Vague répressive à Marseille

Désobéisseurs
samedi 29 août 2009

Dans les Bouches du Rhône, les profs d’école ont inauguré la vague estivale de répression à l’encontre des « désobéisseurs » : le 7 juillet, Erwan Redon, enseignant à l’école des Convalescents, quartier de Belsunce à Marseille, était convoqué devant une Commission Paritaire pour répondre de son « insuffisance professionnelle ».

Les pratiques marseillaises

Rappelons tout d’abord qu’il existe deux sortes de commissions devant lesquelles tout un chacun peut être amené à comparaître :
- une commission pour faute professionnelle avec, in fine, une échelle de sanctions allant de l’avertissement à la révocation ;
- une commission pour insuffisance professionnelle qui n’est pas en soi une instance de sanction, mais qui intervient après avoir tenté de trouver une solution pour répondre aux incapacités professionnelles de l’enseignant la plupart du temps d’ordre physique ou mental. Elle conduit à prononcer ou pas un licenciement pour insuffisance professionnelle.

En ce qui concerne Erwan, nous étions dans le deuxième cas de figure : celui qui devait conduire inévitablement cet instit. rebelle à la case « chômage ». En effet, l’inspection académique des Bouches du Rhône et les représentants syndicaux ont coutume de considérer ces 2 commissions comme inter changeables : une insuffisance professionnelle est une faute professionnelle et vice-versa. Il faut préciser à la décharge des élus du personnel (dont, vous l’avez compris, Sud Éducation ne fait pas partie) et de l’inspection académique qu’un licenciement est, si l’on peut dire, plus avantageux pour la personne mise en cause. Elle a la possibilité de toucher une indemnité de licenciement égale à environ un mois de salaire par année travaillée et peut également visiter le Pôle Emploi alors que la révocation ne donne lieu à aucune indemnité.

On ne peut s’empêcher de reconnaître le caractère responsable de ces partenaires sociaux…

Recrudescence des licenciements parmi les profs

Ainsi, dans notre département, Sabine, prof d’école à La Ciotat a été licenciée en 2005 pour insuffisance professionnelle après 5 ans de service, avec dans son dossier des rapports d’inspection qui se dégradaient de visite en visite, une aide minimaliste apportée, des lettres de délation de la part de directrice, de collègues et de parents : après quelques boulots à durée déterminée elle fréquente à nouveau le pôle Emploi de La Ciotat. Contactée par nos soins pour l’informer du cas d’Erwan, elle était prête à venir témoigner en CAPD.

Après discussion avec un élu du personnel, il est apparu que chaque année des cas semblables se déroulent mais difficile d’en savoir plus !

Sauf que cette année, 2 autres professeurs des écoles étaient convoqués, quinze jours avant Erwan, accusés eux aussi d’insuffisance professionnelle : le tort de l’une d’entre elles, à quelques années de la retraite, était de ne pas être d’accord avec sa directrice et de l’avoir dit. Leur sort s’est réglé par compromis entre IA et élus : pas de licenciement mais des sanctions.

Il en est de même dans le secondaire où le recours au licenciement s’est multiplié.

Création-éclair d’un Comité de soutien

C’est donc en ayant connaissance de ces données que le Comité de Soutien s’est créé le jour de la réception par Erwan d’une lettre recommandée l’invitant à venir consulter son dossier à l’IA.

Nous étions persuadés qu’il s’agissait soit de le mettre au pas par le biais d’un compromis-camisole de force, soit de le licencier purement et simplement, ceci afin de faire un exemple parmi les enseignants désobéisseurs. Erwan, quant à lui était déterminé : il n’accepterait aucun compromis.

Le Comité de Soutien, en 1 mois de temps, s’est occupé de fédérer les forces militantes du département en se dotant notamment d’un site, de médiatiser l’affaire, d’organiser une journée de grève en soutien à Erwan, de rassembler des signatures (7500 à l’heure actuelle) de militants et de personnalités, de collecter l’argent pour les frais d’avocat de Maître Terrel. À l’intérieur de ce Comité, un groupe intersyndical de défenseurs (UDAS, Sud éducation, Snuipp) s’est constitué qui a travaillé en concertation, jour et nuit afin de répondre point par point tant sur la forme que sur le fond, aux accusations dressées par l’administration.

Mais que reproche l’I.A. à Erwan Redon ?

Beaucoup de choses diverses et variées allant du « chiffon maculé de noir » traînant dans l’évier de sa classe pour tout signe d’accueil à l’inspectrice venue faire sa visite de non-inspection — Erwan fait partie des refuseux d’inspection — ( eut-il été jaune, le chiffon serait peut-être passé inaperçu ?) , des « armoires non ergonomiques (?) » surchargées de cartons, des « affichages qui ne retiennent pas l’attention » mais malgré tout notées par l’inspectrice, des fichiers Freinet datant de 1970 (!), une tenue des cahiers reprochable, l’absence de systématisation des apprentissages. Mais aussi le refus de faire passer les évaluations de CM en janvier, le remplacement de l’aide personnalisée par des ateliers éducatifs libres et ouverts à tous (qui lui ont valu à lui et à sa collègue 32 jours de retrait de salaire, décision qui vient d’être suspendue par le T.A. de Marseille, saisi par les 2 compères, ce mois d’août). Puis, une gestion de la classe qu’un de ses inspecteurs a qualifiée de « mauvais centre aéré » et qui vaut à Erwan l’attribut d’« indigne de la fonction publique ». Pour finir, le propos que l’on retrouve inlassablement dans les rapports d’inspection visant à culpabiliser les éducateurs que nous revendiquons d’être ou tout du moins tendons à être : « nuit gravement aux enfants, à fortiori ceux en difficulté ».

Face à la répression, une seule réponse : solidarité !

Le 7 juillet, des 4 coins de la France, des militants pour une autre école ont convergé vers Marseille. Une conférence de presse s’est tenue en présence des enseignants « désobéisseurs » qui, eux aussi, sont dans le collimateur de l’Éducation nationale. Une manifestation s’est ensuite dirigée vers l’Inspection académique où des CRS goldorakés barraient l’entrée. Les manifestants à dominante rouge et noir, issus des milieux enseignants mais également d’autres secteurs, sont restés là jusqu’à 13h chantant ou scandant des slogans. Pendant ce temps, les témoins d’Erwan — parents d’élèves, collègue de travail, inspecteur à la retraite, pédagogue militant —, confinés derrière les vitres de l’IA, attendaient d’être entendus. Puis Erwan est sorti accompagné de ses défenseurs qui ont pris la parole : la Commission était reportée. En effet durant 3 heures, seule la question des vices de forme a été abordée au vu des nombreux manquements soulevés par la défense dont le plus énorme était de vouloir transformer sur le champ le motif de la Commission elle-même : passer de l’insuffisance professionnelle à la faute professionnelle !

La compétence juridique de Jean François Fontana de Sud éducation Paris, l’acharnement et la solidarité de l’ensemble des défenseurs ont eu raison de la Commission qui a décidé de clore cette réunion et de prévoir une nouvelle Commission pour la rentrée et cette fois-ci pour « manquement à obligations professionnelles ».

À l’heure d’aujourd’hui, à Marseille, le plan vigi-répression reste en permanence activé…

S’attaquer à l’un d’entre nous c’est s’attaquer à tous !

Sud éducation Bouches du Rhône

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