Plus qu’un coup de canif pour l’Éducation nationale... un coup de poignard dans le dos du salariat

lundi 18 octobre 2004
mis à jour vendredi 5 novembre 2004

Exploitation des stagiaires

Par le décret n°2003-813 du 26/08/2003, le gouvernement vient de permettre à des élèves de moins de 16 ans en stage en entreprise d’utiliser des machines, des appareils ou des produits dont l’usage était proscrit aux mineurs par le code du travail. Ils pourront désormais intervenir sur une machine durant son fonctionnement, alimenter en matériaux une scie électrique, un broyeur, un malaxeur... travailler dans des cuves, des puits, des conduites de gaz, des canaux de fumée, accéder à une zone où se trouvent des installations électriques non isolées...

Tout pour l’apprentissage !

Le secrétaire d’Etat aux PME, Renaud Dutreuil, a présenté le 16 octobre 2003 cinquante propositions pour "une relance ambitieuse de l’apprentissage". 22 de ces propositions devraient passer devant le Parlement. L’objectif étant de "faire passer le nombre d’apprentis de 365 000 à 500 000 en 2007".

Parmi les propositions avancées on peut retenir : un "droit à la découverte de l’entreprise" de vingt jours (droit qui pourrait devenir vite une obligation), le développement des "stages-découverte" pendant et hors vacances scolaires, d’encourager le développement des classes en alternance ou encore la généralisation des diplômes par unités capitalisables (adieu formation initiale continue...).

Monsieur Dutreuil propose également de faire passer la part de la taxe d’apprentissage réservée à l’apprentissage de 40 à 50 %, soit 10 points de moins pour les autres formes de formations professionnelles, entre autres les LP...

Pour réflexion, le coût moyen d’un apprenti serait de 7500 Euros contre 9530 pour l’enseignement professionnel. Toutefois, au bout de 4 ans le salaire des apprentis est moindre que celui des jeunes issus de l’enseignement professionnel...

Rétablir la servitude

Le 28 novembre dernier le recteur de l’académie de Poitiers et le président du MEDEF Poitou-Charentes ont signé un contrat de collaboration où le MEDEF s’offre à mettre sérieusement au travail les élèves en assurant la formation et l’insertion professionnelle des jeunes du collège au lycée.

Ce n’est pas seulement l’enseignement professionnel qui est mouliné par la pédagogie des entreprises : le haro est lancé sur les collèges, les lycées technologiques et généraux, car le MEDEF "place les problèmes d’éducation, de formation et d’orientation au centre de ses préoccupations". Pour cela les enseignants et les parents d’élèves sont mis sous la tutelle de l’organisme philanthropique.

Dans sa participation à la destruction de l’école publique, madame le recteur exprime avec simplicité le bien qu’elle pense d’une école passéiste : il faut hacher menu les conceptions de personnels qui fondent leur enseignement sur les savoirs et l’émancipation des élèves.

Elle a signé avec zèle ce contrat car son académie tarde à assujettir l’école : d’autres recteurs savent bien mieux assurer l’idéologie du Travail dans la joie pédagogique, "Bravo les artisans !" clament des collégiens de l’Isère dans une action de la plate-forme échange Ecole-Entreprise. Encore un effort madame le recteur.

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