Plates-formes technologiques

les patronats locaux disent "Merci !" à la région
jeudi 14 octobre 2004
mis à jour vendredi 5 novembre 2004

La mise en place de Plates-Formes Technologiques (PFT) s’accélère dans différentes académies depuis la rentrée scolaire de septembre 2003. Dans le même temps, les Lycées des métiers se multiplient, bien que fermement combattus par les syndicats. Ce sont deux versions d’un même objectif : mettre l’enseignement professionnel et technologique sous la tutelle, et au service exclusif, des bassins industriels locaux.

Chronologiquement, cette généralisation s’explique par l’accélération du processus de décentralisation voulue par le gouvernement Raffarin et du MEDEF. C’est en effet la Région qui finance l’achat des machines utilisées dans le cadre de la PFT.

Celles-ci appartiennent alors aux établissements. Certes, l’installation d’une PFT a le mérite de donner une forme au nécessaire partenariat entre enseignement technologique et entreprises, tout en dotant les établissements de matériels souvent très onéreux. Cependant les dangers sont multiples.

Vers des diplômes à valeur locale

Ainsi le Recteur de Montpellier a lui-même évoqué, dans son discours du 24 avril 2001 inaugurant la PFT du lycée Dhuoda, la possibilité de revoir, avec une périodicité de 5 ans, les contenus des programmes d’enseignement en partenariat avec les industriels locaux. C’est cette localisation des diplômes que nous refusons, ainsi que la subordination de leurs contenus aux besoins momentanés du patronat local. Cela va à l’encontre des missions de l’Education nationale, qui doit assurer l’égalité de traitement des enfants et des adolescents à travers l’ensemble du territoire national, et non les formater aux desiderata de l’entreprise voisine. Cette spécialisation géographique va accroître les difficultés des jeunes socialement défavorisés pour se former dans le secteur de leur choix. Pour trouver un lycée à l’enseignement correspondant, il leur faudra se déplacer et se loger puisque les internats ne sont pas gratuits. Enfin, comment les régions économiquement pauvres, ou peu industrialisées, pourront-elles assurer une formation technique aux élèves ?

Un risque de dérive commerciale

Les entreprises commanditent des travaux spécifiques effectués grâce au matériel financé par la Région. Mais, officiellement, les lycées ne doivent pas entrer en concurrence avec le secteur privé. Ce point est pourtant délicat. À Dhuoda par exemple, les services ont été facturés aux entreprises. Les tarifs sont bien évidemment très concurrentiels : main d’œuvre gratuite et machines procurées par la Région... qui finance ainsi des services aux entreprises.

De plus, la convention-type entre une entreprise et l’établissement prévoit de substantiels avantages financiers aux enseignants, intéressés de fait au profit que l’entreprise maître-d’œuvre retire de cette coopération. Les dérives possibles sont évidentes : il est tentant de faire dès lors passer l’intérêt de l’entreprise avant l’intérêt pédagogique de telle ou telle réalisation. On peut espérer que peu de collègues enseignants tomberont dans ce travers, et que nombre d’entre eux s’opposeront au contraire à cette dénaturation de l’enseignement technologique.

Une gestion opaque

L’absence de définition juridique de la PFT conduit à la rédaction de « conventions constitutives » adoptées par les CA des établissements concernés. Ainsi dans celle dont le lycée Dhuoda est le support, le Comité de pilotage de la PFT a pour président un chef d’entreprise, et comprend les chefs des établissements adhérents, les partenaires sociaux, les représentants des entreprises... et AUCUN représentant élu des personnels ! Cela soumet l’EPLE, et ses personnels, à des décisions qui seront prises par des personnes extérieures aux organes délibérants du lycée ou à ses organes exécutifs.

Ceci explique pourquoi les chefs d’établissement emploient souvent des méthodes peu démocratiques pour faire voter en CA l’adhésion de l’établissement à une PFT. Au lycée Dhuoda, par exemple, ce vote a été introduit au CA du 8 novembre 2001 de manière aussi « discrète » qu’anodine :

- la question n’était même pas prévue à l’avance dans l’ordre du jour.
- aucune commission permanente n’a pu étudier ce dossier pour ce jour-là, ce qui est contraire à la loi.
- Une présentation rapide par le chef des travaux, indiquant qu’il s’agissait d’une simple formalité permettant de décrocher plus facilement des stages pour les étudiants de BTS, a précédé le vote.
- Les membres du CA n’ont pas eu connaissance, ce jour-là, de la convention constitutive... pourtant mentionnée dans le PV de cette séance.

De tels procédés sont malhonnêtes, trahissent la confiance des élus, et constituent des exemples peu éducatifs pour les élèves élus au CA. La nécessité d’y recourir prouve bien la dangerosité de ces projets « innovants » qui marquent un pas de plus vers la dérèglementation du service public d’éducation, et l’introduction du profit de l’entreprise dans ce qui doit rester un service fondamental dû à tous les jeunes.

Sud éducation Gard

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