Sept CES en fin de contrat, virés puis réintégrés !

 septembre 2002
mis à jour samedi 15 janvier 2005

La lutte contre la précarité a toujours constitué un des axes majeurs dans l’intervention des syndicats SUD-Education. Retour sur une de ces luttes, longue, menée l’année dernière en Ille et Vilaine.

Preuve est faite que la mobilisation peut payer. Certes, il aura fallu cinq mois ; certes la victoire a un goût amer de précarité, mais elle reflète une période où l’on se bat plus pour sauver des acquis que pour de véritables avancées. Alors, dans ce contexte, SUD-Education 35 ne va pas bouder son plaisir.

Rappel des faits.

Lors d’un conseil d’administration mouvementé (en mai 2001) au lycée professionnel Coëtlogon de Rennes, sept CES se voient proposer la transformation de leur Contrat Emploi Solidarité en Contrat Emploi Consolidé, assortie de la promesse d’un concours dans le cadre du protocole Sapin. Seuls, les élus SUD refusent d’ajouter la précarité à la précarité, sentent le coup fourré, le disent, votent contre et demandent que soient titularisés sur postes les sept salariés. Les syndicats liés à la Gauche Plurielle (à une exception près) et les amis d’Ernest Antoine Seillère, patron du MEDEF, votent pour. Les non-syndiqués aussi, après avoir accusé SUD de "mettre les gens à la rue" (sic).

Que croyez-vous qu’il advint ?

A la rentrée 2001-2002, les CES apprennent par la bande qu’il n’y a pas de budget de transformation des CES en CEC et que le décret d’application pour les concours, prévu début septembre, est repoussé. Ni le Rectorat, ni la DDTE n’ont eu le courage de leur annoncer la nouvelle : mise au chômage en octobre.

SUD-Education, moteur des actions intersyndicales...

Durant 5 mois, SUD a initié une lutte en intersyndicale et multiplié les actions pour que ces 7 salariés réintègrent l’établissement et soient titularisés sur poste : blocage des CA, courriers aux institutions et aux députés de la Gauche Plurielle, audiences à la préfecture, à la DDTE et à l’Inspection académique, conférence de presse, grèves, manifestations, interventions auprès des ministres de l’époque (Lang et Jospin). Durant 5 mois, les réponses ont oscillé entre silence méprisant et cynisme le plus "pur". Voici un florilège de propositions plus révoltantes les unes que les autres faites par les représentants institutionnels : individualisation systématique des cas, "suivi personnalisé" par la DDTE, contrats de suppléance ATOSS de 10 mois, CEC aux archives de la COTOREP pour une personne souffrant du dos, CEC hors de l’Education nationale et hors de la zone géographique, passation de concours réservés dans l’Education nationale (alors que ceux-ci se révèlent être une vaste entreprise de licenciement). Et le plus beau : Lang nous proposant de nous réjouir du prochain recrutement de 60 000 nouveaux CES dans le cadre du passage aux 35 heures ! Pendant tout ce temps, les sept collègues pointaient au chômage !!

Et en janvier, surprise ...

Nous apprenons que, par décision ministérielle exceptionnelle, chaque CES voit son contrat prolongé en CEC à partir du 1er mars 2002. La politique du rectorat et de l’Inspection académique qui, depuis 5 mois, opposait une fin de non recevoir à nos revendications, est donc clairement désavouée. La pression syndicale a sans doute joué, mais nous ne sommes pas dupes : cette décision sentait la manœuvre préélectorale. Quoiqu’il en soit, nous avons fait la preuve que nous étions capables de fédérer une lutte sur la précarité autrement que sur le papier ou par des déclarations fumeuses, d’imposer aux institutions le fait de tenir leurs promesses, aussi minimes et insatisfaisantes soient-elles.(...) Cinq mois de mobilisation auront été nécessaires pour obtenir des CEC, emplois qui sont loin d’être dignes de ce nom car correspondant à 30 heures de travail pour 680-690 euros (alors que pour 35 heures en emploi classique, ces collègues pourraient gagner 1070 euros !). Ainsi, les précaires sont exclus une deuxième fois du système : ils sont persona non grata pour l’accès aux 35 heures et, de plus, certains perdent leurs allocations puisqu’ils occupent un emploi ! Inutile de dire que les collègues concernés ont beaucoup hésité et envisageaient même de refuser ces contrats. C’est ce qu’on ose appeler une politique sociale ! Cerise sur le gâteau, 5 des 7 CES sont des travailleurs handicapés reconnus par la COTOREP, et l’Etat n’emploie toujours pas les 6% de travailleurs handicapés qu’il s’est fixé d’employer. Encore une promesse en l’air !

Dernières nouvelles

Le cas d’un de ces CES reçu à un concours réservé de l’Education nationale depuis 1979 et 1er sur la liste d’attente illustre le cynisme de la politique "sociale" mise en place par les gouvernements successifs. Depuis cette date, ce collègue a été reçu à deux autres concours, a suivi plusieurs stages de formation, bref, toutes les démarches d’insertion possibles et ce, sans que jamais ne lui soit proposé un emploi digne de ce nom (merci au passage à la politique social-libérale de Martine Aubry qui se vantait de ne laisser aucun salarié "au bord de la route"...). Il vient de se voir attribuer un poste au ministère de l’Intérieur et sera titularisé... à la fin de l’année 2002 !

On peut penser que rien ne se serait passé si SUD n’avait pas mis ce dossier sur la place publique, seule manière aujourd’hui de faire réagir les politiques, surtout en période électorale... Mais une titularisation sur sept, c’est trop peu. Quelque soit le gouvernement en place, nous continuerons à revendiquer :

- L’arrêt du recrutement de personnels précaires. Il faut que cesse le recours à des précaires à chaque fois que la demande sociale (dans l’éducation mais aussi dans les hôpitaux) apparaît au grand jour. Quand il est nécessaire d’embaucher, qu’on le fasse avec du personnel titulaire à qui l’on donne un vrai salaire, des conditions de travail et de formation dignes de ce nom et un minimum de stabilité psychologique.

- La titularisation des personnels précaires qui le souhaitent. Si on les a jugés capables d’assurer une tâche, qu’ils soient embauchés. Si un supplément de formation est nécessaire, qu’on l’organise et qu’on leur donne le temps d’en bénéficier. Les conditions de nationalité qui subsistent dans les textes (cette "préférence nationale" qui ne dit pas son nom) sont humainement indéfendables. S’il existe encore des barbelés dans les têtes et les textes, enlevons-les !

- Des conditions d’accès à la titularisation qui doivent être revues. Le contrôle des compétences professionnelles peut trouver d’autres voies (définies par les personnels et leurs syndicats) que les concours actuels.

SUD Ille et Vilaine

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