Pour une augmentation générale des salaires

jeudi 21 janvier 2010

Pour l’ensemble du monde du travail, la crise est bien là, durable avec ses conséquences bien palpables : augmentation importante du chômage, difficultés accrues dans l’accès à un premier emploi, précarisation de l’emploi, pressions accrues sur le lieu de travail, augmentation des prix sur fond de blocage des salaires. Pendant ce temps, ce qui est magnifié c’est l’idée de la fortune. Il suffirait que la roue tourne… Gagner de l’argent, beaucoup d’argent, apparaît indiscutablement comme une qualité. Voir par exemple comment les mercenaires du football européen font l’admiration des foules en gagnant chaque mois ce qu’une caissière de grande surface gagne en 15 ans. Dans ce contexte, il conviendrait peut-être de voir si la crise de la valeur travail souvent évoquée jusqu’au sommet de l’État ne consiste pas en fait en la crise de sa rémunération. Comment comprendre autrement le fait que des milliers de gens soient plongés dans la pauvreté alors même qu’ils occupent un emploi à plein temps ? Ces quelques constats, ajoutés à celui d’un SMIC à moins de 1350 Euros brut, devraient balayer la culpabilité collective en matière de revendications salariales.

Les revendications salariales sont légitimes

Dans cette période où le chômage augmente, le fonctionnaire ne doit pas se plaindre de sa situation. Ce discours qui tend à l’hégémonie arrive même à persuader nombre de cadres A de la fonction publique qui, dans cette culpabilisation accrue oublient que cette même fonction publique ce sont aussi des catégories B et C. Pour ces derniers dans l’Éducation nationale le salaire de fin de carrière s’élève royalement à 1700 Euros brut. C’est le même salaire qu’un professeur après trois mois d’ancienneté, professeur qui lui-même peut également avoir des difficultés à se loger à ce moment de sa carrière. À l’autre bout, les cadeaux fiscaux augmentent et le nombre de riches également. La part de la richesse produite par l’ensemble du monde du travail va de manière croissante au capital au détriment des salaires. Le quasi blocage des salaires dans la Fonction publique sert de modèle à l’austérité salariale dans tous les secteurs. Au moment où le slogan de Sarkozy « travailler plus pour gagner plus » montre son vrai vide, la question salariale peut être l’élément d’une dynamique de mobilisation unitaire pour l’ensemble du monde du travail. Reste à voir comment s’expriment ces revendications légitimes.

Pour des revendications unifiantes

Dans le secteur privé, il n’est pas rare de voir des conflits salariaux exprimer la revendication d’une même augmentation pour tous. Quand elle s’exprime en pourcentage, elle ne signifie pas la même chose pour tous et creuse les écarts salariaux ; et quand elle définit une même somme pour tous, elle réduit un peu ces mêmes écarts.

Dans la Fonction publique, les organisations syndicales majoritaires acceptent, et même défendent, la hiérarchie actuelle des salaires en revendiquant une augmentation du point d’indice. Il est actuellement à 4,6 Euros, donc toute augmentation de ce point creuse un peu plus les écarts en apportant plus à ceux qui ont plus et moins à ceux qui ont moins. Contre cette logique inégalitaire, quelques courants syndicaux revendiquent depuis longtemps des augmentations uniformes c’est-à-dire une même somme pour tous (dans la fonction publique, un même nombre de points d’augmentation pour tous). C’est le cas de Sud éducation qui revendiquait une augmentation uniforme des salaires dès son congrès de fondation en 1998 et le rappelle depuis à chacun de ses congrès et dans les instances de Solidaires.

Contre la revalorisation

Pour ces raisons, Sud éducation est opposé à l’idée de revalorisation. La revalorisation c’est l’idée qu’il y aurait une juste hiérarchie des salaires et qu’il faudrait juste réévaluer les grilles les unes par rapport aux autres. La revalorisation de 1989 (la dernière grande dans l’EN), celle pour laquelle les syndicats de l’Éducation nationale manifestaient en criant « la revalo, il nous la faut », c’est la hors classe pour les uns, l’accélération du début de carrière pour les autres, des indemnités pour d’autres, les concours internes pour devenir cadre A (passage d’instituteur à professeur des écoles), 20 ans pour l’intégration par liste d’aptitude dans le corps des PE, aucune mesure générale et rien pour les TOS. La revalorisation c’est la foire des corporatismes sur laquelle les syndicats catégoriels prétendent faire leurs courses. C’est l’idée qu’un professeur vaut plus qu’un facteur ou une infirmière. La revalorisation c’est une revendication de division du monde du travail à un moment où il faut tous ensemble public et privé construire le rapport de force sur la question salariale, question qui détermine aussi tant de choses pour les retraites et l’ensemble de la couverture sociale.

Face à ce gouvernement et à sa logique de destruction des solidarités, il faut être bien naïf pour songer qu’une augmentation du salaire des enseignants peut résulter mécaniquement de l’acceptation d’une élévation de leur niveau de recrutement et tout cela sans rapport de force construit avec les personnels. Ceux qui comme la direction de la Fsu et du Snes répandent cette équation se trompent et trompent les salles des profs, au bout, il y aura la casse de la formation professionnelle des enseignants et quelques miettes pour l’accélération des débuts de carrière.

Ce gouvernement veut casser la relative unité salariale qui subsiste encore dans le monde enseignant. Pour cela il multiplie les primes et les heures supplémentaires (évaluations, correction d’examens, stages pendant les vacances, etc.), pour mieux nous diviser. Il développe un discours sur le mérite qu’il ne tardera pas à traduire en mode de rémunération toujours plus individualisé. La logique de revalorisation n’est pas la parade adaptée à la situation. Il est indispensable de penser la question salariale au moins à l’échelle de la fonction publique. Là, il n’est pas question de revalorisation mais bien d’augmentation générale des salaires.

C’est en refusant les logiques catégorielles de revalorisation que nous pouvons construire dans la fonction publique un rapport de force qui oblige l’État, notre patron, à payer davantage le travail de tous. C’est certainement aussi par là que nous pouvons le mieux aider à la construction d’un mouvement d’ensemble du public et du privé.

Pour une augmentation générale des salaires !

300 Euros pour tous,
Tous pour 300 Euros !

Sud éducation Puy de Dôme