Septembre noir, octobre rouge ?

dimanche 2 septembre 2007
mis à jour mercredi 7 novembre 2007

« On tire d’abord et on discute après » semble être la devise adoptée par ce gouvernement. Pour commencer, le passage en douce, pendant la grisaille estivale, du « paquet fiscal », de la franchise médicale, du service minimum dans les transports terrestres, de la loi d’autonomie des universités et de la suppression de 22700 postes dans la fonction publique d’Etat ; ensuite, à partir de septembre seulement, l’ouverture de négociations sur le pouvoir d’achat, les parcours professionnels, la rénovation du dialogue social et les missions de la fonction publique. Certaines organisations syndicales prennent d’autant plus au sérieux ces mondanités ministérielles que les modalités de leur représentativité sont au menu des discussions. Il ne faut pourtant pas se faire d’illusions. Au bout du compte, les personnels finissent toujours par payer la note quand c’est le patron qui invite. Seule notre détermination et une mobilisation résolue, organisée dans la durée, pourront donner un coup d’arrêt à la politique antisociale de ce gouvernement.

En attendant, l’addition a de quoi donner des aigreurs, en particulier à l’Education nationale : 9400 postes d’enseignants supprimés dans les collèges et lycées publics + 1400 (seulement) dans le privé + 400 postes administratifs dans le public = 11200 postes amputés au budget 2008, l’équivalent des réductions d’effectifs de 2004 à 2007 ! Et ce n’est qu’un début, car le gouvernement promet de poursuivre à ce rythme au moins jusqu’en 2010. Sa rigueur budgétaire est pourtant très sélective : les ministres Alliot-Marie et Morin ont ainsi respectivement obtenus 400 policiers et 1387 gendarmes supplémentaires… largement de quoi faire la chasse à nos élèves sans papiers et à leurs familles !

Plus de répression, moins d’éducation : l’équation sarkozyste est simple. Darcos l’assume d’ailleurs sans complexe. « Comme tous les pays, a-t-il déclaré, la France doit rationaliser les études, avec plus de suivi individualisé et moins d’options. » En clair, un enseignement limité au tronc commun avec, en guise de supplément d’âme, quelques heures de soutien accordées à une poignée d’élèves. A la clé, une politique d’individualisation qui affecte non seulement la remédiation de l’échec scolaire mais aussi les revendications salariales. Car après avoir perdu 6% de pouvoir d’achat en sept ans, la multiplication des heures supplémentaires offre une bouffée d’oxygène aux collègues désireux de « gagner plus en travaillant plus » : une tentation qui se paiera pourtant de la casse des solidarités collectives, seules capables d’imposer une revalorisation générale des salaires. D’ailleurs, les chefs d’établissement se frottent les mains, eux qui disposent désormais d’une volumineuse carotte pour récompenser les plus « méritants » tandis que la majorité des collègues continueront de trimer en se serrant la ceinture… le mépris en prime !


Les politiques d’austérité salariale et de division des personnels s’alimentent mutuellement.
Sans lutte collective, elles se poursuivront au détriment de nos conditions de travail. Il suffit d’ailleurs de regarder les dégâts infligés à l’université par la loi Pécresse, « la plus importante de la législature », pour comprendre ce qui attend le reste du système éducatif. Avec son recrutement maison (et précaire), ses financements privés, son enseignement et ses recherches adaptés aux demandes des entreprises, le tout sous la houlette d’un président devenu seul maître à bord, l’université autonome préfigure par bien des aspects l’établissement secondaire de demain. La promesse faite par Darcos de supprimer la sectorisation scolaire d’ici trois ans - avec ce que cela implique comme accroissement des inégalités entre les élèves, de renforcement des pouvoirs du chef d’établissement et de mise en concurrence des enseignants - en donne d’ores et déjà un aperçu.

Quant à l’enseignement primaire, les motifs d’inquiétude ne manquent pas non plus. Certes, Darcos a prudemment désavoué les outrances de son prédécesseur sur les méthodes d’apprentissages, promis une heure de sport hebdomadaire et ouvert généreusement 1100 postes en 2007 et 2008… mais pour une augmentation du nombre d’élèves estimée au minimum à 69000 sur la même période ! Avec une telle pénurie de moyens, le Haut Conseil de l’Education a beau jeu de remettre en cause les performances du premier degré. Aussi succinct qu’alarmiste, en particulier son chiffrage fantaisiste de 40% d’élèves en difficulté à l’entrée au collège, le rapport de cet organisme opportunément institué en 2005 par la loi Fillon n’a qu’une seule fonction : anesthésier personnels et usagers en prévision des futures « thérapies » de choc imposées par le gouvernement.

La fédération des syndicats Sud éducation appelle tous les collègues soucieux de travailler dans des conditions décentes, en défendant le principe d’éducabilité de tous les élèves dans une école publique, laïque et émancipatrice, à la rejoindre dès cette rentrée. Les régressions imposées par le gouvernement ne peuvent se combattre individuellement : ce n’est qu’en mutualisant nos idées et nos énergies que nous pourrons agir efficacement pour une autre école, une autre société.

à Saint Denis, le 1er septembre 2007