Programme CLAIR

Pour Sud éducation, l’urgence est à la mobilisation !
mardi 8 février 2011

Depuis la rentrée, 105 établissements de 10 académies parmi ceux « concentrant le plus de difficultés en matière de climat scolaire et de violence »expérimentent le dispositif CLAIR (collèges et lycées pour l’ambition, l’innovation et la réussite). Sont ainsi concernés 10 collèges et 4 lycées de l’académie de Créteil !

Avec cette réforme, l’éducation prioritaire glisse de la question de l’échec scolaire à celle de « climat scolaire ». Le dispositif est clairement présenté comme une alternative aux dispositifs d’éducation prioritaire existants, en particulier les ZEP. Extrait de la circulaire de mise en place du 7 juillet 2010 : « Le programme CLAIR sera étendu à la rentrée 2011, dans le cadre d’un examen de la cohérence des géographies prioritaires existantes, en liaison avec la politique de la ville ».

Alors, un nouvel avatar de ces dispositifs dont la durée de vie est à peu près égale à celle de la dernière lubie ministérielle ou présidentielle ? Peut-être pas, car il semble que cette fois l’attaque soit plus sérieuse : le dispositif émane de l’éminence grise de Sarko, notre ancien recteur Blanquer. Il a reçu le soutien politique des pointures de l’UMP qui ont « réfléchi » sur le volet école du programme présidentiel. Que contient-il qui en fasse une telle arme de guerre ?

Des innovations dévastatrices

  • Les pleins pouvoirs aux chefs d’établissements. Citons à nouveau la circulaire : « Le recrutement des personnels enseignants, d’éducation, administratifs, sociaux et de santé dans les établissements relevant du programme CLAIR sera effectué sur proposition des chefs d’établissement ». Par ailleurs, Gérard Longuet a déclaré le 3 novembre 2010 : « Il faut un patron qui puisse entrer dans les classes et exfiltrer les enseignants qui sont en rupture avec le projet d’établissement ».


Gérard Longuet : « Il faut un patron qui puisse entrer dans les classes et exfiltrer les enseignants qui sont en rupture avec le projet d’établissement ».

  • Une invention : le préfet des études (terme en fait inventé par les jésuites pour leurs écoles au 16e siècle !). Nouveau caporal, ainsi défini par la circulaire : « Membre de l’équipe de direction, chaque préfet des études est, sous l’autorité du chef d’établissement, le responsable pédagogique et éducatif du niveau de classe qui lui est confié ».
  • Un traitement purement sécuritaire du problème de l’échec scolaire : diagnostic police sur l’établissement, collaboration avec les équipes mobiles de sécurité et recentrage des enseignements sur le socle commun.
  • Cerise sur le gâteau, pas de moyens supplémentaires pour les établissements CLAIR. Certains établissements désignés pour être CLAIR se sont même vu supprimer des moyens vie scolaire !

Ce dispositif apparaît donc comme une véritable machine de guerre non seulement contre les établissements ZEP mais aussi contre l’organisation du système éducatif tel que nous le connaissons. Nul doute que Gérard Longuet songe aussi aux écoles lorsqu’il parle de la nécessité d’un « patron » dans les établissements. Nul doute encore que ce terme de « patron » fait référence au modèle managérial rêvé depuis longtemps par les politiques néolibéraux.

Quelle résistance ?

Depuis le mois de juin, certains établissements sont entrés en résistance contre ce projet qui les menaçait directement : un collège de Créteil a même été « déclairisé » pendant les vacances. La plupart des CA des établissements CLAIR ont voté contre le projet, mais l’administration passe outre ces décisions... au nom de l’autonomie offerte par le projet CLAIR.

Plusieurs réunions syndicales et finalement une intersyndicale ont abouti à un rassemblement des établissements CLAIR devant le rectorat. Une délégation reçue par la chef de cabinet du recteur et la DRH a demandé le retrait des établissements du dispositif. L’administration nous a clairement montré par ses non-réponses que les décisions seraient prises en plus haut lieu mais que le rectorat réfléchissait déjà à « l’articulation du dispositif CLAIR avec les dispositifs d’éducation prioritaire existants pour la rentrée » ; une façon de nous dire que l’arrêt du dispositif n’était pas à l’ordre du jour ! La circulaire prévoit un bilan -ne doutons pas qu’il sera positif !- et d’ores et déjà une extension concernerait 200 à 250 établissements ZEP, RAR…

Le 7 décembre s’est tenue une intersyndicale nationale qui a abouti à un communiqué dans lequel les organisations demandent « le retrait de la circulaire nº 2010-096 du 7 juillet 2010 et l’abandon de toute pression à l’égard des personnels ». C’est un point d’appui mais pour Sud éducation, la mobilisation est urgente et doit s’intensifier.

Sud éducation riposte

Il nous paraît nécessaire de mettre davantage en exergue le volet sécuritaire et la régression pédagogique du dispositif qui va toucher en priorité les élèves qui ont le plus besoin d’école. Nous regrettons l’absence, pour le moment, d’actions nationales intersyndicales contre ce dispositif. Une pétition intersyndicale, cristolienne à ce jour, est mise en ligne à destination de tous les établissements (voir le site Sud éducation). Mais il faut se donner les moyens d’élargir la mobilisation dans toutes les académies à tous les établissements ZEP, parce qu’ils sont tous menacés par ce dispositif. C’est pourquoi un travail fédéral anti-CLAIR est en cours, avec la mise en place décidée par la fédération des syndicats Sud éducation d’une liste de contacts des établissements concernés et d’un site : il s’agit de favoriser la circulation des informations et des expériences afin de mieux coordonner l’action et développer une mobilisation.


Ne nous laissons pas dicter par les politiciens néolibéraux leurs choix idéologiques !

Ne nous laissons pas dicter par les politiciens néolibéraux leurs choix idéologiques sécuritaires et leurs choix économiques uniquement financiers : nous savons par expérience que seul le choix éducatif est le bon dans les zones prioritaires, à condition d’y mettre de véritables moyens.

Sud éducation Créteil