Une offensive idéologique contre la laïcité

samedi 15 novembre 2008

En juin dernier à Saint jean de Monts, le congrès national de l’Union syndicale Solidaires a travaillé entre autres, sur la laïcité sur proposition de Sud éducation. Le congrès a retenu à une très large majorité le texte suivant.

Depuis son accession à la présidence de la République, Nicolas Sarkozy met à mal un certain nombre des principes fondamentaux en multipliant notamment les déclarations faisant la part belle aux valeurs chrétiennes « fondement de notre civilisation ». Cent ans après la loi française de la séparation de l’Église et de l’État, la laïcité reste une question sensible. Parce que la question de la place des écoles religieuses privées n’est pas réglée et que les régimes d’exception continuent d’exister. Parce que le traitement égalitaire des religions, qu’impose de la loi de 1905, n’est pas aujourd’hui respecté. Parce que la montée des communautarismes, sur fond de souffrance sociale, de discriminations multiples et de politiques sécuritaires pour imposer l’ordre néo-libéral, met en évidence l’écart grandissant entre les idéaux de la République et la république réelle.

Dans cette situation, il est important pour une organisation syndicale d’avoir un certain nombre de repères qui lui permettent de s’orienter dans un débat souvent passionné.

  1. Le principe de laïcité impose la séparation du politique et du religieux.
  2. Ce principe n’est pas contradictoire avec la possibilité pour des groupes particuliers ou des individus d’affirmer publiquement leurs convictions religieuses ou philosophiques.
  3. Cette possibilité doit s’exercer dans le respect des valeurs de la République, des droits et des lois qui les mettent en œuvre.
  4. La laïcité implique que toutes les religions soient traitées de façon identique par le pouvoir politique, et ce à tous les niveaux.
  5. La laïcité n’englobe pas tous les aspects de la vie sociale. En particulier la question sociale ne lui est pas réductible.

La défense de la laïcité est, pour l’Union syndicale Solidaires, une nécessité pour assurer la coexistence des citoyens, ici en France et en Europe, mais aussi pour soutenir dans le monde entier toutes les femmes et tous les hommes dont les libertés fondamentales sont entravées. Défendre la laïcité, c’est aussi refuser de voir la société s’orienter vers une juxtaposition de communautés religieuses ou ethniques fonctionnant chacune avec ses règles dans un monde cloisonné par les croyances ou les origines.

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Les curés et les pasteurs, je lse emmerde !

Les religions sont de plus en plus souvent convoquées dans le discours public pour suppléer au désengagement de l’Etat. Les missions qui leur étaient dévolues au XIXe siècle reviennent au devant de la scène :
- contrôle social des populations afin de freiner l’aspiration au changement social ;
- renforcement du rôle caritatif pour prendre en charge la pauvreté et l’exclusion. La charité est appelée à remplacer la solidarité.

Une seule école : l’école publique et laïque

L’éducation scolaire est une fonction qui doit être garantie par la société toute entière. Elle ne peut donc se dérouler que dans un espace public et laïque. L’enseignement privé confessionnel joue un rôle social ségrégatif. Les enfants n’ont pas à subir le choix parental d’une éducation scolaire séparée.

De ce fait, Solidaires refuse le dualisme scolaire et est opposé à l’existence d’établissements scolaires privés, majoritairement confessionnels (subventionnés ou non par l’État) qui, par l’affirmation de leur « caractère propre », enferment chacun dans une communauté définie par l’origine sociale ou la religion des parents, voire l’origine ethnique.

Contre le dualisme scolaire, Solidaires revendique l’unité de l’école publique. C’est pourquoi notre Union syndicale milite pour la nationalisation, sans indemnité ni rachat, de l’enseignement privé et l’intégration dans l’éducation nationale des personnels et des locaux qui relèvent de celui-ci.

C’est pourquoi encore nous refusons la mise en concurrence des établissements et revendiquons le maintien de la carte scolaire.
Lutter pour la laïcité, c’est lutter pour que tous les enfants trouvent et gardent leur place dans un service public d’éducation capable de diversifier ses pratiques pédagogiques ; cela ne signifie pas pour autant que nous nous satisfaisons du système scolaire actuel, qui reproduit, voire accentue, les inégalités sociales et laisse chaque jour davantage l’idéologie de la marchandisation s’installer par divers moyens (publicité, sponsoring, accords école-entreprise, Medef dans les lycées…) au cœur du système éducatif.

Contre l’école qui développe, voire magnifie la compétition de chacun contre tous, nous voulons une école qui développe les pratiques et les valeurs de coopération et d’égalité des droits.

Congrès de l’Union
syndicale Solidaires
Saint Jean de Monts, juin 2008