“Recherche main-d’oeuvre formée vite et pas cher”

Enseignement professionnel
lundi 7 janvier 2008
mis à jour vendredi 7 mars 2008

Le ministère Darcos a décidé, sans la moindre concertation, de refondre
entièrement les filières d’enseignement professionnel. Résultat : un an
de formation en moins pour les élèves... et ce n’est qu’un début.

Une attaque sans précédent !

Aux deux années de BEP suivies de deux années de bac professionnel
qui ont cours actuellement, le ministère veut substituer des filières de bac en trois ans ! Cette énième réforme n’a aucune justification pédagogique. Elle méprise, au contraire, totalement l’intérêt des élèves.

- Les élèves entrant en première année de BEP sont, le plus souvent,
ceux qui étaient en échec scolaire au collège. Ils ne sont pas sûrs de leur
orientation, souvent choisie par défaut. Ils ont besoin de prendre confiance en eux et de trouver une place qui les valorise dans le système
scolaire. Cela demande de la part des enseignants un long travail s’étalant, le plus souvent, sur une année scolaire.

- L’insertion professionnelle de ces jeunes dépend, entre autres, de
la formation générale et professionnelle qui leur est donnée. Comment
en maintenir la qualité en diminuant le parcours scolaire d’un
an ? Et si elle est maintenue malgré tout, que vont devenir les élèves
qui parviennent tout juste aujourd’hui à obtenir leur BEP ?

- Le ministère prévoit de créer une sorte de « BEP fantôme » sous
forme d’une certification reçue au bout de la deuxième année de bac
professionnel. Elle ne vaudra rien sur le marché du travail : elle ne correspondra à aucun référentiel ayant pris en compte les besoins des jeunes pour une insertion professionnelle. Elle servira simplement à se dédouaner à bon compte des élèves qui décrocheront avant d’obtenir le bac.

- À cela, il faut ajouter la réforme de l’enseignement technologique qui
se prépare et qui vise à l’intégrer d’une part à l’enseignement général
et d’autre part à l’enseignement professionnel. La filière professionnelle
aurait alors vocation à se poursuivre vers les BTS et les licences professionnelles. De nouveau se pose la question du devenir des élèves en grande difficulté scolaire…

Cette réforme créera dans le second degré un système encore plus sélectif que l’actuel : aux uns les CAP d’insertion et les sections d’apprentissage, strictement calibrés sur les besoins du patronnant local, aux autres les sections professionnelles amputées d’un an.

La raison d’être de cette réforme

Il s’agit d’initier une restructuration d’ampleur de l’enseignement dans
les collèges et lycées avec comme objectif final : moins de formation,
moins de choix d’orientation, moins d’heures d’enseignement et donc
moins d’enseignants et moins de fonctionnaires en général.

Déjà, les rectorats travaillent à supprimer les premières années de BEP
dès la rentrée 2008. À l’horizon 2009, pas moins de 25% des postes
d’enseignants en section professionnelle pourraient disparaître.

Dans cette attaque d’ampleur contre l’enseignement professionnel, tout
est fait pour empêcher l’unité des personnels : traitement différencié
des Académies, des filières tertiaires et industrielles, concurrence entre établissements pour « conserver » les sections et les postes, etc.

La Fédération des syndicats Sud éducation appelle tous les
personnels à s’organiser dès aujourd’hui pour mener la lutte la plus large et la plus unitaire possible :

- pour un enseignement professionnel permettant la réussite et
l’épanouissement de tous les élèves,
- pour une « vraie » formation professionnalisante de niveau V, de type BEP, comprenant une aide aux élèves en difficulté,
- pour un équilibre entre formation générale et professionnelle,
- pour tous, sections sous statut scolaire avec rémunération des
stages en entreprise.

Fédération des syndicats Sud éducation

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