Quelle action syndicale à l’heure du libéralisme ?

Edito
samedi 29 août 2009

Ce qui nous attend à cette rentrée, ce n’est pas seulement une réforme de plus ou de nouvelles suppressions de postes, c’est un moment décisif de la marche vers la fin du système éducatif tel que nous l’avons connu jusqu’ici.

Plusieurs étapes ont marqué la transformation libérale du service public d’éducation : d’abord son éclatement, entre plusieurs Fonctions Publiques (les TOS rejoignant en 2003 les ATSEM dans la Territoriale) et entre plusieurs ministères (le Supérieur d’un côté, le Primaire et le Secondaire de l’autre). Puis, en juillet 2006, la loi permettant d’embaucher des contractuels sur des emplois permanents de la fonction publique [1]. Ensuite la suppression de la carte scolaire, généralisant la compétition sociale pour inscrire les élèves dans les « bonnes » écoles et renforçant le profil des établissements scolaires déjà déterminé par l’obligation d’établir des projets contractualisés. Le remplacement de la vieille hiérarchie (inspecteurs) par une évaluation en fonction des « profils individuels » et des projets de carrière, déjà à l’œuvre pour les Atoss, et qui va se généraliser. Aujourd’hui enfin, la disparition annoncée de la formation professionnelle des enseignants, remplacée par quelques stages variables au gré des universités autonomes.

On passe d’un système de service public accordant les mêmes droits et devoirs à tous les élèves et assuré par des fonctionnaires d’état régis par un statut, à un système où la contractualisation est généralisée.

Depuis 2001, les académies déterminent leurs « orientations stratégiques et priorités d’actions » à travers des contrats avec le ministère de l’Éducation Nationale ; dans le cadre de la loi LRU, les universités contractualisent avec le ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche au fur et à mesure de leur passage à l’autonomie ; depuis 2005, les EPLE doivent statutairement définir avec les recteurs des « contrats d’objectifs » associés à leur « projet d’établissement », et le projet de transformer les écoles primaires en EPEP s’inscrit aussi dans cette perspective ; enfin, les parents d’élèves signent avec le directeur d’école ou le chef d’établissement un contrat dans le cadre des PPRE [2] « lorsqu’il apparaît qu’un élève risque de ne pas maîtriser les connaissances et les compétences indispensables à la fin d’un cycle ».

Dans l’ensemble du système éducatif, les contrats se substituent peu à peu aux droits et aux devoirs. C’est là, voulu et délibérément programmé par les penseurs du capitalisme libéral, un changement fondamental, facteur d’individualisation des situations et d’intériorisation des inégalités, tant pour les personnels que pour les élèves ou étudiants, qu’il nous faut prendre en compte dans notre démarche syndicale : nous ne pouvons plus concevoir l’action syndicale comme il y a seulement quelques années.

Il reste un obstacle essentiel à cette contractualisation libérale : le statut de fonctionnaires d’état des enseignants (pour les TOS, c’est déjà fini). C’est là que la réforme de la formation des enseignants, la « mastérisation », prend tout son sens : si nous ne parvenons pas à empêcher sa mise en œuvre (les décrets sont parus pendant l’été), elle va jeter sur le marché du travail des dizaines de milliers de personnes se destinant à l’enseignement, qui auront un haut niveau universitaire mais auront échoué aux concours, vu le nombre réduit de places offertes. Comme la loi de 2006 le permet, ils seront embauchés sur des postes d’enseignants avec des CDI et non plus comme fonctionnaires.

Le syndicalisme tel que nous le concevons doit prendre en compte cette situation. Nous ne pouvons plus nous contenter de nous battre pour des moyens ou des réformes ponctuelles. C’est bien pour une autre transformation du système éducatif qu’il nous faut lutter, contre la marchandisation libérale de l’éducation, sous toutes ses formes, dans tous ses lieux et dans ses moindres applications. Seules notre vigilance, notre exigence et notre capacité de lutte peuvent empêcher que demain l’école et ses élèves soient livrés à la compétition, à la concurrence et au profit.


[1des contractuels n’étaient jusque là autorisés que pour les remplacements

[2Projets Personnalisés de Réussite Éducative

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