nous taxés de mauvais esprit en soulignant que ces projets rappellent fâcheusement ceux du rapport Pair (commandé par C. Allègre en 1997) ?

Le ministre actuel ne tente-t-il pas d’en faire appliquer les dispositions par touches successives ?

Et nos collègues syndicalistes majoritaires et « représentatifs » ne vont-ils pas être tentés de laisser l’administration mettre en place un statut de super-directeur en échange de quelques avantages matériels ?

Il serait paradoxal - mais le contexte semble propice aux retours en arrière autoritaires et sécuritaires - que J. Lang fasse passer en douceur, sous un autre habillage, l’idée provocatrice du « maître-directeur » qui avait été rejetée massivement par les enseignants sous le règne de son prédécesseur Monory en ... 1987 !

Plus que jamais nous devons opposer à cette conception du « chef » d’établissement -quel que soit le nom dont on l’affuble- celle du fonctionnement collectif, autrement plus efficace, égalitaire et démocratique.

Nous devons :

- rappeler les prérogatives du conseil des maîtres, les faire appliquer sans concession et lutter pour qu’elles perdurent et s’étendent.

- exiger que des moyens et des temps de décharge soient attribués aux écoles et non à des individus-directeurs, que des personnels administratifs spécifiques et titulaires soient engagés pour effectuer les tâches strictement administratives et comptables.

Pour SUD Education, il s’agit de résister aux tentations caporalistes qui se profilent derrière la reconnaissance statutaire de la fonction directoriale et aux tentatives de division des personnels enseignants, mais aussi d’en profiter pour ouvrir largement le débat sur la question du fonctionnement de l’école maternelle et élémentaire.

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