Sans casque, ni bouclier : la répression au Ministère de l’Intérieur

mercredi 1er décembre 2004
mis à jour dimanche 5 décembre 2004

Socle de l’autorité régalienne d’Etat, le Ministère de l’Intérieur est, pour l’œil militant scrutant les dysfonctionnements répressifs, doublement intéressant car :
- il participe pleinement du contrôle social
- la culture de résistance y est bien moindre qu’ailleurs (ainsi beaucoup y estiment que comme la Police c’est l’Ordre et l’Ordre c’est la droite ou que la hiérarchie a raison parce qu’elle est la hiérarchie.., tout collègue « marqué à gauche » ou s’opposant de manière appuyée à l’arbitraire, se place consciemment hors système).

Par ailleurs, l’éclatement de la Fédération Autonome des Syndicats de Police a laissé un pathétique champ de ruines syndical. Et si aujourd’hui une majorité relative s’affilie encore à une UNSA bien mollement de gauche, le pôle de droite CGC (Synergie - Alliance) s’avère en progrès et proclame bien haut sa foi en une chaîne hiérarchique solidaire (commissaires - officiers - gradés - gardiens )... Les structures qui auraient pu faire pendant sont soit en voie de résorption (CGT), soit trop embryonnaires (Sud Intérieur, Syndicat de la Police Nationale).
Pareillement dans les préfectures, les confédérations majoritaires (CFDT, FO, CGT) se signalent bien trop rarement par leur activisme critique.

Aux fins d’illustrations, voici 3 cas emblématiques (mais combien de collègues inconnus sanctionnés sans bruits chaque année pour avoir déplu ou insuffisamment emprunté les chemins fléchés ?) :
- Militant de longue date à la CGT- Police, Christophe Raphel en était, avant que celle-ci ne se déchire il y a peu, le responsable francilien. C’est en partie grâce à son action qu’à Paris, la CGT obtenait, il y a quatre ans, au grand dam administratif, quelque 8 % des voix dans le corps des officiers dont 25 % au sein de la très sensible Brigade Financière. Au terme de sa mandature, ce capitaine particulièrement brillant en son domaine, s’est vu, contrairement à tous usages, non seulement interdire le retour au service d’origine, mais également imposer un emploi normalement dévolu à un gardien de la paix ; il s’agissait ainsi tant de se venger des outrages passés que de l’empêcher d’accéder au grade supérieur (auquel il avait droit depuis des années). Nous ne pourrons, ici, évoquer toutes les brimades subies (il a par exemple été entendu par l’IGS parce qu’un article du Figaro !? mentionnait des problèmes à la Brigade financière). Sa situation devenue impossible, il a préféré passer un Capes de lettres classiques et apprendre un nouveau métier en IUFM. Nous tenons Martine Monteil, alors Directrice de la PJ parisienne - qui a refusé de le recevoir - pour fortement responsable de cette injustice.
- Fondateur du Syndicat de la Police Nationale, Erik Blondin a été l’un des premiers policiers à rappeler les heures vichystes ainsi que le massacre par la police, le 17 octobre 1961, de nombreux manifestants algériens. Il a de manière récurrente dénoncé les violences illégitimes. Erik a également l’irrémédiable défaut d’avoir écrit Journal d’un gardien de la paix livre bien trop libre ou de défendre des rappeurs mal-pensants. Il doit faire face à plusieurs procédures administratives aux motifs certes plutôt « dada » mais qui, théoriquement, peuvent lui valoir révocation.
- Chef de garage à la Préfecture de Paris, Bruno Blin s’étonna un jour que la Préfète Colette Horel puisse faire « carrosser » son fils Arthur par des fonctionnaires de la République et ce, généralement hors toute nécessité de service public. Considérant que la nuit du 4 août avait encore cours, il demanda que le texte obligeant un carnet de bord (où sont notées les missions) s’appliquât quai Sully Morlan. Il dut affronter jusqu’aux tribunaux une administration particulièrement kafkaïenne, capable de lui imputer un avertissement jugé par elle-même « nul et non avenu » ou de lui reprocher des états de fait contre lesquels, il s’était moult fois élevé par écrit ! Actuellement Bruno, qui est membre du bureau de Sud intérieur, attend chaque jour un travail qui ne vient plus. Serait-ce parce qu’on lui a suggéré de muter « dans une autre administration » ?

Sud Intérieur (sud.interieur@laposte.net)

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