Rentrée de lutte

mardi 31 août 2010

L’omniprésence médiatique du Président de la République ne doit pas nous amener à des analyses erronées. Il ne faudrait pas oublier, tout d’abord, que ce n’est pas un problème d’individu : si un autre prend sa place en 2012 pour assurer la même politique, qu’aurons-nous gagné ? Au-delà de Sarkozy, ce qui est à combattre, c’est le pouvoir gouvernemental et patronal qu’il représente, c’est la politique qu’il promeut, c’est le projet de société dont il est le porteur.

L’avalanche de mesures prises ou annoncées par Sarkozy aurait, nous dit-on, deux motivations principales : les mesures répressives (baptisées par euphémisme « sécuritaires ») viseraient à s’assurer les suffrages de l’extrême-droite ; la stigmatisation des Roms à détourner l’attention des « affaires » qui menacent certains ministres. Dans le même temps, ces mesures traduiraient une fuite en avant pour masquer « l’échec » des politiques menées, que ce soit le « redressement économique » ou la « lutte contre l’insécurité ». Tout se passe en fait comme si ces mesures constituaient non pas l’application d’une ligne politique, mais des "dérives" qui viseraient autre chose que la mise en œuvre d’une politique.

À y regarder de plus près, on voit une situation largement différente, qui nécessite une autre analyse. Si on examine le programme sur lequel Sarkozy a été élu en 2007, on constate qu’il n’y a aujourd’hui ni « dérive » ni « virage », ni « échec ». Le pouvoir actuel a réussi à développer comme jamais une politique de droite libérale : bouclier fiscal pour les plus aisés, exonération de charges pour les entreprises, non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite, déstructuration de la justice de proximité, dislocation de la carte de l’hospitalisation publique, déremboursement de centaines de médicaments, destruction de la formation des enseignants, gestion managériale de l’université, transfert aux collectivités locales de nombreuses charges sans compensation financière, lancement de la réforme des retraites, de celle visant à mettre au pas la justice (suppression des juges d’instruction), suppression progressive de la carte scolaire, droit pour les universités catholiques de conférer des diplômes, limitation du droit de grève par différentes formes de service minimum, peines-plancher pour les récidivistes, instauration de l’immigration « choisie » et politique d’expulsions, etc.

Il n’y a pas non plus de « dérive sécuritaire » mais la mise en œuvre par un président, élu pour cela, d’un projet de société dans lequel la notion de solidarité est évacuée au profit de celle de compétition, l’égalité fustigée dans la presse de droite comme « égalitarisme mortifère » et les droits de l’homme moqués sous le sobriquet de droit-de-l’hommisme. Quand on prétend pouvoir dépister les futurs délinquants à 3 ans, quand on estime que « jamais l’homme africain ne s’élance vers l’avenir », quand on pense que « quand on veut on peut », qu’il y a les « racailles » et les autres, que l’individu est naturellement et intégralement responsable de son sort, il est logique que la protection sociale, la prévention, l’éducation cèdent la place à la répression et à l’exclusion dans cette idéologie qui isole les « classes dangereuses ».

On est face à un ensemble politiquement et idéologiquement cohérent. C’est la même orientation qui conduit à valoriser le « bling-bling », à casser la formation des enseignants, à individualiser les parcours de formation pour les élèves, à supprimer des milliers de postes de fonctionnaires, à détruire la retraite par répartition et à expulser Roms ou sans-papiers.

C’est pour cette raison que les luttes ne se divisent pas non plus : les manifestations du 4 septembre contre la « politique du pilori », du 6 septembre contre la casse du système éducatif, du 7 septembre contre la réforme des retraites sont une seule et même lutte : c’est la raison pour laquelle nous avons appelé et participé à toutes ; c’est pourquoi il faut pousser à leur unification à tous les niveaux.

C’est pour cette raison aussi que les luttes ne peuvent pas être ponctuelles : face à un projet cohérent de destruction de notre société, personne ne peut imaginer qu’une grève de 24 heures, même massive, puisse suffire à arrêter le rouleau compresseur. Engagée pour durer, la lutte doit être reconduite par ceux qui la mènent, aussi longtemps et aussi fermement qu’il le faudra, en visant à l’unification de toutes les luttes sectorielles dans la perspective d’une grève générale.

Agissons tous ensemble pour construire une lutte
qui permette de gagner.