Pré-Affectation Multicritère

Mais qu’est-ce qu’on fiche ?
mardi 19 avril 2005
mis à jour dimanche 4 septembre 2005

Dans un certain nombre d’Académies, et pour la première année sur Bordeaux, les enseignants découvrent la Pré-Affectation Multicritère (PAM). Une nouvelle procédure d’orientation par laquelle les enseignantEs pré-sélectionnent, pour les entreprises, de futurs salariéEs au comportement irréprochable. Mais est-ce vraiment notre travail ?

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La PAM consiste à mettre une note de comportement en vue d’une affectation en lycée professionnel après la troisième. Ces grilles d’évaluation ont été établies en aval par l’enseignement professionnel, et les chefs d’établissement des collèges ont ordre de les faire remplir par les enseignantEs de troisième. Il s’agit de noter huit compétences : rigueur, raisonnement, habileté gestuelle, capacité de communication, créativité et imagination, curiosité, capacité d’initiative et d’autonomie dans le travail, sociabilité. Chaque professeur évalue les compétences (très détaillées dans les fiches techniques) dans le cadre normal des ses cours et note chaque critère selon le barème suivant : 5-Faiblesse, 10-Compétence à développer, 15-Bien, 25-Point fort de l’élève, et N.O-Non Observé pour les compétences qu’il ne pense pas pouvoir évaluer. Et ceci pour chaque élève dans chacune des classes ou alors pour les seuls élèves à qui on suggère une orientation vers le professionnel. Le professeur principal remplit alors une fiche récapitulative par élève en additionnant les scores obtenus dans chaque discipline. Portant, alors, sur cette fiche, les 3 vœux d’orientation de l’élève, et, en regard les compétences retenues par les sections de BEP ou CAP demandées, l’enseignant fait apparaître le score obtenu par l’élève pour chacun des vœux. Les résultats sont livrés au conseil de classe.

PAM et soumission volontaire

Evidemment, on soupçonne que ce système pourrait être étendu au-delà de l’orientation professionnelle ; par exemple à la note de vie scolaire, créée par la loi Fillon, et intégrée à l’examen du brevet désormais obligatoire. Avec la PAM, les profs sont appeléEs à juger de la personnalité de leurs élèves, selon un profil fixant l’avenir professionnel de l’élève. Comme si on pouvait induire de l’attitude en cours d’un élève sa personnalité intégrale ! Comme si les jugements intuitifs des enseignantEs sur la personnalité de leurs élèves pouvaient faire l’objet d’une moyenne quantifiable !

Pourtant, un enseignant sait que son œuvre n’est pas de juger des comportements mais d’évaluer l’acquisition de savoirs... ou alors, il faudrait jeter aux orties des décennies de didactique et de pédagogie. Evaluer, c’est être en capacité d’observer sur la base de critères objectivables. N’est-ce d’ailleurs pas par cela que se définit la qualification professionnelle de l’enseignant, d’où, aussi, la définition des champs disciplinaires (ou pluri-disciplinaire pour les professeurs des écoles) ? Avec la PAM, on est dans tout autre chose : les enseignantEs sont invitéEs à réaliser un tri professionnel sur la base de critères relevant de la psychologie et de la psychologie sociale, domaines dans lesquels ils et elles sont incompétentEs. D’où le risque de glisser vers le jugement à la tête du client. Ce dont ne se cachent pas certainEs enseignantEs très favorables à la PAM au motif qu’elle leur donnerait un moyen de pression pour obtenir la paix en classe. Ceci montre comment la PAM s’intègre à une politique de pacification des établissements par la compétition et le fichage. Mais ce faisant, l’école devient ainsi, un peu plus, une institution de tri social par le tri scolaire.

Combattre la PAM est un devoir d’objection de conscience

Mais tous les enseignantEs n’adoptent pas ce comportement moutonnier. Ils et elles refusent de remplir cet instrument de fichage personnel dont l’administration -c’est un comble- refuse de dire si les notes de la PAM seront incluses dans un dossier qui suivrait le jeune au-delà de son année de troisième ou de quatrième ; en effet, les élèves qui sont mis dans les stages d’insertion suite à une sortie sans diplôme ni entrée dans une formation quelconque du système éducatif à l’issue de leur seizième année, entreraient dans le cadre
de la « formation permanente » qu’intègre la loi Fillon (la loi sur la formation professionnelle tout au long de vie, d’avril 2004) : les notes de la PAM suivront-elles les élèves devenuEs stagiaires, puis travail-leur-se sur un marché du travail gouverné par le chômage et la précarité, notamment en cas de formation continue et de validation des acquis ?

Les élèves sont des êtres en devenir. Prétendre déterminer à 13, 14, 15 ou 16 ans le type de personnalité et l’emploi afférent à occuper, c’est du déterminisme social pur et simple. Nous pensons à l’inverse que l’enfant et l’adolescent sont des êtres en devenir. Notre travail est de lui permettre d’épanouir toutes ses facettes, toutes ses potentialités, dans le respect de son rythme de développement. Ceci est contraire à toute action de fichage, de quelque nature qu’elle soit. Nous sommes pour la protection émancipatrice de l’enfance. Nous demeurons contre toute orientation professionnelle avant la fin du lycée et farouches partisanEs de l’enseignement polytechnique et polyvalent pour toutEs dans le respect du rythme de chacunE.

Gageons que les actions syndicales dans les bahuts réussiront à faire reculer la propagande capitaliste qui a trouvé dans l’aval des cursus professionnels un mode simpliste pour investir un peu plus l’éducation des enfants et les esprits des enseignantEs.

Sud éducation Aquitaine