Roland Veuillet, une septième année de déplacement d’office !

mercredi 20 janvier 2010

Roland Veuillet est un Conseiller Principal d’Éducation, militant syndical qui s’est solidarisé avec les MaîtreSSEs d’Internat et SurveillantEs d’Externat lors de leur lutte en 2002/2003. Il a refusé de les faire remplacer par des élèves majeurs et s’est mis en grève à leurs côtés. Pour ce fait de grève, il a été sanctionné par un déplacement d’office à Lyon alors qu’il habite Nîmes.

À la rentrée de septembre 2009, il effectuait une septième année à Lyon !

Une sanction contestée, au caractère anti-syndical

Depuis le premier jour, Roland Veuillet conteste cette sanction et n’a pas cessé de la combattre. Il s’y est opposé en courant des milliers de kilomètres (notamment autour du rectorat de Lyon) en menant trois grèves de la faim. Il demande la levée de la sanction et l’ouverture d’une enquête qui pourrait permettre que la lumière soit faite sur les véritables raisons de cet acharnement. Car c’est bien un militant syndicaliste qui est réprimé pour fait de grève.

Dans son combat pour que ne soit pas oubliée cette injustice, aucune des procédures judiciaires n’a abouti à ce jour.

Pourtant en janvier 2005, le Conseil Supérieur de la Fonction Publique émettait un avis sur le caractère infondé de la sanction à son encontre.

En novembre 2006, les conclusions du commissaire du gouvernement étaient accablantes à l’encontre de la hiérarchie qui avait sanctionné Roland Veuillet.

En septembre 2009 le Tribunal administratif de Lyon entamait une procédure de référé qui aurait permis la suspension de la sanction, mais le juge des référés n’a pas suivi la procédure « sanction exécution » et le jugement aura lieu à l’été 2010.

Une « affaire » de répression anti-syndicale…

Cette sanction à l’encontre d’un syndicaliste pour fait de grève n’est pas un cas particulier mais plutôt une affaire emblématique. C’est aussi la raison pour laquelle Roland Veuillet ne se soumet pas et refuse de céder aux arrangements que l’administration est prête à concéder à condition qu’il renonce à demander l’ouverture d’une enquête administrative.

Plus l’injustice dure, plus elle ficelle la personne sanctionnée dans un écheveau constitué de stratagèmes qui ont permis d’étayer l’injustice initiale. Et plus le temps passe, plus les ministres passent (Ferry, Fillon, De Robien, Darcos, Chatel) plus le nombre d’impliqués augmente et plus il est difficile d’ouvrir une brèche dans cet édifice de mensonges qui a tout d’une cabale.

La sanction a été l’œuvre de William Marrois, actuel recteur de l’académie de Bordeaux, alors recteur de l’académie de Montpellier. Le dispositif qui a été échafaudé pour y parvenir a des failles. Des fautes ont été commises par l’administration, notamment dans les difficultés à l’accès aux documents administratifs et par la présence dans le dossier professionnel de documents relatifs à l’engagement syndical de Roland Veuillet, ce qui est illégal. Mais la sanction perdure tant la volonté de la hiérarchie de sanctionner le militant syndical Roland Veuillet est affirmée.

… Qui s’inscrit dans un cadre collectif

C’est bien dans le contexte des luttes de 2003 et des défaites sur tous les plans pour la classe des travailleurEs, que ce soit les retraites, la décentralisation, les aides éducateurs, qu’il faut comprendre cette répression contre un syndicaliste en grève. Les conditions ont été rendues favorables au pouvoir, dans ce cas la hiérarchie de l’Éducation nationale, pour réprimer, pour aboutir à ses fins. La ténacité de Roland Veuillet à ne pas céder, qu’il paie de sept années de déplacement d’office, est en partie motivée par la conviction qu’il a que cette répression ouvre la porte à de nombreuses autres. Celles que le patronat exerce dans le secteur privé n’ont pas commencé en 2003 mais cette répression à l’encontre d’un fonctionnaire pour fait de grève est une brèche ouverte pour une « reprise en mains » et sonne comme un avertissement à toute velléité d’opposition de la part des travailleurEs. Depuis 2003 toutes les luttes ont été perdues, nonobstant le nombre de « temps forts », de manifestants, les répressions patronales sont allées grandissantes ; le pouvoir a profité de l’aubaine des déboires collectifs pour brimer des travailleurEs, des manifestants, des étudiants, infligeant de lourdes peines à celles et ceux qui tombent aux mains de sa justice. Contre les grévistes d’EDF, les cheminots, les ouvriers et ouvrières licenciéEs et qui se révoltent, les sans papiers, le pouvoir d’État et patronal a les coudées franches. Dans l’Éducation nationale, les « désobéisseurEs » écopent aussi de peines qui, si elles ne sont pas au niveau de celles que subissent les travailleurEs du secteur privé, ne sont pas moins inquiétantes à terme. Le contexte, malgré des mobilisations ponctuelles de solidarité, est particulièrement défavorable à ces luttes, aussi justifiées fussent-elles.

La répression contre Roland Veuillet est au croisement de ce qui touche la classe de tous les travailleurEs (avec ou sans emploi) : la précarité (celle qui est le lot de plus en plus de travailleurs y compris dans la Fonction publique), la logique de l’entreprise (donc celle du patronat), l’accroissement de la hiérarchie et l’attaque contre le droit de grève (qui après les transports, l’énergie, a fait une percée dans le secteur de l’éducation avec l’organisation de Service Minimum d’Accueil pour les écoles).

En affirmant notre entière solidarité avec Roland Veuillet, nous nous plaçons aux côtés d’un camarade syndicaliste réprimé qui ne se résigne pas, et ce cas emblématique nous permet aussi de considérer la dimension collective des luttes que nous aurons à mener pour ne pas laisser au pouvoir et au patronat la liberté de réprimer.

Voir le site de soutien à Roland Veuillet
pour l’historique précis de sa lutte contre l’injustice qui lui est faite

Sud éducation Aquitaine

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