Un bouleversement fondamental du système éducatif

jeudi 21 janvier 2010

Aucune étude n’a jamais montré que le savoir académique des enseignants actuels était insuffisant au point de devoir leur rajouter deux années d’études universitaires. C’est que l’objectif de la réforme de la formation des enseignants décidée par Sarkozy est ailleurs.

Des orientations libérales et réactionnaires

Une politique gestionnaire voit dans cette réforme le moyen de faire des économies, en particulier en doublant le temps de service devant élèves des fonctionnaires stagiaires (environ un tiers de service aujourd’hui, deux tiers avec la réforme). C’est ainsi l’équivalent de plusieurs milliers de postes qui sera économisé chaque année. Et pour donner l’illusion de compenser on rajoute des années d’étude non payées… Mais il est erroné de voir là l’objectif essentiel de la réforme : supprimer des postes n’implique pas de bouleverser un domaine aussi sensible que le système éducatif.

Une idéologie réactionnaire défend l’idée qu’enseigner est un métier qui ne s’apprend pas, sinon en imitant quelque maître chevronné, et pour lequel une tête bien pleine de savoirs académiques suffit : la réforme représente l’aboutissement de la campagne orchestrée méthodiquement depuis une quinzaine d’années par ses partisans contre ce qu’ils appellent le « pédagogisme ». Les stages en responsabilité de 108 heures imposés dès cette année de transition par le ministère le montrent clairement : on peut envoyer enseigner pendant six semaines en responsabilité non plus des fonctionnaires stagiaires préparés et accompagnés mais des étudiants. Mettre en place ces stages, c’est cautionner cette régression historique.

Enfin, une orientation libérale conçoit cette réforme comme un pas supplémentaire et important dans la déstructuration de la Fonction Publique d’État et du statut de fonctionnaire : venant après la loi de 2005 qui autorise le recrutement de contractuels sur des emplois permanents, elle prépare un vivier important de personnes ayant un haut niveau de diplôme universitaire (master), se destinant à l’enseignement, mais recalées aux concours et n’ayant de ce fait aucune possibilité d’accéder au statut de fonctionnaire titulaire. Les dénégations ministérielles et l’affirmation qu’il faut prévoir des masters qui permettent des « réorientations » ne changent rien au fait que quelqu’un qui a suivi cinq ans (minimum) d’études universitaires en ayant en tête le métier d’enseignant, d’une part aura dans beaucoup de disciplines (Lettres et Sciences Humaines notamment) peu de reconversions possibles, d’autre part devra être pourvu d’une conscience militante aigüe pour refuser d’être embauché comme enseignant contractuel.

C’est la rencontre de ces trois orientations et l’opportunité de les mettre en œuvre simultanément qui donne à cette réforme un poids considérable et rend beaucoup plus difficile l’opposition de ses adversaires. Mais c’est en même temps ce caractère global, économique, politique et idéologique, qui fait qu’elle n’est pas négociable : la seule demande raisonnable c’est aujourd’hui son retrait.

Des conséquences immédiates inacceptables

Cette réforme est profondément antidémocratique dans son essence même : l’allongement des études universitaires non payées se fera au détriment des étudiants socialement les moins favorisés, et la surcharge de travail en deuxième année de master pénalisera les étudiants salariés.

Mais elle est porteuse d’une autre régression : le système actuel formait différemment mais au même niveau tous les enseignants (PE et PLC). Dans le cadre de la réforme, ce qui se profile, et que certains ont déjà accepté, c’est des masters de recherche pour les « vrais profs », entendons par là certifiés et agrégés, et des sous-masters, parce que c’est ainsi que seront perçus les masters professionnels, pour les « sous-profs » : PE et PLP. Si on se souvient de la difficulté qu’il y a eu à faire admettre en 1989 que les « instits » et les « profs » aient des statuts équivalents, on mesure là qui triomphe. Si nous acceptons de créer des masters professionnels réservés aux seuls PE et PLP (et CPE), nous tombons dans ce piège.

En effet cette réforme est redoutable aussi parce qu’elle impose finalement peu de choses : la circulaire de décembre 2009 fixe des « principes généraux » et précise : « les établissements d’enseignement supérieur sont invités à construire des cursus de formation ». À chacun de mettre en place les « parcours » qu’il voudra pour « ses » étudiants : c’est la stratégie libérale dans toute sa splendeur.

Sud éducation Puy-de-Dôme

Dernière minute

Au moment où nous bouclons, les arrêtés définissant les futurs concours viennent d’être publiés. Prenons garde à ne pas nous laisser entraîner dans des considérations (ou, pire, des négociations) boutiquières sur le contenu des épreuves. Celui-ci n’est qu’une conséquence de la réforme. Le modifier ne changerait rien à cette dernière : ce serait ne voir que l’arbrisseau et oublier la forêt.

Dans le même temps que cette réforme se met en place, le nombre de postes offerts aux concours de recrutement du second degré a légèrement baissé pour l’enseignement public, mais augmenté de manière impressionnante pour l’enseignement privé de 2009 à 2010 :
- + 121 % pour le Cafep-capes ;
- + 219 % pour le Cafep-plp .

Cherchez l’erreur...

Non, il ne s’agit pas d’une erreur, mais de la mise en place de la même politique gouvernementale.

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