Quand on veut noyer son chien...

Nouveaux programmes du primaire
samedi 15 novembre 2008

Le changement de route aura donc été imposé par Darcos sans visibilité, sans perspectives (si ce n’est celle, obsessionnelle, de l’économie de moyens) et ce, malgré les avertissements répétés de l’ensemble des acteurs de l’éducation. Il fallait pour cela préparer le terrain vis à vis de l’opinion publique, quitte à interpréter de manière douteuse les différentes études internationales.

« Tout en bas du classement », « effondrement des résultats dans les dernières années », « chute continuelle depuis 2002 du niveau de performance des élèves français »... Darcos ne ménage pas sa peine pour communiquer sur l’échec supposé de l’école. On dispose pourtant aujourd’hui d’analyses détaillées des diverses études réalisées, notamment PISA. Certes en lecture, les résultats français ont très légèrement baissé entre 2000 et 2003, comme d’ailleurs en Finlande, mais les élèves de 15 ans se situent dans la moyenne OCDE. En mathématiques et sciences, même constat, avec des indices qu’il aurait été intéressant de prendre en compte : le fléchissement moyen des résultats français n’est pas dû à une baisse générale des performances, mais à une augmentation préoccupante du pourcentage des élèves les plus faibles. D’autre part, les élèves français se montrent particulièrement démunis lorsqu’il s’agit de traiter des problèmes pour lesquels une recherche, une expérimentation sont nécessaires.

On connaît les réponses ministérielles à ces constats : « remédiations » à la difficulté scolaire hors temps scolaire, par des personnels non spécialisés, en isolant et stigmatisant des élèves déjà en situation de souffrance.

Développement de la prise d’initiative et des capacités de recherche... par des programmes axés sur l’entraînement et la répétition, avec un accroissement du nombre de notions à acquérir, de manière prématurée et sans aucun intérêt pour le développement de la pensée.

Le rejet massif des programmes Darcos par une large majorité d’enseignants n’a ébranlé chez le Ministre ni sa haine du « pédagogisme », ni sa complaisance envers les différents courants et personnalités « anti-pédago ».

Le simulacre de concertation n’a servi, comme prévu, qu’à communiquer de manière tronquée sur la clarté des programmes, en occultant toute analyse de fond. Xavier Darcos est passé maître dans l’art de la dissimulation, de l’interprétation et du trucage.

Malgré quelques aménagements de surface suite à cette pseudo-concertation, la philosophie générale de ces programmes reste inchangée : purement idéologique, d’inspiration libérale, elle ne peut que contribuer à renforcer les inégalités. Elle s’accompagne, par le biais de l’évaluation, d’une mise en concurrence des écoles et des enseignants, avec le risque de voir les enseignements se focaliser sur les acquis évaluables, au détriment d’autres compétences pourtant indispensables à la construction de la pensée.

On est bien là sur une conception idéologique qui veut que la concurrence bénéficie à l’école, et particulièrement aux « mauvais » établissements, en les forçant à s’améliorer ou à disparaître. Autre principe libéral : si l’État reste prescripteur de résultats, il se désengage des moyens à une allure jusqu’ici inédite.

Commission premier degré