Sud éducation au carrefour des luttes

Sans papiers
mardi 13 mai 2008

Les critères et les pratiques de régularisation des sans papiers ne cessent de se durcir. Après la réforme du CESEDA [1], contre laquelle nous nous sommes battus, a surgi un arsenal de dispositions contre le regroupement familial et les étrangers malades qui sont priés d’aller se faire soigner ailleurs. Quant au droit d’asile, il n’est accordé qu’à une infime minorité des demandeurs.

Les luttes victorieuses des travailleurs sans papiers de Buffalo Grill, Modeluxe, Métal couleur ou du restaurant de la Grande Armée, qui ont gagné leur régularisation par la lutte collective, ont donné un nouvel espoir aux sans papiers. Le gouvernement, de son côté, a médiatisé à outrance l’opportunité de “régularisation par le travail”.

C’est dans ce contexte que la circulaire d’application du 7 janvier a été accueillie par les uns (Cgt Massy, Droits Devant) comme une grande victoire sur Hortefeux et par les autres comme un leurre dangereux (Gisti, Mrap, Resf...)

Qu’en est-il exactement ?

Il y a bien eu une modification dans le Ceseda*, mais elle porte sur les conditions de régularisation exceptionnelle auxquelles il a été ajouté “et par le travail”. La circulaire du 7 janvier est claire : “Ce dispositif couvre par définition un nombre très limité de bénéficiaires, la finalité n’étant pas d’engager une opération générale de régularisation” et ce ne sont pas les travailleurs et travailleuses sans-papier qui doivent faire la démarche à la Préfecture pour leur régularisation, mais l’employeur ! Elle dresse la liste des emplois réservés aux membres de la communauté européenne d’une part, et ceux qui sont réservés aux extra-communautaires d’autre part : aux premiers, ressortissants des nouveaux états membres de l’UE pendant la période dite “transitoire” (entendez Bulgares, Roumains, Polonais, etc.) les métiers peu qualifiés, aux autres les métiers qualifiés. Exception faite pour les travailleurs des pays avec lesquels N. Sarkozy a signé des accords bilatéraux de maîtrise des flux migratoires, tels que le Sénégal, le Gabon ou le Congo, états avec lesquels il a troqué l’élargissement de la liste des métiers aux maçons, cuisiniers, ou femmes de chambre (limités en nombre) contre des facilités d’expulsion.

Il s’agit en somme d’un déplacement massif d’emplois : après avoir fait venir pendant des décennies des milliers de travailleurs d’Afrique, du Maghreb ou d’Asie, on les expulse pour les remplacer par les européens... les plus pauvres !

Le rôle des syndicats

Il est de deux ordres :

- la défense des droits des travailleurs dans l’entreprise, l’application du code du travail (paiement des salaires, congés, indemnités de licenciements, etc.)

- la lutte pour la régularisation.

Si les dispositions légales de “régularisation par le travail” sont inadaptées et dangereuses dans le cadre d’une initiative individuelle, elles peuvent constituer une brèche dans laquelle peut s’engouffrer l’action collective dans les entreprises avec le soutien fort des syndicats.
Sans-papiers, ils restent des travailleurs et c’est le rôle des organisations syndicales que de soutenir leurs revendications légitimes.

Le stage interprofessionnel Solidaires “Travail et Immigration”, qui a réuni des participants de Solidaires, de la Cgt, de Droits Devant ou du Gisti, a permis de mesurer la multiplicité des situations et des actions dans le cadre syndical : défense aux prud’hommes ; suivi des isolés, éparpillés dans les boîtes de sous-traitance, régulièrement déplacés ; mobilisation dans une entreprise regroupant plusieurs salariés sans-papiers pour la régularisation ; développement des solidarités entre les travailleurs ; défense au cas par cas, etc.

La “régularisation par le travail” n’en demeurera pas moins qu’un moyen, parmi d’autres, sous peine de tirer un trait sur la lutte des sans-papiers de ces vingt dernières années et de rejeter aux oubliettes la revendication de régularisation de TOUS les sans-papiers.

La convergence des actions des associations et réseaux traditionnels de sans-papiers et de celles des organisations syndicales est plus que jamais d’actualité. Par son investissement fort dans Resf et son choix du travail interprofessionnel dans Solidaires, Sud éducation est au carrefour de ces mobilisations.

Commission fédérale Immigration/Sans Papiers


Flagrant délit de Solidarité !

Romain est un syndicaliste Cnt du Jura. Nous vous invitons à signer l’appel initié par les quatre Réseaux Education Sans Frontières de la région Franche-Comté. Nous recherchons des signatures de citoyens, citoyennes, personnalités politiques, syndicales, associatives et culturelles.

Le 14 février, Romain, militant Resf dans le Jura, a été condamné à 800 euros d’amende pour un message électronique envoyé le 19 décembre 2006 en protestation contre l’arrestation de Florimond Guimard et dans lequel il comparait la politique du ministre de l’Intérieur de l’époque à celle de Vichy.

Nous nous élevons contre cette condamnation d’un simple citoyen qui n’a fait que s’indigner contre une arrestation qu’il jugeait, à bon droit, arbitraire et injuste (Florimond Guimard a été depuis relaxé). Romain a exercé son droit à la liberté d’expression, son message était signé et pas destiné à une diffusion publique. Le parallèle qu’il établit, d’autres l’ont fait avant lui dont de nombreux intellectuels et personnalités bien connues des arts et de la politique. Romain fait appel du jugement.
Nous nous déclarons solidaires de Romain Dunand et nous demandons sa relaxe.

Syndicat :
Ville ou Dpt :
Date :

Pétition à signer à
www.sudeducation.org/article2474.html
ou à retourner à Sud éducation Franche-Comté
4 Bd Léonard de Vinci
25000 Besançon


[1Ceseda : code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile

Navigation