Salaires : unité public-privé pour des augmentations uniformes

vendredi 7 mars 2008
mis à jour mardi 13 mai 2008

“Tous les salariés subissent une baisse importante du pouvoir
d’achat. Les fins demois sont de plus en plus difficiles à boucler. Pour
les chômeurs et les retraités, c’est encore pire.”
Nous avons tous
tenu ou entendu ces propos lors des dernières grèves.

Pourtant, sur cette question salariale les syndicats majoritaires, et en tout premier lieu la CGT, ont choisi de réduire l’appel à la grève du 24 janvier aux seuls agents des fonctions publiques. Bien suivie, cette grève a cependant posé de nombreuses questions aux équipes militantes. Pourquoi une nouvelle grève de 24 heures ? Pourquoi seulement dans la fonction publique ? Quel plan d’action au lendemain de la grève ? Quelles revendications réelles ?

Le sens de la grève

On aurait pu craindre que l’élection de Sarkozy ne tétanise les salariés et laisse sans réponse les réformes anti-sociales du gouvernement. Or, nous pouvons le constater, la société proteste et ne se résout pas à subir. Le mouvement étudiant contre la LRU a concerné de nombreuses universités. Les cheminots, les traminots et les agents de l’énergie ont, à des titres divers, organisé la résistance face à une nouvelle étape de casse des retraites, malgré les atermoiements des directions syndicales majoritaires. Les grèves du 18 octobre, 20 novembre et 24 janvier ont montré de fortes mobilisations. Dans la grande distribution, la mobilisation de février sur les salaires a été plutôt réussie. Face à l’augmentation des dépenses incontournables : produits alimentaires, transports, chauffage, eau, logement, l’insatisfaction salariale générale est propice à une lutte qui unisse salariés du privé, du public, retraités, précaires et chômeurs.

Ce n’est pourtant pas l’orientation visible donnée aux mobilisations. 18 octobre, 20 novembre, 24 janvier… le scénario est le même.
Les organisations majoritaires attendent que le nombre de grévistes témoigne d’un mécontentement, manifeste un désaccord. Ces grèves n’ont pas d’autre fonction que de rendre légitime la parole des représentants syndicaux nationaux. Les grévistes sont utilisés pour donner du poids à des revendications, sans être même invités à discuter du sens de leur grève et des perspectives qu’ils souhaiteraient lui donner. Ce sont pourtant eux qui travaillent, qui pâtissent des décisions gouvernementales et qui perdent à cette occasion une journée de salaire.

Les grévistes font nombre, mais sont totalement dépossédés de leur grève en n’ayant aucune prise sur le mouvement qu’ils produisent. Cette procédure, outre qu’elle n’est pas un modèle de démocratie syndicale, pose en même temps le problème de son efficacité : le gouvernement se soucie fort peu de l’avis des salariés et guère plus de celui de ses « représentants » : en témoigne le commentaire condescendant de Fillon en janvier (« c’est une grève rituelle ») et le peu d’empressement du ministre de la Fonction publique à recevoir les syndicats. De telles grèves ne suffiront pas à porter de façon déterminante nos revendications.

Qu’on nous comprenne bien : il ne s’agit pas de dédaigner voire de refuser par principe des grèves de 24 heures, elles peuvent jouer un rôle important dans la construction d’une mobilisation. Mais il ne faut pas faire croire aux salariés qu’un jour de grève par mois, puisse être à lui seul une stratégie gagnante : les salariés d’Edf en ont fait les frais au printemps 2004 dans le conflit concernant le changement de statut de l’entreprise, les cheminots également, même si le témoignage de leur combativité a duré une semaine. Face à un pouvoir déterminé à liquider l’ensemble des acquis sociaux issus du Conseil National de la Résistance, il faudra autre chose. Il ne faut pas faire croire aux salariés qu’une lutte victorieuse peut se construire sans eux, c’est-à-dire sans qu’ils soient véritablement acteurs de leur mouvement et porteurs de sa force.

Il ne faudrait pas non plus, entretenir l’idée que tout conflit social long, contre un gouvernement tout entier mobilisé dans la liquidation des acquis sociaux, est perdu d’avance. La force de Sarkozy et de ses « collaborateurs » tient peut-être dans l’image d’invincibilité savamment entretenue à grands coups de marketing politique et de culpabilisation de ceux qui ont encore un emploi et des droits.

Le sens des revendications

Depuis 20 ans, la richesse produite profite plus au capital qu’aux salariés. Le maintien d’un haut niveau de chômage dans les pays industrialisés favorise une politique salariale d’austérité.

Le nombre de salariés payés au SMIC augmente chaque année, et avec lui le nombre de celles et ceux qui gagnent encore moins (petits boulots, temps partiel imposé…). Dans les fonctions publiques, à chaque revalorisation du SMIC, les traitements les plus bas versés aux agents de catégorie C se retrouvent en dessous du SMIC. Cette situation de blocage dans le secteur public sert de justification à la politique salariale régressive dans le secteur privé.

Dans le même temps, salaires et revenus professionnels (parachutes dorés, stock-options) des grands patrons ne cessent d’augmenter dans des proportions démesurées, auxquelles il faut ajouter les cadeaux fiscaux accordés par Sarkozy aux catégories sociales les plus favorisées.

Face à ces inégalités croissantes où les uns se prêtent avions, yachts et vacances en Amérique quand les autres peinent à boucler le mois en attendant les difficultés du mois suivant, les revendications salariales exprimées dans les récentes grèves marquent la volonté d’une autre répartition de la richesse produite par le travail.

La Cgt, la Cfdt, Fo et avec elles la Fsu et l’Unsa, attachées à la notion de « maintien du pouvoir d’achat » expriment leurs revendications salariales en pourcentage. Parler d’unité, c’est nécessairement interroger ces revendications. Où est l’unité des salariés quand on revendique 5% d’augmentation pour celui qui gagne le Smic (1005 € nets) et 5% également pour celui qui gagne 4 000 ou 5 000 € ? Un ouvrier d’entretien « gagne », en fin de carrière dans l’Education nationale, le même salaire qu’un professeur après 3 mois d’ancienneté… Ne pas prendre cette réalité en compte c’est revendiquer moins pour ceux qui ont moins : « pouvoir d’achat » rarement maintenu pour les uns, « pouvoir de dépenser » accru pour les autres.

La solidarité ouvrière nécessite de militer à la fois pour la réduction de l’éventail hiérarchique des salaires et contre tous les processus d’individualisation salariale. « Une même augmentation pour tous » est une revendication reprise dans de nombreux conflits. Sur les questions de salaires, nous entendons défendre ce principe de solidarité et imposer le débat sur les revendications qui unissent l’ensemble des salariés du public et du privé.

Nous réaffirmons la position adoptée au congrès Sud éducation de 2006 : pour des augmentations uniformes, 300 € pour tous.

Sud éducation Puy de Dôme