Personnels TOS et décentralisation : où en est-on ?

vendredi 4 juin 2010

Depuis le 1er janvier 2009, qu’ils aient ou non opté pour l’intégration à leur collectivité de rattachement, tous les personnels TOS sont de fait gérés par cette collectivité. Sud éducation reste le seul syndicat à s’opposer à la décentralisation, première étape vers la privatisation, et à demander le retour des personnels à l’Éducation nationale, dans un même cadre pour tous.

Là où l’Éducation nationale se plaît à entretenir une division des personnels par catégories, la décentralisation a rajouté une division par employeurs avec l’arrivée des collectivités territoriales mais aussi l’accélération de la privatisation des services, restauration surtout pour l’instant, le nettoyage commençant à faire son apparition. Pour mémoire, c’est l’externalisation des services qui dans le rail a permis d’arriver à des situations où des maîtres-chiens sans papiers furent embauchés sans même avoir de contrat de travail. Et c’est la lutte qui a permis à Sud Rail d’obtenir leur régularisation !

Moins de postes...

À l’heure des suppressions de postes d’enseignants, l’un des principaux problèmes soulevés par les agents est aussi celui du manque de personnels, et, comme chez les enseignants, de l’absence de remplaçants. En Île-de-France, on a pu voir les élus en charge des lycées venir constater par un audit le manque de personnel, et décider... de la suppression d’un poste ! Et ce n’est certainement pas l’arrivée des cantines privées qui va enrayer le phénomène.

Certains lycées voient ainsi cohabiter des anciens TOS, gérés par la région, et les employés d’entreprises privées de restauration. S’instaure alors un système pervers où (pour l’instant !) les premiers bénéficient d’avantages certains vu qu’ils n’ont plus à assurer le service de restauration. Les seconds, qui vont s’occuper de la cantine, le plus souvent de faire réchauffer les plats, n’ont alors aucun contact avec les premiers. Difficile dans ces conditions de se battre aux côtés de ces nouveaux collègues et de créer de nouvelles solidarités ! Reste à espérer que les entreprises privées de nettoyage mettront suffisamment de temps à arriver...

Les collèges nouvellement construits dans les Hauts-de-Seine compteront deux à trois agents, le reste des missions étant assurées par des sociétés privées de nettoyage et de restauration. Les établissements scolaires signent par ailleurs de plus en plus de conventions avec des entreprises extérieures pour assurer les petits travaux d’entretien et de maintenance.

... plus de précarité...

La Région Île-de-France s’était engagée à résorber la précarité : on voit aujourd’hui que les contrats de 6 mois (voire de 10 jours pour les agents les plus méritants qui gagnent le droit d’être prolongés les premiers jours de juillet où les lycées sont encore ouverts, période pendant laquelle ils n’auront pas besoin de s’inscrire aux ASSEDIC !), les CAE, les futurs CUI, ont encore de beaux jours devant eux. Un agent à la région peut actuellement espérer être titularisé au bout de deux ans, mais à condition d’être sur un poste vacant et pas sur une suppléance, et comme il n’existe pas d’équipe de remplaçants on imagine que cela ne doit pas concerner grand monde au final. D’autant plus que de nombreux contractuels ne bénéficient pas de la nationalité française, ce qui est encore un frein supplémentaire à la titularisation.

... et plus de petits chefs !

Suppressions de postes, précarité, multiplication des statuts : les conditions idéales sont réunies pour permettre à la hiérarchie de donner sa pleine valeur. Quoi de mieux que la menace de voir sa situation se dégrader encore plus pour se tenir tranquille ? Sauf qu’à force de se tenir tranquille la situation de tous va forcément se dégrader... Dans les collèges et lycées, la capacité de nuisance des chefs et petits chefs s’est accrue et continuera de s’accroître si nous ne sommes pas capables de construire un vrai rapport de force intercatégoriel sur notre lieu de travail.

Quand un gestionnaire se permet d’afficher une pancarte stipulant « Il est interdit de stationner à la loge », c’est l’ensemble des personnels qui doit monter au créneau.

Quand un chef d’établissement, grâce aux statuts de la Fonction publique territoriale, fait voter en conseil d’administration le passage du poste d’agent d’accueil de nécessité absolue à nécessité de service afin de pouvoir faire payer un loyer (supérieur à son traitement !) à un agent bénéficiant par ailleurs de la Reconnaissance de la Qualité de Travailleur Handicapé après un congé longue maladie (et donc un passage à demi-traitement), c’est là aussi tous les personnels qui doivent lutter.

Quand des gestionnaires ou des petits chefs répartissent le service en favorisant un tel plutôt qu’un autre, c’est seulement la solidarité des agents entre eux qui permettra de gagner.

Quand on demande à un agent aux problèmes de santé reconnus d’exécuter des tâches incompatibles avec ces problèmes, ce n’est pas en étant isolée que cette personne pourra obtenir satisfaction.

Quand des cantines privées interviennent à l’intérieur d’un établissement, c’est à tous de s’interroger sur les conditions de travail de ces personnels, et d’essayer de tirer tout le monde vers le haut. Si l’on ne fait rien, il est facile de deviner que c’est pour les patrons de ces boîtes privées que la situation va s’améliorer !

C’est dans ce contexte que Sud éducation doit continuer à affirmer son caractère intercatégoriel. C’est sur notre lieu de travail que nous pourrons le mieux lutter face à la multiplication des employeurs et contre la division entre les personnels qu’elle génère.

Sud éducation Hauts-de-Seine

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