Travailler moins, travailler tous et vivre mieux

vendredi 7 mars 2008
mis à jour mardi 13 mai 2008

Les Français ne travailleraient pas assez, ne sauraient plus « se lever tôt ». De là viendrait tout le mal, du déclin économique fantasmé - voir les progrès fulgurants du CAC 40 - au chômage de masse en passant par la « crise des banlieues ». Telle est l’antienne du patronat libéral, qui veut réduire les droits des salariés pour les exploiter plus librement. En corollaire, tout aussi libérale, l’idée martelée que celui qui veut gagner plus le peut : il lui suffit de travailler plus ! C’était le slogan phare de Sarkozy pendant sa campagne. C’est le fondement commun des principales attaques menées par le patronat et le gouvernement confondus : heures supplémentaires défiscalisées, allongement anticipé de la durée de cotisation pour la retraite - 41 ans dès 2012 - mise en avant du Compte Epargne Temps qui permet au salarié de vendre des jours de congé à son employeur (!)...

Les mesures prises dans le domaine de l’Education nationale n’échappent pas à cette logique. Là comme ailleurs, les suppressions massives de postes ne sont pas seulement des mesures comptables ou économiques conjoncturelles, mais le moyen de remettre en cause le droit du travail et les garanties collectives - attachées ici aux statuts des fonctionnaires - pour leur substituer une individualisation du rapport salarial, une mise en compétition et une plus grande soumission à la hiérarchie.

Les textes issus des ministères sont édifiants de ce point de vue. Que dit Darcos au sujet des profs ? « La seule récompense de leurs efforts était le temps qu’on leur accordait pour travailler moins, lorsqu’ils ne demandaient qu’à pouvoir s’engager davantage. Il est donc temps que nous nous posions la question de la redéfinition du métier d’enseignant ». Que dit le rapport Pochard ? « La commission estime que, de façon générale, une rémunération financière est préférable à une réduction du temps de travail ». Pour cela, il faut jeter à bas, comme dans le privé les conventions collectives, les statuts des fonctionnaires, et ici des enseignants : « examiner les possibilités de réintroduire dans le droit de la fonction publique, et bien sûr chez les enseignants, des éléments de négociation contractuelle et de contrat ». La formation des maîtres, par la place primordiale qu’elle accorde désormais à la notion de « compétences », et les nouvelles modalités d’évaluation préparent la définition d’emplois profilés où chacun pourra « travailler plus » pour se mettre en valeur.

Ceci permet de voir le lien étroit qui doit unir nos revendications et nos actions à celles de l’ensemble des salariés, des fonctions publiques comme des entreprises privées. Les conflits sociaux qui se multiplient depuis quelques mois (grande distribution le 1er février, Carrefour à Marseille, L’Oréal, Conforama, Prisma Presse…) font tous apparaître, derrière la question des rémunérations, une autre problématique : celle de la durée et des conditions du travail. Les salariés ont désormais l’impression - justifiée ! - de fournir des efforts, de faire plus, voire mieux, avec moins. Cette évolution est positive : la réduction du temps de travail avait fini, sous le poids de la propagande libérale et des errements des 35 heures, par être considérée comme utopique voire nuisible. Le déséquilibre entre les sacrifices consentis et les avantages obtenus fait que les temps, enfin, commencent à changer.

Si nous voulons mettre un terme à cette offensive libérale, c’est dans le sens d’une résistance à l’idéologie du « travailler plus pour gagner plus » qu’il faut orienter les luttes. Tout ce qui peut occulter cette dimension revendicative commune au profit de revendications sectorielles, voire corporatistes, est éminemment contre-productif. Ainsi, dans notre secteur, une grève sur les conditions de travail et la définition du métier d’enseignant limitée au seul second degré est, au mieux, un moyen de reculer de quelques mois telle mesure catégorielle, mais en aucun cas une grève capable de contribuer à porter un coup d’arrêt à la dynamique de régression sociale lancée par le gouvernement et le patronat. Que, comme chez Carrefour ou L’Oréal, les syndicats soient débordés par la base est un signe encourageant de combativité retrouvée ; mais cela ne peut nous satisfaire.


Face à l’ampleur des attaques gouvernementales et patronales, il est nécessaire de préparer une riposte générale. Il appartient aux organisations syndicales d’unifier les revendications et les actions, dans l’Education nationale pour ce qui nous concerne directement, mais au-delà, avec l’Union Solidaires, dans les fonctions publiques et avec l’ensemble des salarié-e-s de ce pays. C’est ce que Sud éducation propose à tous les travailleurs et à leurs organisations.

à Saint Denis, le 28 février 2008