Secouons le cocotier

jeudi 12 mars 2009

Secouons le cocotier

Sur fond de « crise économique », les salariés sont, comme il fallait s’y attendre, les premiers à payer les pots cassés. Depuis septembre 2008, le nombre des chômeurs a augmenté officiellement de plus de 250 000, et de 90 000 pour le seul mois de janvier ! Quand on connaît la fiabilité des chiffres qui nous sont communiqués, il y a de quoi se faire du mouron. C’est ce moment qu’ont choisi certains syndicats (CFDT, CFTC, CGC) pour annoncer leur intention d’avaliser l’accord sur l’assurance chômage. Ce dernier, concocté par les conseillers sociaux de l’Élysée (sic) et le MEDEF, ne prévoit rien de moins qu’une nouvelle baisse des cotisations des employeurs. Décidément pour les patrons, on ne compte pas, les ressources semblent inépuisables. Face à ce cynisme récurrent, les premiers signes d’un mécontentement général commencent à se multiplier.

Les premiers à secouer le cocotier, ce sont les travailleurs de Guadeloupe. Commencée le 20 janvier dans une indifférence entretenue, leur grève générale a mis des semaines avant d’avoir droit à un peu d’intérêt de la part de nos médias métropolitains et autres partenaires sociaux. Leur formidable détermination a réussi à rompre ce mur du silence et a rapidement fait tache d’huile. Les travailleurs de la Martinique puis de la Réunion, sous des formes diverses, se sont lancés à leur tour dans la bataille, commençant à faire craindre au gouvernement une généralisation du mouvement.

La voie qu’ont choisie les travailleurs antillais doit nous servir d’exemple. Un certain nombre d’indices nous laisse penser qu’ici aussi ce qui semblait irréaliste il n’y a que quelques mois, devient possible aujourd’hui. La présence de plus de 2 millions de manifestants dans les rues le 29 janvier dernier a été un premier encouragement pour ceux qui ne se résignent pas. L’incendie qui couvait dans les universités a progressé de jour en jour. L’appel à la grève totale et illimitée lancé par la coordination universitaire à partir du 3 février a été suivi largement. Le tollé que provoque la suppression programmée de l’année de formation des enseignants et la grogne qui enfle dans les IUFM est un signe supplémentaire.

Dans le même temps, le grand raout interconfédéral du 2 février n’a débouché sur rien. Cela ne doit pas nous étonner. Quelle négociation peut-on envisager avec un gouvernement dont le porte-parole, Luc Chatel, déclarait après la grève du 29 « le gouvernement exclut toute concession majeure » (La Tribune 03/02) ? Il est clair que ces gens ne comprennent que le rapport de forces. A ce jour, le seul exemple de véritable recul de cette équipe de choc, ce sont les lycéens qui l’ont provoqué, quand face à leur détermination les autorités ont craint une contagion sur le modèle du mouvement social en Grèce. Les travailleurs guadeloupéens apportent à leur tour la confirmation que seule la lutte paye.

La comédie du sommet social convoqué par le chef de l’État n’a débouché que sur des mesurettes, comme il fallait s’y attendre. Pire, en dépit des attitudes de matamores des Thibault, Mailly et Chérèque avant la rencontre, la question des Antilles n’a fait l’objet d’aucune discussion ! Circulez, il n’y a rien à voir. Et pourtant ne sommes-nous pas concernés quand nos camarades des Antilles revendiquent une augmentation générale des salaires d’au moins 200€ pour tous, la revalorisation des retraites et des minima sociaux ? Leur combat est notre combat.

Et maintenant que nous propose-t-on ? Les mobilisations se multiplient et la grève du 19 mars promet, comme celle du 29 janvier, d’être un grand moment de convergence des travailleurs de tous les secteurs. Nous savons que cela ne sera pas suffisant. Les suites au 19 mars dépendent de l’amplification des luttes que nous aurons su construire avant, pendant et à l’issue de ce jour. C’est dans notre faculté à favoriser un retour aux pratiques de lutte du mouvement ouvrier et syndical, comme ont su si bien le faire les travailleurs des Antilles, que notre syndicat peut être utile dans la perspective du combat social nécessaire pour gagner.

Saint-Denis, le 9 mars 2009