Projet pour le CNRS : que nous prépare-t-on ?

jeudi 4 novembre 2004
mis à jour lundi 8 novembre 2004

(Une réforme néo-libérale qui ne dit pas son nom)

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Projet pour le CNRS : que nous prépare-t-on ?
tract de la Fédération SUD Education. Oct. 2004

La direction a rendu public son projet au beau milieu des revendications de début 2004. Sans tarder, la phase d’expérimentation est initiée en septembre dans la perspective du Plan Stratégique du CNRS et de la Loi sur la recherche voulue par M. Chirac. Ce projet n’est pas le contre-feu salutaire auto-célébré mais bel et bien une transformation néo-libérale du CNRS.

D’un côté, on rassure... de l’autre on libéralise
Profitant d’un contexte de remise en question orchestrée du CNRS, la direction a proposé un soi-disant projet de sauvegarde... contre ses propres ardeurs de liquidation ! Et en échange de reformes majeures !!
Aucune autre raison n’est suffisante pour justifier l’ampleur des réformes proposées (un remaniement de l’établissement à tous les niveaux) et celles-ci ne répondent même pas aux dysfonctionnements pointés (gestion administrative). Alors pourquoi ce projet ?
En plus des aspects particuliers de l’organisation du CNRS, nous retrouvons une cohérence avec les projets de libéralisation-marchandisation en vogue ces dernières années.

 Le mythe du pôle régional
Dans l’idéologie libérale actuelle, peu importent la culture et l’histoire du pays, l’unité géographique de base est la région, voire la "grande région", source providentielle d’innovation technologique et d’emplois, et en compétition (forcément) avec les autres régions...
Dans le projet de la direction, la "synergie entre formation, recherche et innovation" au sein de "grands pôles régionaux" est un "objectif essentiel" [p 18]. Il s’agit aussi de constituer avec "les établissements partenaires" (et pas toutes les universités) des "pôles d’excellence d’envergure européenne" [p 21].
Pour ce faire, une couche administrative inter-régionale est rajoutée. Cette régionalisation n’en serait pas une selon des déclarations récentes, mais constituerait quand même "une réforme de fond" [p. 22] avec de nombreuses implications sur "la politique des ressources humaines, le dialogue avec les universités,... ". De fait, cette régionalisation se veut en phase avec les projets d’autonomie des universités [p 6] ardemment remis en question par les travailleurs et étudiants universitaires au printemps et à l’hiver 2003.

 Le renforcement de la hiérarchie locale
Régionalisation et compétition accrues rendent nécessaire l’existence d’unités plus grosses et mieux tenues. Le projet prône ainsi pour un agrandissement de la taille des laboratoires [p 20] et pour un renforcement du rôle et de la responsabilité des directeurs de labos [p 20] ; de sorte que l’on réduise "le nombre des situations où des décisions importantes concernant la vie de l’unité et les carrières des personnels sont prises en dehors [du directeur de laboratoire]". Dès lors, les directeurs auraient la charge de la gestion directe du personnel. Les répercussions de ce renforcement des pouvoirs locaux et de la hiérarchie sur le personnel et les conditions de travail sont prévisibles : mandarinat, soumission, clientélisme, ....

 Une gestion des " ressources humaines " plus flexible
Qui dit "compétition" peut penser "flexibilité". Alors que la précarité ne cesse d’augmenter dans l’enseignement supérieur et la recherche et qu’il faudrait renverser la tendance, la direction du CNRS propose de renforcer cette précarité. Bien sûr le texte du projet assure que le statut des salariés reste celui des fonctionnaires, mais on note tout de même que :
• des taux de précarité élevés seraient officialisés (15% des chercheurs, 6% des ITA) [p 13]
• la mobilité vers le privé et les universités serait "encouragée" [p 12]
• une sorte d’intérim des salariés serait envisagée par la mise à disposition du personnel CNRS non-titulaire dans d’autres établissements [p 9-10]
• les primes au mérite seraient introduites pour les chercheurs [p 12]
Aussi, on s’acheminerait avec ce projet vers...
• une plus grande dépendance des travailleurs vis-à-vis de la hiérarchie locale
• un contrôle accru des activités : moins collégial et exercé par une instance dirigeante qui piloterait le CNRS de façon non seulement déshumanisante mais aussi forcément partiale
• une privatisation progressive : si cela a commencé par les cantines et le nettoyage où nos collègues sont livrés aux pratiques de la sous-traitance, cela se poursuit dans cette réorganisation par la notion de travailleur d’appoint -chercheur ou ITA- sur projet spécifique

 Un dispositif de recherche plus rentable (pour le privé)
Significativement, les liens entre le CNRS et le reste de la société sont vus sous l’angle de la rentabilité économique et peu pour ses aspects sociétaux [50 lignes contre 7, p 18-19]. Cela rejoint l’esprit de la politique de recherche de Mme Haignéré en 2002 ("il faut optimiser le dispositif de recherche") et la loi d’août 2003 sur les fondations (censées relancer la recherche des entreprises privées sans que cela ne leur coûte trop cher).
La direction du CNRS a prévu : de développer "l’échange de personnels", de renforcer la représentation des industriels dans les comités d’évaluation [p 16] et dans les jurys de recrutement [p 17], de créer de nouveaux "laboratoires communs", d’augmenter les "moyens humains et financiers pour améliorer la qualité et l’efficacité du transfert technologique", etc. Travailleurs, budgets, résultats,... le renforcement des liens public/privé tant espéré ressemble surtout à une mise à disposition du public vis-à-vis du privé. Avec un rôle amoindri d’établissement de recherche national [p 7-8], le CNRS aurait alors un rôle d’agence de moyens humains et financiers pour les universités [p 9] et l’industrie [p 12, 18].

Défendons le CNRS et le service public de recherche !
Après l’INRIA, B. Larrouturou semble avoir été nommé par le gouvernement avec la mission précise de réformer le CNRS. Sachons nous défendre : refusons son projet !
Favorisons la création de connaissances publiques sans emprise marchande !
Améliorons le sort de tous les salariés et étudiants sur nos lieux de travail !


Du bien, du mal et de la propagande !

Cette démarche "oui...mais...non !" se retrouve même dans le style très manichéen du texte. Comme s’il fallait inculquer aux salariés du CNRS les valeurs néo-libérales en cours pour leur imposer cette première réforme. Extraits.

 Ce qui serait mal et passéiste : "la lourdeur et la complexité du dispositif national de recherche publique", "une dynamique insuffisante (...) du transfert entre recherche publique et recherche privée", "les inconvénients et les rigidités liés à ce statut [de fonctionnaire]", "les freins statutaires", etc.

 Ce qui serait bien et moderne : "établissement vrai et fort", "gestion des ressources humaines plus souple", "culture du mouvement et du risque", "souplesse accrue en matière de recrutement et de rémunération", "parcours variés s’appuyant sur la grande richesse des métiers de la recherche", "gestion dynamique des corps de fonctionnaires", etc.

La propagande est aussi renforcée par l’utilisation de formules tirées des techniques de "management" dont l’application au service public de recherche est plus que questionnable. Ainsi, on peut s’interroger sur la compatibilité entre un travail exclusivement défini par la culture du projet (objectifs-moyens-résultats-évaluation) ou par la compétition ("en recherche, l’excellence se nourrit de la compétition" p 9) et une activité de recherche faite d’échanges et de libres et imprévisibles associations d’idées.

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