SEGPA/EREA : Quelle lutte, quelles revendications ?

 septembre 2001
mis à jour dimanche 3 avril 2005

Les différentes journées d’action programmées par l’UNSA, le SGEN-CFDT et le SNUIPP-FSU en direction des enseignants de SEGPA et d’EREA mettent en avant la revendication d’une réduction du temps de travail. Mais, par delà l’aspect fortement attractif et juste d’un éventuel passage à 18 heures pour les enseignants en classe, qu’en est-il de la situation rencontrée par l’ensemble des personnels et des élèves de l’enseignement spécialisé ?

DE LA DEGRADATION DES CONDITIONS DE TRAVAIL...

Tous les personnels de SEGPA et d’EREA font le même constat : celui d’une aggravation au fil des ans des conditions d’accueil des élèves et des conditions de travail. Au quotidien, le fonctionnement des établissements et des services est perturbé ; l’encadrement mal assuré. Certaines classes, certaines unités de vie, déjà difficiles, en deviennent quasiment ingérables. Le manque (quand ce n’est pas leur suppression pure et simple) de personnel de remplacement, de personnel Atoss, de personnel de service social et psycho-éducatif est criant. L’absence d’attractivité que suscite l’enseignement spécialisé et les EREA en particulier aboutit à ce que chaque année, bon nombre de sortants IUFM, de professeurs des écoles non spécialisés, de "listes complémentaires" et des travailleurs précaires toujours plus nombreux se trouvent nommés sur des postes et dans des établissements dont ils ignoraient jusqu’à l’existence même (éducateur en EREA par exemple). Dans ces conditions, on pare au plus pressé ; on colmate les brèches tandis que la rentrée s’effectue le plus souvent sous le signe de l’improvisation, de l’énervement, de la panique, de l’urgence et du stress.

... A L’ABANDON DES MISSIONS DU SERVICE PUBLIC DE L’ENSEIGNEMENT ADAPTE !

Dans un tel contexte, la revendication d’une réduction du temps de travail, pour justifiée qu’elle soit, nous semble trop restrictive. Revendiquer la réduction du temps de travail sans exiger le maintien du volume horaire des élèves revient à accepter une réduction de l’enseignement et de la formation qui leur sont délivrés. Cette revendication conduira également, si elle n’est pas élargie au personnel enseignant nommé sur poste d’éducateur, à la remise en cause et à l’allongement de fait du temps de service de ces mêmes instituteurs-éducateurs, ainsi qu’à la multiplication des heures supplémentaires si elle n’est pas reliée à la revendication de créations de postes. Aussi, si rien n’est fait concernant le recrutement et la formation d’enseignants spécialisés, cette réduction du temps de travail se traduira par une diminution de l’horaire de spécialistes pour les élèves. Ce seront immanquablement des professeurs de collège ou des écoles non formés et souvent non volontaires qui devront assurer ces horaires. Ce seront encore et toujours des "listes complémentaires" et des personnels précaires (MA, contractuels, vacataires...) qui pallieront les manques en personnels spécialisés, situation déjà suffisamment courante pour qu’elle ne devienne pas totalement banalisée.

UNE REVENDICATION JUSTE MAIS TROP RESTRICTIVE !

Nulle part, dans les publications des trois organisations syndicales précitées, n’est mentionnée la nécessité d’une réduction des horaires des autres personnels et notamment des éducateurs en internat (au demeurant tous instits ou P.E. nommés sur poste d’éducateur). Ces catégories de personnels (infirmier-e-s, A. S., psychologues scolaires...) souvent marginalisées et peu nombreuses ne semblent pas intéresser les mastodontes du syndicalisme intégré. Pire, ne serions-nous pas confrontés en cette occasion aux effets d’une tactique clientéliste et démagogique visant à séduire la masse des enseignants de SEGPA et d’ EREA en négligeant ces mêmes catégories et en sacrifiant celle des enseignants nommés sur poste d’éducateur ? Rappelons que, quand les enseignants du spécialisé ont bénéficié il y a quelques années d’une réduction du temps de travail d’une heure (passant ainsi de 24 à 23 heures hebdomadaires), cela s’est traduit dans la plupart des EREA par un allongement d’une heure du service éducatif sans réaction syndicale (notre fédération n’existait pas encore !).

Par delà les tractations engagées par le SGEN-CFDT, l’UNSA et le SNUIPP-FSU - intersyndicale qui exclut toute participation de SUD, nous sommes en droit de nous demander si ces organisations syndicales ne sont pas en train de monnayer la réduction des horaires des enseignants en classe en vouant la catégorie des instituteurs-éducateurs à une disparition programmée et à son remplacement par celle des Maîtres d’Internat (catégorie plus malléable et évidemment moins payée ! ). L’alignement sur les 18 heures ne présage-t-il pas la secondarisation progressive de ces établissements et l’abandon de la notion d’enseignement adapté ? Enfin, ce ne sont pas les personnels revendiquant à juste titre les 18 heures qui sont en cause mais bien le Ministère et ceux qui se voilent la face en réduisant leurs mots d’ordre à la stricte réduction du temps de travail. Il est de notre responsabilité de dénoncer cette tartufferie et de poser en même temps d’autres revendications. Ces revendications doivent elles-mêmes aboutir sous peine de disparition des SEGPA et des EREA ou de leur dilution dans des dispositifs d’intégration où il s’agira toujours plus de rentabiliser les personnels en bradant les véritables missions de service social et d’enseignement adapté affectées à ces établissements.

NOS REVENDICATIONS

- Dotation horaire de la SEGPA non diluée dans celle du collège.

- Respect du volume horaire actuel des élèves de SEGPA et d’EREA.

- 18 heures pour les instituteurs et professeurs des écoles de SEGPA et d’EREA avec création de postes spécialisés et d’ateliers correspondant au volume horaire résultant de la réduction du temps de travail.

- 30 heures au maximum pour les enseignants nommés sur postes d’instituteurs-éducateurs en internat avec le service de nuit intégralement pris en compte dans l’emploi du temps.

- Création de postes d’enseignants, de personnels de service social et psycho-éducatif ainsi que d’Atoss.

- Poursuite du recrutement et de la formation d’enseignants spécialisés couvrant les besoins.

- Titularisation sans conditions de concours ni de nationalité de tous les précaires et droit à leur formation.

- Contre l’autoritarisme, le harcèlement moral, l’individualisation des rapports sociaux et pour le travail d’équipe.

- Contre le développement du "tout sécuritaire" qui limite de plus en plus les possibilités d’activités éducatives en internat.

C’est sur cette base revendicative que SUD-Education appelle l’ensemble des personnels d’EREA et de SEGPA à engager ou à poursuivre leur mouvement de lutte.

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