Pour une coordination nationale Emplois jeunes de tous secteurs et Surveillants

 janvier 2003
mis à jour samedi 15 janvier 2005

Le 10 décembre 2002, Collectif Emploi jeune Île de France -Extraits-

L’essentiel des collectifs en lutte actuellement sont des collectifs de l’Education nationale regroupant des Surveillants et des Emplois Jeunes. Le mouvement semble dominé par une majorité de surveillants, mais la plupart des collectifs comprennent des emplois jeunes, même s’ils sont plus difficiles à organiser. Les surveillants se retrouvant plus naturellement dans les facs, l’échange et la construction de réseaux est plus souple ; pour preuve, nombre de collectifs se réunissent dans les Universités.

Nous défendons le statut de Surveillants et sommes contre le statut d’emplois jeunes. Les postes de surveillants ont pour but de financer le suivi des études, c’est un statut qui défend les étudiants les moins aisés. Le salariat des emplois jeunes est de nature précaire et la gauche qui a instauré ce dispositif avait comme postulat qu’à la fin du CDD de 5 ans, chaque salarié du dispositif quitterait son poste (donc le chômage assuré pour la plupart des collègues). Depuis l’arrivée de la droite, c’est aussi la fin de leurs missions qui est en jeu. Les postes Emplois jeunes se sont substitués à des postes statutaires et devraient donc correspondre à de vrais postes avec un statut de la fonction publique.(...)

Les luttes menées ces derniers mois attestent que les collègues en collectifs ont des liens étroits avec les étudiants. (...) Les attaques européennes sur l’enseignement supérieur entraînent de plus en plus d’étudiants dans la lutte. Couplées aux attaques sur l’ensemble de l’Education nationale, elles "favorisent" la convergence des luttes du milieu de l’Education nationale des maternelles aux universités. Nous avons affaire à un mouvement qui, potentiellement, peut se généraliser (...). D’où le slogan "grève générale dans l’Education nationale" dans notre cortège le 8 décembre. Ces convergences ne peuvent qu’être positives puisqu’il s’agit de défendre le droit à l’enseignement de qualité à tous les niveaux de la scolarité et de s’opposer à la précarité qui s’est fortement développée au sein de l’institution.

La problématique Emplois Jeunes de tous secteurs
Les Emplois jeunes sont des CDD de 5 ans (sauf pour une partie des assos) de droit privé (sauf pour les EJ de la police et les agents de justice). Instaurés par la gauche plurielle, il s’agissait de faire baisser les chiffres du chômage en créant des postes précaires avec des missions dites nouvelles et une formation à la clef. 380 000 collègues sont passés par ce dispositif, 216 000 sont en poste actuellement. On retrouve les EJ dans les collectivités territoriales (environ 50 000), les associations (environ 50 000 également), la Fonction publique hospitalière, les Etablissements publics, la Justice, la Police. Leurs missions recouvrent des domaines tels la santé, le sport, la culture, la jeunesse, le péri-scolaire, la vie des quartiers, les nouvelles technologies, l’accès au droit, l’animation ou l’accompagnement auprès des retraités. Pour tous ces secteurs, les collègues sont face à une multitude d’employeurs. Si on regarde les collectivités employeurs, la démarche a été souvent d’attendre les positionnements de la Gauche plurielle, lorsqu’elle était au pouvoir, pour se positionner quant au recrutement final des salariés, car elles attendaient d’avoir des financements de l’Etat pour statuer sur l’avenir des salariés. Cette situation s’est traduite pour les collectifs en lutte (et les syndicats !) par de difficiles négociations avec des employeurs qui rejetaient souvent la responsabilité de l’avenir des postes sur le gouvernement et les crédits qu’il accepterait d’allouer pour "la suite du dispositif". Aujourd’hui, nombre de villes qui ont recruté massivement des salariés sous contrat emploi jeune se retrouvent avec une masse salariale dont elles ne savent que faire. Et le piège des contrats aidés se referme, laissant sur le carreau des dizaines de milliers de collègues et de missions. D’autres villes ont les moyens financiers d’intégrer de manière statutaire les collègues, mais n’ont pas fait de la lutte contre la précarité leur cheval de bataille (sinon pourquoi auraient-elles recruté dans le cadre du dispositif emploi jeune ?).

Par ailleurs, une titularisation sans condition de concours pour les catégories A (niveau licence et plus) et B (niveau bac et plus) n’est possible que si l’Etat légifère dessus (les catégories C étant titularisables directement). Le problème se pose donc au niveau national et pas seulement local. Nombre de nouveaux métiers non répertoriés dans les grilles de la fonction publique ne peuvent être créés que par l’Etat. (...) pour les communes peu riches, le problème du financement de l’Etat se pose également, donc aspect là aussi national.

(...) Pour ce qui est des associations, les salariés sous CEJ et CES sont aussi menacés. C’est pourquoi des collectifs d’associations sont en train de se coordonner pour trouver une solution à cette impasse.(...) Ces associations participent du lien social et mènent des missions, pour beaucoup, qui devraient être menées par l’Etat. Elles exercent elles aussi un service public qui n’a pas son nom. Il existe deux types de profils d’associations employeurs d’EJ. Celles qui (...) tiennent de l’économie solidaire, de la solidarité plus généralement, de l’accès au droit, et celles qui sont en fait des services publics sous-traités qui permettent de recruter des salariés avec des statuts plus souples que ceux de la Fonction publique (comme les agents d’ambiance dans le métro, les collègues dans les offices de tourisme et autres structures municipales, dans les structures diverses en lien avec les transports...). On retrouve encore une fois deux éléments qui traversent toute la problématique Emplois Jeunes : casse du service public et précarité des salariés.(...)

Vers une société de précarité

A l’image de ce qui se passe dans le secteur privé (développement des bo^ites d’intérim, du temps partiel, des petits boulots...) et dans le monde du spectacle, nous allons vers un secteur public, para-public et associatif qui se précarise de plus en plus. Le gouvernement parle de remettre en cause les retraites dans le public parce qu’ "il n’y a plus d’argent dans les caisses". Or, c’est bien le développement de cette précarité qui fait que les salariés précaires cotisent moins et donc que ces fameuses caisses ne font pas le plein. En retour, on demande aux salariés les plus vieux de travailler plus longtemps, et aux plus jeunes de patienter en trouvant des petits boulots et la boucle de la précarité est bouclée. (...) il s’agit d’un VRAI PROJET de société où les plus jeunes et les plus vieux vont être de plus en plus exploités et divisés. Il ne s’agit pas seulement de casser l’Education nationale mais bien l’ensemble des services publics et des cultures alternatives aux institutions.(...)

Face à ces attaques généralisées, les Emplois jeunes sont à la croisée de différents chemins. Précaires, ils peuvent être porteurs contre cette situation sociale qui lamine de plus en plus de gens. (...) ils peuvent être porteurs de lutte interprofessionnelle, déjouant le corporatisme qui musèle beaucoup trop les syndicats quand les attaques fusent dans tous les secteurs. (...) ils peuvent encourager d’autres franges de la jeunesse à revendiquer plus de droits et de reconnaissance. Dans des missions de proximité auprès des publics, ils sont particulièrement porteurs de la défense du service public, car ils sont visibles. De droit privé dans le public, ils sont porteurs d’une unité public-privé. (...) c’est grâce à nos divisions que le gouvernement arrivera à faire passer tous ses projets rétrogrades et sécuritaires. (...) au-delà de nos propres volontés de lutte interpro, d’autres secteurs ou catégories de personnels manifestent leur volonté d’UNITE. (...) Bien que la plupart des syndicats ne souhaitaient pas appeler à la date du 26 novembre, qui était une date cheminote, divers secteurs ont manifesté derrière pour la défense du service public, les retraites et les salaires. La santé, la Poste, les télécommunications, l’Aérien, l’Education nationale, les collectivités territoriales, les Finances... A la base, dans les sections syndicales, les salariés ont fait pression pour aller au 26 et non aux multiples dates syndicales proposées qui divisaient les salariés plus qu’elles ne les mobilisaient. Il y a une volonté à la base de faire converger les luttes... Nous pouvons faire partie de ce courant en nous unissant.(...)

A Paris (mais aussi dans d’autres villes !) depuis deux ans se développent de fortes luttes dans les commerces, la restauration rapide, les Mac Do, l’hôtellerie... Des grèves dures, avec des Comité de grève de personnes solidaires pour les soutenir : 1 mois au Mac Do de St-Germain, 4 mois au Mac Do de Strasbourg St-Denis, 9 mois à Arcade. (...) c’est une nouvelle génération de militants qui a décidé de ne plus se faire marcher sur les pieds (...). Nous avons déjà mené des actions communes, ô combien symboliques, contre la précarité. Nous sommes de la même génération sacrifiée... Ces solidarités sont finalement assez naturelles, puisque nous subissons tous une forme de précarité ou une autre, car cela devient peu à peu une norme dans la société. Si nous arrivons à construire ces solidarités "public - privé", pourquoi nous ne le pourrions pas entre EJ de tous secteurs et surveillants ?

Le but de créer une coordination EJ interpro et Surveillants n’est surtout pas de freiner la construction d’un mouvement plus large dans l’Education nationale, ni de freiner la construction de collectifs Aides Educateurs-Maîtres d’Internat Surveillants d’Externat. Au projet de société que nous impose le gouvernement, il faut construire la lutte partout où elle est possible ! Nous voulons juste proposer un cadre qui permette à tous les collègues emplois jeunes de gagner une fois pour toute leurs postes. Ceci dans une situation de grave urgence, les premiers collègues de notre réseau en Île de France sont à la porte en janvier (100 collègues à Sarcelles).

A moitié entre démoralisation et radicalité, la situation devient amère pour eux et la répression anti-syndicale arrive également sur eux ! (...) une coordination leur redonneraient de l’espoir et de la combativité. (...) Nous ne vous demandons pas de "porter" la lutte de tous les EJ ni de vous disperser dans diverses luttes, mais de construire avec nous un espace où tous les collègues puissent trouver leur place.(...) Nous pouvons entamer notre coordination sur la base de dates d’actions communes et intégrer au fur et à mesure les nouveaux arrivants...La création d’une coordination nationale n’est qu’une solidarité à l’échelle nationale, elle ne peut en rien dicter l’activité des collectifs et ne doit pas toucher aux luttes locales des collègues. Elle doit juste les soutenir, créer du lien entre nous, de la confiance et nous permettre d’êtres visibles à l’échelle nationale.

Propositions des revendications pour la "coordination nationale Emplois Jeunes et Surveillants" du collectif EJ Île de France, du collectif Vie scolaire Île de France et du collectif des Aide Educateurs Corses :

Pour les surveillants :
- Maintien du statut d’étudiant-surveillant,
- Réduction du temps de travail avec maintien des salaires et créations de postes
(1 SE pour 100 élèves et 1 MI pour 25 élèves)

Pour les Conseillers Principaux d’Education :
- Titularisation sans condition des non titulaires
- Application des 35 heures sans annualisation ni flexibilité
- Reconnaissance du statut d’enseignant

Pour les Emplois Jeunes des services publics :
- Titularisation sans condition de concours ni de nationalité
- Validation des acquis professionnels
- Formations qualifiantes et/ou diplômantes sur le poste ou au choix du salarié
- Revalorisation des salaires
- Création de nouveaux métiers

Pour les EJ des associations :
- Validation des acquis professionnels
- Formations qualifiantes et/ou diplômantes sur le poste ou au choix du salarié
- Revalorisation des salaires
- Dotations conséquentes de l’Etat aux associations employeurs

Plus généralement, contre la pérennisation du dispositif
"emploi jeunes - emplois précaires"

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