Relaxe pour les « 6 de Savoie »

samedi 19 mars 2011

Le mouvement social chambérien fortement mobilisé pour dénoncer la criminalisation de son action.

Jeudi 27 janvier 2011 à 8h30 s’est tenu au Palais de Justice de Chambéry (73, Savoie) le procès d’un journaliste et de 5 syndicalistes pour « occupation et entrave à la circulation des trains » dans le cadre du mouvement social contre les retraites de 2010, soutenu par plus de 70% de la population. Le Procureur a requis à l’encontre de chaque inculpé 1500 Euros d’amende avec sursis pour moitié. La SNCF a, elle, demandé 46 000 Euros de dommages et intérêts, correspondant à l’impact supposé sur la circulation ferroviaire du 2 novembre 2010.
Afin de manifester leur solidarité aux prévenus et de dénoncer la volonté de limiter l’expression citoyenne et les droits syndicaux, 400 personnes étaient rassemblées devant le tribunal une heure avant l’audience et durant toute la durée du procès. De nombreuses organisations syndicales et politiques locales et nationales étaient présentes, en particulier l’Union Départementale de la CGT et le porte-parole national de Solidaires, Christian Mahieux dont nous publions ci-dessous la déclaration en intégralité.

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Palais de justice de Chambéry, le 27 janvier 2011
Photo : Cailleton

À l’heure où nous imprimons, les 6 inculpés viennent d’être relaxés, la justice ayant constaté la maigreur du dossier. La SNCF et le ministère public ont jusqu’au 14 mars pour faire appel, ce à quoi nous pouvons nous attendre. Cette première victoire, très importante, démontre la légitimité des actions du mouvement social, l’efficacité des mobilisations qui le soutiennent, mais aussi que la justice n’est pas toujours dupe face à la fébrilité du pouvoir, qui cherche par tous les moyens à déstabiliser celui-ci.

Sud éducation académie de Grenoble, section de Savoie

La déclaration de Christian Mahieux, 27 janvier au matin

J’interviens au nom de l’Union syndicale Solidaires, départementale mais aussi du Secrétariat National de l’Union syndicale, car la solidarité contre la répression nous concerne tous et toutes, et il nous parait important de faire le lien entre toutes les vengeances que veut exercer le gouvernement, à travers les poursuites juridiques lancées dans plusieurs villes.

Ici à Chambéry, le dépôt de plainte vient de la SNCF. Alors, oui, c’est vrai quand il y a des gens sur les voies, ça gène la circulation des trains.

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Christian Mahieux
Photo : Cailleton

Mais la SNCF ne porte pas plainte à chaque fois que la circulation des trains est perturbée. Sinon, il lui faudrait porter plainte contre elle-même quand on supprime des trains faute de personnel. Il lui faudrait porter plainte contre l’État quand on supprime des trains faute de moyens pour les faire rouler !

Et puis surtout, s’il y a préjudice pour la SNCF, il faut alors dire qui en est vraiment responsable. Si des citoyennes et des citoyens se sont retrouvé-e-s sur les voies en gare de Chambéry un jour de novembre 2010, c’est parce que le gouvernement a refusé d’entendre les millions de manifestantes et manifestants, de grévistes qui ont crié leur refus de la régression sociale durant des semaines.

Si la SNCF veut être dédommagée, elle doit s’adresser à ceux qui ont provoqué ces manifestants, c’est-à-dire au gouvernement et au patronat.

En attendant, bien sûr les 6 camarades convoqués, aujourd’hui au tribunal, doivent être exempts de toutes condamnations, les plaintes doivent être retirées. La fédération SUD-Rail s’est d’ailleurs adressée à la direction SNCF pour faire part de cette exigence.

Au-delà de ces cas à Chambéry, je le disais, il y a des vengeances patronales et gouvernementales du même genre un peu de partout en France. Restons unitaires, restons solidaires face à ces attaques !
La question n’est pas de savoir à quelle organisation syndicale adhèrent, ou pas, les camarades visés, la question c’est celle de la solidarité ouvrière qui doit s’exercer, toujours, et le plus fortement possible.

Il est des moments où il faut résister, dire non, refuser ce qu’on nous présente comme « obligé ».

C’est ce qu’ont fait les 6 camarades aujourd’hui traduits devant le tribunal. Pour cela, ils doivent non pas être condamnés mais remerciés et félicités pour avoir montré, avec des millions de personnes, ce qui est la voie légitime, celle du progrès social, celle qui, à sa modeste échelle, contribue à construire une société plus juste !