Portraits de femmes aux journées intersyndicales femmes de 2007

jeudi 3 mai 2007

Les journées intersyndicales des femmes se sont tenues les mardi 20 mars - dans la soirée, nous avons fêté la dixième année de ces rencontres en chantant avec un groupe de chants féministes non-mixte - et mercredi 21 mars, j’ai interviewé quatre femmes venues à ce stage.

Is@ (Sud éduc’ 22) : « Peux-tu te présenter ?
V : - Je m’appelle Virginie. Je vis à Lille depuis huit ans. Je suis originaire de Bretagne et ai été amenée à vivre dans le Nord-Pas-de-Calais parce que je suis enseignante et donc par le biais des mutations, avec vingt et un points, j’ai réussi à avoir mon poste. Maintenant, je n’ai aucune envie de revenir en Bretagne. Je suis très bien là. Si je quittais Lille, ce serait pour aller à l’étranger. J’en ai fait la demande mais n’ai pas encore obtenu la réponse.
F : - Je m’appelle Françoise. Je suis brestoise. Je suis militante au Mouvement Français Pour le Planning Familial (MFPF) et syndiquée à Sud Santé Sociaux.
A : - Je suis sympathisante de Sud Education, féministe radicale autonome, enseignante en région parisienne. Je suis militante féministe depuis plus de vingt ans de manière informelle dans des groupes autonomes non-mixtes.
I : - Je m’appelle Isabelle. Je suis militante à Sud Ėducation et à Ėmancipation tendance intersyndicale. Je milite depuis une vingtaine d’années. J’ai d’abord fait partie d’AC ! (Agir ensemble contre le chômage et l’exclusion) puis de la Fédération Anarchiste (FA), deux organisations que j’ai quittées pour cause de sexisme et de machisme. La question du féminisme est le noyau central de mes luttes.

I : - Comment as-tu été informée de ces journées ?
V : - J’ai eu l’information il y a quelques années par le biais du syndicat (Sud Ėducation). Jusqu’ici, je ne me suis pas intéressée à cette thématique mais aujourd’hui, je me suis décidée. Cette année, deux thèmes ont retenu mon attention : l’orientation sexiste et la prostitution.
F : - J’ai été doublement informée, à la fois par mon syndicat, et parce que je fais partie du Collectif National pour les Droits des Femmes (CNDF). J’ai reçu des infos par mél.
A : - Par toi (Is@).
I : - J’ai été informée de ces journées par mon syndicat et par la commission femmes de Solidaires.

I : - Trouves-tu ces journées intéressantes ?
V : - Oui. Pour moi, c’est une découverte. Je suis assez contente par rapport au nombre de personnes présentes et à la mixité. Les interventions m’ont paru intéressantes ; après, ça a dépendu des intervenant-e-s. J’ai regretté qu’il n’y ait pas d’ateliers. Ça m’a donné envie d’aider à la logistique du stage du Nord-Pas-de-Calais et de revenir à cette intersyndicale. J’aimerais que ce soit plus mixte au niveau des intervenant-e-s et des participant-e-s.
F : - Oui, je trouve ça très intéressant parce que ce sont des journées intersyndicales. C’est une intersyndicale sur la question des droits des femmes et il y a cette volonté de discussion, d’aborder collectivement ce thème. Pourquoi ce sujet fédère-t-il ? Peut-être est-ce parce que cela pose la question des relations hommes/femmes dans les pratiques syndicales, mais aussi dans son propre fonctionnement. C’est important que ça ait lieu dans les syndicats, intersyndicalement et aussi bien publiquement que de façon privée.
A : - C’est l’angle hétérocentré, hétéronormé qui me dérange. Je ne sais pas si il y a une réelle volonté au sein de nos organisations syndicales de déconstruction des rapport sociaux de sexe et je suis frustrée également par le non questionnement de la notion de travail salarié.
I : - Je mettrai un bémol à cette question dans ma réponse. J’ai été déçue de m’apercevoir que les sujets abordés l’ont été par la loupe héréronormative et hétérosexuelle. Je trouve que dans les discours portés actuellement, les remises en question de féministes des années soixante-dix radicales sont ignorées et considérées comme ringardes.

I : - Que penses-tu de la problématique hommes/femmes ?
V : - C’est ce qu’il y a de plus compliqué et aussi de plus excitant. C’est ce qui donne envie de vivre. Il faut revenir à la racine des relations hommes/femmes. Tant qu’on n’aura pas mis les problèmes à plat, on ne changera pas les rapports. Il faut lutter dans la sphère privée et dans la sphère militante. C’est une double démarche en tant que parent-e et en tant que militant-e syndicale. Pendant la période de Noël, il y avait un magasin qui proposait un « relooking » moitié bleu pour les garçons, moitié rose pour les filles. Super, l’innovation !
F : - Moi je suis venue à la politique et donc au syndicalisme par la question nationale (l’Irlande). J’ai milité longtemps dans une organisation politique avec comme objectif un changement radical de la société. Je reste une militante politique et syndicale et mon combat aujourd’hui passe par un questionnement et un travail autour des relations hommes/femmes parce que je pense qu’il est nécessaire de les faire évoluer immédiatement et dans la durée. C’est un thème transversal à la lutte pour l’émancipation radicale.
A : - Je ne parlerai pas de problématique en général, mais plutôt de la domination d’une classe de sexe sur l’autre. J’ai comme l’impression que rien n’est fait pour remettre en question les privilèges des hommes dans notre société. Bien au contraire, cette domination omniprésente (média, publisexisme, etc...) prend différents visages et s’accentue à différents niveaux en prenant des formes plus pernicieuses, au sein de l’Éducation Nationale dans les rapports hommes/femmes où le machisme existe partout et est intégré dans les comportements.
I : - Je pense qu’à défaut de régression, il n’y a pas évolution, encore moins révolution des relations hommes/femmes. On est toujours dans la norme binaire, dans l’exacerbation de la notion de couple, portée aux nues. Le microcosme conjugal et familial a, hélas ! encore de beaux jours devant lui.

I : - Te considères-tu féministe ?
V : - Là non, je n’aime pas ce terme-là. Je n’ai pas envie de m’enfermer sous cette étiquette. Je trouve que les luttes féministes sont importantes mais je pense que le féminisme est trop restrictif.
F : - Si, pour définir brièvement le féminisme, je dis qu’il s’agit d’une lutte pour les droits des femmes, je suis nécessairement féministe. J’insiste sur le « nécessairement » parce que je pense qu’on n’en a pas le choix. Je ne suis pas une féministe essentialiste ni différencialiste ( féminisme lié à une notion de nature sexuée), sûr de sûr !
A : - Plus que jamais : fondamentalement féministe radicale matérialiste.
I : - Oui, oui, oui. Je me considère féministe radicale. Je dirais même plus : féministe politiquement radicale lesbienne.

I : - Si oui, qu’entends-tu par être féministe à l’heure actuelle ?
F : - Être féministe, c’est l’engagement sur le terrain des luttes des droits des femmes. C’est aussi interroger ses pratiques quotidiennement. Il y a l’idée du combat, de se regarder sur ces questions des femmes. Quand on s’interroge sur ces revendications, on s’interroge sur l’ensemble des luttes.
A : - Pour moi, c’est déconstruire à tous les niveaux les rapports sociaux de sexe aussi bien privés que publics, « le privé est politique » donc faire un lien entre la théorie et la pratique.
I : Je pense que c’est une façon de vivre une lutte intégrée aussi bien physiquement qu’intellectuellement et socialement. Cela remet en question et révolutionne un fonctionnement et une identité. D’autre part, ma lutte féministe est liée à une lutte végétarienne et non-violente. Je pense que le combat - c’est drôle d’utiliser ce terme guerrier pour une personne qui se prétend non-violente- féministe s’inscrit dans des revendications non-violentes vis-à-vis de tous les êtres vivants. On ne peut pas refuser des rapports de domination entre humain-e-s et ne pas se poser de questions liées à la violence faite aux animaux pour les manger et à celles faites à autrui dans le cadre des relations sociales y compris militantes.

Je remercie les quatre personnes interrogées d’avoir accepté de participer à ces interviews.

La sensation que j’ai au regard des propos échangés et des échanges dans le cadre de ces journées est quelque peu teintée d’amertume. Amertume due à l’oubli de l’histoire du mouvement des femmes qui me paraît prédominer chez les jeunes filles, due aussi à la négation de ce qui pour moi est une vérité fondamentale, à savoir qu’on n’a jamais vu des oppresseurs prendre fait et cause pour les personnes qu’ils oppriment. Quand les femmes auront compris que c’est avant tout ensemble et solidairement qu’elles arriveront à s’émanciper, elles auront presque gagné leur liberté. Mais il y a un sacré chemin à faire !
Allez, debout les filles, debout ! Et venez de plus en plus nombreuses à ces journées intersyndicales, ne serait-ce que pour entendre et parler de thèmes en tant que sujets et pas en tant qu’objets.

Is@ Sud éduc’ 22.

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