Retrait du projet Ferry !

Décentraliser, mettre en concurrence, réduire les dépenses publiques ...pour privatiser
 juin 2003
mis à jour vendredi 14 janvier 2005

L’Accord Général sur le Commerce des Services (AGCS) signé en 1994 à Marrakech prévoit la privatisation de tous les services (eau, énergie, poste , transports, musées, santé et éducation) au niveau mondial. Le secteur de l’Education était, par exemple, estimé à 2000 milliards de dollars en l’an 2000. Cet accord est revu tous les 5 ans pour faire le point sur les étapes à franchir vers une totale privatisation sachant que ces secteurs sont dits "sensibles", que les populations peuvent se mobiliser et qu’il faut éviter tout rejet global.

Les stratégies utilisées vont donc aller dans ce sens : service public par service public - corps de métiers par corps de métiers - région par région ...


Les conséquences sont lourdes
- l’Education n’est plus un devoir de la société envers ses jeunes mais elle relève de la responsabilité individuelle.
- l’Education devient une marchandise que chacun acquiert sur son temps personnel et surtout sur ces deniers.
- la notion riche et complexe de savoirs disparaît au profit de la notion de compétences sans cesse périssables.
- on développe alors l’idée de "formation tout au long de sa vie". Loin d’un idéal de société qui offrirait ce droit à chacun, il s’agit bien de se former, d’acheter d’autres compétences pour rester employable et suivre tant bien que mal les évolutions technologiques et les nouvelles exigences des entreprises.
- les diplômes nationaux deviennent inutiles et disparaissent. Avec eux disparaissent les conventions collectives : à tel niveau d’études, tel contrat et tel salaire. Chacun se retrouve à défendre seul son niveau de salaire en fonction de son profil.


Que ce soient dans les rapports de l’OCDE ou de l’ERT, les propos sont clairs.

En 1995 l’ERT affirmait ainsi "la responsabilité de la formation doit en définitive être assumée par l’industrie (...) l’Education doit être considérée comme un service rendu aux entreprises".

Un service rendu aux entreprises, on est loin de définir l’Education comme un droit fondamental que chacun peut revendiquer !

Les recommandations sont reprises par les textes européens et déclinées dans chacun des pays de l’U.E. en fonction de leur situation interne et l’Ecole se retrouve avec des missions précises : sachant que les nouveaux métiers qui apparaissent sont à 70% des métiers de faible niveau de qualification, il ne sert à rien de dépenser trop d’argent dans l’Education pour former les futurs travailleurs dont les entreprises auront besoin. Cela tombe bien dans un contexte de réduction des dépenses publiques et de réduction des impôts ! L’Ecole va donc se limiter au socle commun, le lire-écrire-compter + anglais et informatique de base, le reste devenant des compétences à acquérir. L’université de Marseille a ainsi été mandatée pour mettre au point une "carte de compétences" sur laquelle s’enregistrent les résultats de tests de compétences acquis par les jeunes dans des centres de formation. Ces jeunes vont ensuite présenter leur carte aux entreprises pour chercher un emploi. L’ordinateur lit la carte présentée et détermine si cela correspond au profil recherché par l’entreprise.

Rendre service au monde économique c’est aussi revoir le contenu de ce qui est enseigné à l’Ecole. Il n’est pas anodin de voir les pressions du Medef pour intervenir directement sur les programmes. Ils parlent ainsi d’ "inculquer l’esprit d’entreprise dès le plus jeune âge" !
Il est bien évident que si l’on présente une réforme totale des systèmes éducatifs sous cet angle, les réactions seront vives. Alors la décentralisation devient un outil pour avancer dans le sens de la casse de ces mêmes systèmes.
L’OCDE peut ainsi écrire dans son Cahier de Politique Economique n°13 :
"Si on diminue les dépenses de fonctionnement, il faut veiller à ne pas diminuer la quantité de service, quitte à ce que la qualité baisse. On peut réduire par exemple les crédits de fonctionnement aux écoles et aux universités, mais il serait dangereux de restreindre le nombre d’élèves ou d’étudiants. Les familles réagiront violemment à un refus d’inscription de leurs enfants, mais non à une baisse graduelle de la qualité de l’enseignement et l’école peut progressivement et ponctuellement obtenir une contribution des familles, ou supprimer telle activité. Cela se fait au coup par coup, dans une école mais non dans l’établissement voisin, de telle sorte que l’on évite un mécontentement général de la population."

On ne saurait être plus cynique !

Du coup, on reparle d’ "autonomie des établissements" avec tout ce qui va avec : inégalités des formations offertes, inégalités des modes de fonctionnement et des modes de subventions, renforcement des pouvoirs hiérarchiques locaux (le premier degré voit ressortir le vieux projet de recrutement d’un "vrai" chef d’établissement, une dépendance accrue aux collectivités territoriales et à leurs politiques, une dépendance accrue au monde économique local, une mise en concurrence des établissements entre eux... La décentralisation permet d’aller vers une complète dérégulation du système éducatif et donc sa privatisation.

On sait très bien que confier la gestion de plus de 120 000 personnes aux collectivités locales ne se fera pas sans mal : les impôts locaux, les plus injustes puisque non basés sur la fortune, vont augmenter, des services seront facilement mis en compétition avec des entreprises privées qui n’attendent que cela (nettoyage - restauration, sachant que dans le établissements où la gestion du service de cantine a été confié à des compagnies privées, le prix moyen du repas a été multiplié par trois excluant de nombreux jeunes).

Comme il a été aussi annoncé qu’un fonctionnaire sur deux qui partaient à la retraite ne serait pas remplacé et que l’on supprime 10 000 MISE ou Aide Educateurs (des 26 000 actuels on parle de recruter 16 000 Assistants d’éducation, encore plus précaires par ailleurs), on va vers des situations difficiles à gérer dans certains établissements, ce qui permettra de nourrir le discours sécuritaire déjà très fort. Il faudra bien les remplir ces prisons privées rêvées par Sarkozy !

C’est bien pour cela que le mouvement dans l’Education nationale est aussi fort et qu’il dure autant : les personnels sont bien conscients de ces dangers. Ils avaient d’ailleurs déjà fortement réagi lors de la mise en place des réformes Allègre-Lang-Mélenchon. Ce qui est actuellement en cours est la suite et l’extension d’un processus déjà bien engagé et que
nous avions dénoncé en son temps. Ce qui ne signifie
en aucune manière que l’Ecole actuelle nous satisfasse : elle est source d’exclusion et nous devons continuer à demander des réformes et des moyens permettant d’offrir un enseignement polyvalent de qualité et démocratique pour tous.

Aujourd’hui, l’Education, comme la santé, sont dans le collimateur. Les grèves se multiplient dans les centres hospitaliers, les bureaux de poste... et les contacts se créent entre tous les services publics. La réforme sur les retraites confirme les orientations du gouvernement qui répond aux demandes du patronat d’orienter l’argent vers le secteur privé. La réforme suivante sur la Sécurité Sociale ira dans le même sens. On va vers une précarisation et une paupérisation d’une grande partie de la société.

Et c’est un bien un combat de société qui en cours. A une société reposant sur l’individualisme, les égoïsmes, l’argent, nous opposons des valeurs de solidarité, de justice et de démocratie. Les Assemblées générales de personnels n’ont jamais été aussi riches en débats. De même les rencontres avec les parents font état d’une conscientisation de ce qui est en jeu malgré le battage médiatique qui fait de nous des nantis se cramponnant à leurs soi-disant- privilèges.

C’est ce qui nous motive et nous donne la force de continuer !

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