Une mobilisation porteuse d’espoir et qui reste encore à construire

Académie de Créteil
jeudi 25 mars 2010

Depuis deux mois, l’académie de Créteil est le théâtre de mobilisations porteuses de bien des espoirs : auto-organisation des luttes, rôle des AG, jonction entre le premier et le second degré, localement avec le supérieur.

Sur un fond de refus des réformes (réforme Chatel du lycée, décret EPLE, masterisation, CCF en Bac Pro, etc.), la colère éclate avec les DHG qui montrent que les collèges et les LP vont en priorité faire les frais, cette année, des suppressions de postes. Il s’agit d’épargner les lycées généraux et technologiques pour mieux faire passer les réformes. Cette dégradation des conditions de travail et le refus des réformes expliquent une présence équilibrée des collèges et des lycées dans les mobilisations. La décision ministérielle de recruter des étudiants en CDD de 4 semaines pour remplacer des enseignants-titulaires en Stage de Formation Continue ou en congé maternité, véritable provocation, achève de mettre le feu aux poudres. C’est le premier effet visible de la Masterisation, « Cheval de Troie » de la précarité, de la casse des statuts et de la disparition de la formation initiale rémunérée en alternance ! Impossible d’accepter que des stagiaires soient affectés à temps complet sur des classes sans formation !

Un mouvement qui se construit à la base

Le mouvement a démarré après la journée de grève interprofesionnelle du 21 janvier : en reconduisant la semaine suivante, quelques établissements ont montré la volonté de s’inscrire dans la durée. Ils ont initié ce que l’on appelle désormais « la grève marchante » : se mettre en grève pour s’inviter dans les établissements du secteur, de la commune, parfois dans un rayon plus large afin d’ancrer localement le mouvement. Ce qui explique l’importance prise par l’Assemblée Générale des établissements en lutte, qui dès le départ cherche à représenter la réalité du mouvement et tente de l’organiser. C’est cette AG qui appelle à la grève les 9, 16 et 18 février, avec notre appui, poussant ainsi l’intersyndicale académique à appeler ces mêmes jours.

Un mouvement qui n’a cessé de grandir

200 manifestants à Aubervilliers le 3 février, 600 le 6 à St Denis, 1500 à 2000 le 11 et le 16 à Paris et trois fois plus le 18 février de nouveau à Paris (de 3500 à 5000), avec une extension de la mobilisation en région parisienne.
La mobilisation du premier degré est symptomatique de la volonté de faire converger le mouvement : modeste le 4, mais très affirmée le 11 et le 16, ce que montrent les écoles fermées, à Aubervilliers, alors que l’organisation majoritaire n’appelait à la grève, dans le 93 et le 94, que le 18 !

Sud éducation s’est pleinement engagé dans cette lutte. Nous avons appelé à la grève dès le 9 février dans le 93 (avec la seule CGT) puis les 16 et 18 février dans le premier et le second degré en soutien à l’AG-Idf [1]. L’extension dans le 1er degré 93 est en grande partie le résultat du travail de nos militants. Pour nous, la lutte appartient à ceux qui en sont les acteurs, c’est pourquoi nous avons appuyé la création d’une AG des établissements et villes, demandé et obtenu la création d’un collectif d’animation. D’où nos exigences en termes de fonctionnement, en particulier notre volonté de parvenir à des votes sur mandats d’AG d’établissements ou de villes. Cette lutte se poursuit !

Le contexte de la lutte à la rentrée

Avec les congés de la zone C on pouvait craindre la fin du mouvement. Mais dans certaines académies de la zone B, des mobilisations ont fait leur apparition, par exemple à Marseille, Lyon, Lille, Rennes, Toulouse... Une intersyndicale nationale réunie le 17 février avait par ailleurs jeté un pont pour cette rentrée, en prenant la décision d’appeler à une journée de grève nationale le 12 mars.

Sur Créteil, diverses initiatives syndicales ont aidé à mobiliser dès le 10 : un rassemblement contre la précarité au Ministère à 14h à l’initiative de la CGT, un second contre la décentralisation des TOS et ses effets, à l’initiative de Sud éducation Île-de-France au Conseil régional. Lors de l’AG-IdF tenue à la veille des vacances, ces propositions ont fusionné à notre initiative pour faire du 10 une journée contre toutes les précarités dans l’Éducation, soit une manifestation du Ministère au Conseil régional !

La journée de grève et de manifestation du 12 mars a marqué une amplification significative de la mobilisation. En Île-de-France, on a compté 50% de grévistes et plus de 10 000 manifestants ! Le soir, l’AG-IdF a rassemblé plus de 200 grévistes, environ 150 établissements scolaires de la maternelle à l’université ainsi que 10 AG de ville rassemblant le plus souvent des collègues du 1er et du 2nd degré.

Le pari a donc été gagné : cette journée a bien constitué le retour dans l’action, après deux semaines de congé durant lesquelles les académies des zones A et B ont pris le relais des mobilisations de la région parisienne ! Le mouvement est maintenant national ! Va-t-il le rester et continuer à se développer ?

Fin mars : où en est le mouvement ?

Le soir du 12, l’intersyndicale nationale aurait dû proposer des suites sans attendre le 23 mars, afin de favoriser une participation massive des personnels de l’Education nationale à cette mobilisation interprofessionnelle. Sud éducation n’a pas ménagé ses efforts, mais ce fut peine perdue. La CGT Educ’Action, tenue par sa Confédération qui n’avait pour horizon que la journée du 23, y était hostile. Les autres organisations, dont le SNES, ont laissé faire. Face à la mobilisation dans l’académie de Créteil et sous la pression de l’AG-IdF, l’intersyndicale académique a néanmoins appelé à une journée de grève le 18. L’ensemble des syndicats Sud éducation était partie prenante de cet appel.

Le 18, pour autant, une baisse de la mobilisation se ressent, en dépit de quelques secteurs très actifs, comme à Saint-Denis. Le mouvement, qui dure depuis bientôt deux mois, paraît alors à la croisée des chemins : il est face à la perspective d’une jonction interprofessionnelle le 23 mars pour construire un rapport de force global et un mouvement d’ensemble et se donne également comme enjeu de travailler au rebond du mouvement au-delà de cette journée. C’est pourquoi Sud éducation Créteil soutient l’appel de l’AG-IdF du 18 mars.

Nos propositions

À nos collègues des écoles, collèges, lycées, LP, en Ile de France et dans tout le pays, nous proposons :

  • d’amplifier la grève marchante, de réunir des AG de ville, pour mobiliser les personnels du primaire, du secondaire et du supérieur, les parents, les lycéens, les étudiants… de s’adresser systématiquement à l’opinion et aux médias ;
  • de réunir des AG
    • pour assurer une forte participation aux grèves et manifestations ;
    • pour reconduire la grève dans l’éducation, comme dans un cadre interprofessionnel ;
  • de tenir des AG de Bassin, de départements, après le 23 mars, pour organiser les suites.

Aux organisations syndicales, nous demandons d’appeler nationalement à reconduire la grève à partir du 23/03.

Sud éducation Créteil, le 19 mars 2010

Manque criant d’enseignants remplaçants dans les écoles du 93 !

Luc Chatel veut recruter des retraités et des étudiants, Sud éducation dénonce la provocation.

Les écoles de Seine-Saint-Denis sont frappées par l’absence d’enseignants-remplaçants. Plusieurs milliers de journées de classe n’ont pas été remplacées depuis la rentrée de septembre. Pour la seule ville de Saint-Denis, ce sont plus de 800 journées de classe sans enseignants pour les élèves.

Les élèves sont répartis, les classes, surchargées, les conditions d’enseignement et de travail dégradées.

Depuis plusieurs mois, les enseignants avec leurs organisations syndicales et les parents d’élèves avec leur fédération sont très mobilisés sur cette question. Occupations d’écoles par les parents, grève et manifestation des enseignants, l’action prend de l’ampleur tous les jours.

Tous n’ont qu’une seule exigence : la création de postes d’enseignants-titulaires remplaçants.

Sur France 2, répondant à une question d’un journaliste sur le dépôt de plainte d’un parent d’élève de Pantin (93) contre l’Éducation nationale en raison du manque de remplaçants, Luc Chatel persiste et signe. Il a affirmé qu’il fallait diversifier le vivier de professeurs remplaçants en faisant appel à de « jeunes retraités ». Cette nouvelle déclaration est une provocation et rejoint le recrutement effectif d’étudiants en Master sur des contrats de 108 heures (4 semaines !) sur des missions de remplacement. C’est une preuve de plus pour Sud éducation que la masterisation est le « cheval de Troie » de la précarité dans l’éducation.

Sud éducation dénonce la précarisation imposée par le ministère et exige le recrutement d’urgence de 450 postes d’enseignants titulaires-remplaçants pour le 93.

Sud éducation Créteil


[1Assemblée générale Île de France

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