Quelle stratégie syndicale face aux mutations du Capitalisme ?

jeudi 10 février 2005
mis à jour mardi 19 avril 2005

« Il nous faut aussi mieux adapter notre syndicalisme aux réalités actuelles et changeantes du salariat. (...) Il nous faut nous adresser à l’ensemble de celles et ceux qui passent dans les entreprises, les CDD, les précaires de toutes sortes, (les emplois jeunes, les CES...) et aider par notre participation effective aux mobilisations contre la précarité et pour la titularisation de tous, pour le droit de tous et de chacun à un emploi stable sous statut. Nous adapter aux réalités changeantes du salariat, c’est également tenter de faire rentrer le syndicalisme dans des secteurs professionnels où il n’a pas encore d’histoire. Il y a aujourd’hui des zones entières de non syndicalisme où les salariés se trouvent sans grande capacité de résistance individuelle et collective (...)

Nous savons aussi que notre syndicalisme ne doit pas s’arrêter aux portes de l’entreprise si nous voulons améliorer la cohérence et l’efficacité de nos interventions revendicatives. Ce qui se passe hors de l’entreprise interfère souvent sur les rapports de travail et les rapports de production (l’immigration est un exemple criant). Vouloir agir contre un capitalisme libéral et financier qui veut tout « marchandiser » nécessite d’intervenir partout où lui-même veut s’immiscer, casser des solidarités et accroître les inégalités. Ceci doit avoir des conséquences sur les champs d’intervention que nous devons donner collectivement à l’ensemble de nos syndicats et fédérations. Ceci doit nous conduire à poursuivre nos liens dans les luttes avec d’autres forces sociales et citoyennes dont les aspirations peuvent converger avec les nôtres. Ces luttes dites du « mouvement social » sont des luttes syndicales de part en part. La lutte pour la « démarchandisation » du monde a nécessairement affaire avec le travail, il en va de même des luttes de l’immigration, de la solidarité internationale ou de la paix ou encore des libertés publiques. C’est donc bien en tant que syndicalistes que nous avons toute notre place dans ces luttes qui ne sauraient être des suppléments d’âme par rapport à l’activité syndicale sur le lieu de travail. (...)
Le souci d’efficacité dans la construction des rapports de force doit nous porter à privilégier l’unité d’action avec les autres organisations syndicales, nous continuons de penser que dans un mouvement syndical dispersé, le rôle de l’Union syndicale SOLIDAIRES est de rassembler celles et ceux qui veulent agir et souhaitent participer à la construction d’autre chose pour le syndicalisme que des confédérations pyramidales ou des fédérations corsetées dans leur corporatisme. Ce rassemblement syndical pluraliste que constitue l’Union syndicale SOLIDAIRES doit s’affirmer comme outil interprofessionnel au service des luttes. Cela nécessite à la fois une théorisation, une formation et une pratique dont les témoignages circulent à tous les niveaux de l’Union. Il est donc important d’organiser davantage la circulation de l’information et la propagation des moyens de la solidarité concrète avec les luttes en cours(...).

La question de l’unité reste une question centrale pour le syndicalisme parce qu’elle conditionne la puissance du monde du travail face au pouvoir du Capital. Cependant l’unité est d’abord affaire de travailleurs devant lutter ensemble. Il paraît donc indispensable de favoriser l’unité dans l’action sur le terrain des luttes d’abord, sur la base de revendications unifiantes plutôt que sur des accords d’appareils ou déclarations de façades éloignées de la réalité du terrain militant et dont les objectifs seraient davantage politiques que syndicaux. »

Texte du 3e congrès
de l’Union syndicale Solidaires

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