Titulaire de la précarité, non merci !

Guyane, une académie hors normes
mardi 13 mai 2008

La Guyane, grande comme le Portugal et moins peuplée que le XVe arrondissement de Paris, a vu sa population doubler en quinze ans. Aujourd’hui près de la moitié des habitants a moins de vingt-cinq ans. Cette particularité pose un problème de taille : scolariser tous les enfants, alors que les constructions scolaires ne suivent pas la croissance de la population, et trouver des enseignants, alors même que le système de primes ne suffit pas à inciter les personnels à s’installer.

L’académie présente une autre particularité : le nombre d’enseignants non titulaires employés. Ils étaient, en 2007, environ 248 en primaire et 650 dans le secondaire (sur 5000 enseignants) : un enseignant sur cinq est donc non titulaire ! Et ce nombre augmente sans cesse puisque de nouveaux contractuels sont recrutés chaque semaine pour faire face aux besoins.

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Certains d’entre eux sont employés depuis 10 ans, comme des enseignants à part entière ; à ceci près qu’ils ont moins de droits, sont moins bien payés et ne peuvent pas se permettre de refuser les postes qu’on leur propose. S’ils refusent, ils ne sont plus employés et ne peuvent même pas bénéficier de l’allocation chômage !

Le Rectorat admet volontiers que, si l’on n’agit pas, il y aura d’ici 2 à 3 ans, plus de 1500 précaires en Guyane, soit près de 30% du corps enseignant. Face à ce constat, une seule solution : la titularisation de toutes et tous !

Pour une titularisation massive

En intersyndicale, Sud éducation Guyane a tenté de faire avancer la revendication d’une titularisation sans condition. Le Rectorat affiche aujourd’hui une volonté d’apporter des solutions contre cette précarité, qui apparaissent encore trop fragiles. Le Collectif des Enseignants Non Titulaires (Cent) a dû apporter l’essentiel des éléments pratiques ou juridiques à l’administration rectorale : il est, donc, évident que le Rectorat ne s’était jamais penché sur cette question.

Le Cent, qui existe depuis deux ans, s’est mobilisé à plusieurs reprises (grèves, tentatives de rendez-vous avec le recteur) et a demandé le soutien des organisations syndicales, en partie rassemblées en intersyndicale (Se-Unsa, Snetaa-eil, Sncl-Faen, Steg-Utg, et Sud éducation Guyane). Afin de sensibiliser les personnels non titulaires, une formation, réunissant plus d’une centaine de personnes, a été organisée en décembre, en dépit des tentatives d’intimidation du rectorat. Une nouvelle a eu lieu mi-avril, malgré l’obstruction répétée des services rectoraux, dans le but d’instaurer un rapport de force face à l’administration.

La solution est pourtant simple : le code de la Fonction publique préconise lui-même des dispositions concrètes visant à la titularisation des agents non titulaires. La loi Le Pors de 1984 permet par décret ministériel de titulariser des personnels, à leur demande, en les classant sur une liste d’aptitude. Cette procédure a déjà été utilisée en Guyane et dans l’Hexagone, et permet de titulariser sans concours les personnels en poste.

Pas de dialogue, pas de compromis

Arrivé le 7 février dernier, le recteur Wacheux, le troisième en deux ans, multiplie les déclarations. Pour lui, “l’emploi étant assuré par de la demande constante d’enseignants, il n’y a pas de précarité mais seulement de l’incertitude” et “il n’y aura aucune titularisation, quand bien même les non titulaires feraient 6 mois de grève”. Un homme de dialogue et de nuances, donc... Il a de plus ajouté qu’une augmentation du nombre de professeurs contractuels était envisagée, pour ne pas dire souhaitable, et que son travail consistait à leur proposer des “petites mesures” pour améliorer leur sort.

Face à de telles déclarations, excluant de fait toute perspective de titularisation, la proposition de signature d’un accord salarial pourtant particulièrement favorable aux non titulaires (des augmentations moyennes de 400 e mensuels), nous est apparue comme un moyen de casser le mouvement : nous avons refusé de le signer.

Aujourd’hui, la mobilisation se poursuit et le rapport de force se construit. La titularisation des personnels précaires dépendra d’une décision ministérielle qui ne s’obtiendra que par la lutte.

Notre académie ne sera pas le laboratoire gouvernemental du démembrement du statut de fonctionnaire par le recours au Cdi, solution “miracle” proposée par le Rectorat. Les seuls combats que l’on perd sont ceux que l’on n’a pas menés !

Sud éducation Guyane

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