Retraites

Face au chantage du MEDEF, ouvrir réellement le débat
 mars 2001
mis à jour dimanche 3 avril 2005

Appel de la fondation Copernic

Si les manifestations et les grèves du 25 janvier ont été si fortes dans toute la France, ce n’est pas sans raisons. Les salariés, inquiets, refusent le chantage du MEDEF et affirment leur attachement à la retraite à 60 ans et au système par répartition. Ils sentent bien que les arguments présentés par le MEDEF, sur le mode de l’évidence, ne tiennent pas.

Le nombre de retraités va certes augmenter. Faut-il alors, comme le MEDEF, juger toute augmentation des ressources des régimes de retraites insupportable pour l’économie ? Alors même que la richesse nationale ne cesse de croître ! Ce serait admettre comme intangible le partage actuel de la valeur ajoutée entre les profits et les revenus allant aux travailleurs. Et pérenniser pour l’avenir la baisse considérable (environ 10 points) de la part des salaires dans la richesse créée ces vingt dernières années, alors que, dans le même temps la productivité du travail augmentait de plus de 50%. Il faudrait, à suivre le MEDEF, prolonger à 45 ans la durée de cotisation pour percevoir une retraite à taux plein. Avec un chômage de 6 à 9%, et alors que 2/3 des salariés du privé sont hors emploi avant 60 ans, à cause des licenciements, des préretraites et du chômage, peu de gens pourront cotiser le nombre d’années souhaitées par le MEDEF pour percevoir une retraite à taux plein. Il s’agit donc, avec cette proposition, de faire baisser le montant des pensions. On aperçoit, en réalité, que le MEDEF tente de modifier les principes qui règlent la retraite par répartition, pour promouvoir (au plus grand bénéfice des compagnies d’assurance) les fonds de pension, la retraite par capitalisation et l’épargne individuelle aux effets systématiquement inégalitaires.

Par ailleurs, l’empressement du MEDEF est suspect. Les besoins de financement des retraites sont à terme incontestables, mais n’impliquent aucune précipitation. De récentes estimations sur les retraites complémentaires montrent que le résultat cumulé des régimes produirait un excédent de près de 200 milliards en 2020. Sans même tenir compte des revenus financiers de ces surplus accumulés, la retraite complémentaire ne connaîtrait son premier déficit qu’en 2014. Et il serait alors inférieur à 2% des pensions servies cette année là. Il n’y a donc pas d’urgence à décider quoi que ce soit dans la précipitation. Il est urgent par contre que s’organise, sur ce choix de société vraiment crucial, un vaste débat public autour des solutions proposées par les uns et les autres.

L’impératif absolu pour recréer la confiance en l’avenir des retraites est bien de recréer les conditions de la confiance et d’une plus grande égalité de toutes les catégories de salariés. Cela implique de remettre en question les décisions prises en 1993 concernant le régime général et en 1996 pour les régimes complémentaires et qui induisent une baisse catastrophique du niveau des retraites. Il convient de prolonger les acquis issus de trente ans de développement de la retraite par répartition. Il convient d’assurer la parité de niveau de vie entre actifs et retraités, et de faire en sorte que la retraite n’accroisse pas les inégalités entre hommes et femmes. Il faut aussi mettre fin à ce qu’il reste encore de grande pauvreté chez les retraités. Si ces objectifs peuvent très bien être atteints sur la base des régimes actuels, produits d’une histoire, la convergences entre les régimes existants est néanmoins souhaitable. Elle deviendra plus accessible si sont recherchées les réformes du financement permettant un partage des gains de productivité plus favorables aux salariés. Le développement de l’emploi qui élargit la base des prélèvements et la mise à contribution des revenus financiers, notamment ceux des entreprises et des banques, doivent participer à ce financement.

Aujourd’hui il est donc de la responsabilité de tous, et singulièrement des pouvoirs publics (Parlement et gouvernement) d’organiser un débat national. Les moyens doivent être donnés pour permettre à tous les syndicats, toutes les associations, tous les groupes d’experts, de faire connaître leurs propositions. Cette démarche politique, à l’opposé des pressions et des pseudo évidences du MEDEF, permettra que soient renouvelées les garanties sociales pour toutes et pour tous.

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