Pourquoi la réforme est inacceptable pour Sud éducation

mercredi 20 janvier 2010

La reforme du lycée doit être replacée dans le contexte de l’attaque généralisée contre les services publics, la RGPP. Dans l’éducation, premier employeur de l’État, le gouvernement Sarkozy cherche à parachever la réforme libérale de l’école engagée dans le supérieur, le premier degré et les lycées professionnels.

Certes, le système éducatif a besoin de se réformer, le lycée général et technologique n’échappe pas à cette nécessité. Encore faut-il savoir selon quel principe. La massification de l’accès au secondaire a ouvert la porte à la culture « légitime » pour une majorité d’élèves, mais demeure le scandale de la reproduction sociale des inégalités. La réforme actuelle ne s’attaque en rien à cette question centrale !

De Darcos à Châtel, il est évident qu’il faut à tout prix une réforme, pour poursuivre la réduction de 80000 postes prévue d’ici 2012

Sur les 16000 postes supprimés dans le budget 2010, presque la moitié des suppressions de la Fonction publique, environ 6500 devraient concerner le second degré, collèges et lycées. Elles correspondent à la réforme de la mastérisation : les nouveaux enseignants seront directement à temps plein. La réforme du lycée doit permettre de poursuivre les économies de postes : tronc commun en première pour « bourrer les classes » en jouant sur les regroupements des élèves de séries différentes, diminution sensible des horaires professeurs dans la plupart des matières avec l’augmentation des classes à suivre, diminution globale des heures de cours, notamment les heures en effectifs réduits puisque les 2 heures d’accompagnement dit « individualisé » sont prises sur le volume de cours existant. Les enseignants devront aussi prendre en charge l’orientation des élèves, alors qu’on liquide le service public d’orientation et ses personnels qualifiés. Ce n’est même pas une réforme à « moyens constants » qui s’annonce ! Inacceptable !

Dans le même temps, la qualité des enseignements est bradée

On se situe dans la droite ligne du socle commun déjà appliqué notamment au primaire et au collège. Les horaires des enseignements de détermination en seconde sont réduits en moyenne de moitié. Le Ministère revendique une conception du « donner à voir » et non celle d’un apprentissage, devenu illusoire en 1h30 hebdomadaire.

Tous les dédoublements de droit sont supprimés et avec eux les possibilités d’une pédagogie différente face à la difficulté scolaire.

L’accompagnement personnalisé sera une illusion inégalitaire : avec 2h cela n’aura rien à voir avec une aide en petit groupe ; selon leur public, les établissements devront choisir entre l’aide, l’approfondissement et maintenant l’initiation au travail interdisciplinaire.

La refonte des programmes est préoccupante avec la précipitation de la réforme pour la seconde puisqu’elle doit entrer en vigueur dès septembre 2010 pour ce niveau.

Des intentions idéologiques évidentes concernant les SES avec la séparation de l’économie et de la sociologie et de même pour l’Histoire-Géographie puisque l’année de Terminale sera uniquement consacrée au monde depuis 1989 ! La médiatisation de la polémique sur la suppression de l’HG en TS masque sans doute l’essentiel. Le programme de toutes les séries s’arrêtant en 1ère, c’est bien la perspective de sa suppression dans toutes les terminales qui est ouverte. Pour l’heure, pas d’histoire en TS, pas de maths en TL. Cette réforme est incapable de proposer une formation pluriculturelle dans toutes les séries.

La question de l’autonomie est un motif fondamental de notre opposition

Chaque établissement devra répartir lui-même, en fonction de son projet pédagogique, les heures à « effectifs réduits ». Cette autonomie va aussi accroître les inégalités et la concurrence entre les établissements, en particulier dans le contexte de la suppression de la carte scolaire. Qui peut croire que ce même volume horaire sera utilisé pour les mêmes "choix" pédagogiques dans les lycées de centre-ville et dans ceux des quartiers populaires ?

De la même manière, la concurrence s’exercera entre collègues. Qui bénéficiera des dédoublements ? Des effectifs réduits ? Qui devra prendre une ou deux classes supplémentaires ?

Les quelques « améliorations à la marge » qui semblent concédées avant la parution des décrets (les 10H30 réservées à l’enseignement en groupes ne devraient plus être allouées en moyenne, mais a priori à chaque classe) ne changent pas fondamentalement la donne.

Cette réforme accentue le pouvoir des petits chefs en collège comme en lycée

À cet égard, elle concerne l’ensemble du Second degré. Elle institutionnalise une véritable caporalisation avec le renforcement du rôle du conseil pédagogique, pivot d’un cadrage local au détriment du cadrage national. Se met ainsi en place une hiérarchie intermédiaire de « super-professeurs » qui devraient piloter les choix officiellement avalisés en C.A., mais qui seront en réalité imposés sans mal par le chef d’établissement qui voit donc lui aussi son pouvoir accru ! Il garde en fait le contrôle sur la nomination des membres du conseil pédagogique et il pourra désormais imposer son projet face à un CA rebelle ! Ce n’était jusqu’alors pas le cas.

Que de reculs en perspective au nom d’une illusion de progrès pédagogique et d’aide aux élèves en difficulté !