Personnels TOS : La privatisation a déjà commencé

mercredi 1er novembre 2006
mis à jour vendredi 5 janvier 2007

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Nous combattons depuis 2003 la décentralisation des TOS qui prépare la privatisation de secteurs de l’Éducation nationale, à commencer par la restauration et l’entretien. Nous venons de découvrir un exemple édifiant. Le Conseil général du Loiret a décidé de cons-truire un collège à Villemandeur avec la participation financière d’entreprises privées (dont le groupe de BTP Vinci). La contrepartie est de leur confier, pour au moins 10 ans, la charge de « l’exploitation », donc de la maintenance et de l’entretien de l’établissement. La conséquence de ce choix est de ne pas affecter dans cet établissement les personnels TOS pour assurer ces missions qui sont pourtant les leurs. Cette privatisation en dit long sur la duplicité de ceux qui affirment l’appartenance des TOS à la communauté éducative.
Le groupe Vinci peut ainsi se féliciter dans un communiqué de presse : “Le Conseil général du Loiret vient de confier à Sogea Nord-Ouest, filiale de Vinci Construction, associée à Auxifip (groupe Crédit Agricole), le financement, la construction et la maintenance d’un nouveau collège situé à Villemandeur (Loiret), qui accueillera 550 élèves, dont 40 internes.

Sogea Nord-Ouest assurera les prestations d’entretien, de maintenance et d’exploitation de l’établissement, ainsi que diverses prestations de services, dont le gardiennage, le nettoyage des locaux, la gestion des déchets, l’entretien des espaces verts et la gestion des fluides, pendant une durée de 10 ans.

Dans le cadre de ce contrat de partenariat public-privé d’un montant de 13 millions d’euros, le nouveau collège sera livré pour la rentrée 2007-2008, puis mis à la disposition du Conseil général pendant la durée du contrat, à l’issue de laquelle il réintégrera le patrimoine de celui-ci. C’est la première fois en France qu’un établissement public local d’enseignement est financé, construit et exploité dans le cadre de l’ordonnance du 17 juin 2004, relative au contrat de Partenariat Public-Privé.”

Commission fédérale Iatoss


Les TOS refusent massivement la décentralisation

Les personnels TOS sont contraints soit d’intégrer la fonction publique territoriale, soit de demander un détachement sans limitation de durée, soit de rester mis à disposition jusqu’au 31 décembre 2008. Mais, malgré les pressions de leur hiérarchie, 82% des ouvriers ont choisi de rester dans la fonction publique d’État !

Ils ont raison et nous les soutenons. Sud éducation a toujours dit non à la décentralisation et continue à la combattre, car elle a pour finalités le désenga-gement de l’État, la casse du service public comme du statut des personnels et à terme la privatisation des missions ouvrières de l’Éducation nationale, première étape avant celle de l’administration et de l’enseignement.

Sud se bat pour faire annuler cette loi, exiger sa réversibilité, continuer à montrer qu’elle ne présente d’intérêt ni pour la collectivité territoriale, ni pour le salarié, ni pour le contribuable.

Commission fédérale Iatoss

Grève enseignante à Oaxaca (Mexique)
La Commune est en marche
Le 22 mai dernier les enseignants de l’Etat d’Oaxaca entrent en grève pour les salaires, puis reconduisent le mouvement.
Le 14 juin, le gouverneur de l’Etat, Ulises Ruiz (PRI), déclenche une brutale répression pour en finir avec la mobilisation.

Cela radicalise le mouvement, dont le principal mot d’ordre devient dès lors la destitution du gouverneur. Cette revendication trouve rapidement un écho favorable dans la population : la brutalité envers les enseignants a choqué, et elle venait après bien d’autres perpétrées dans l’Etat contre le mouvement social, c’est-à-dire surtout des organisations indiennes. Cet Etat du sud du Mexique est avec le Chiapas voisin un des plus indiens du pays. La répression contre les enseignants a fait déborder le vase. De plus, tout le monde sait qu’Ulises Ruiz est devenu gouverneur grâce à la fraude électorale de son parti, le Parti Révolutionnaire Institutionnel (!).
Des centaines de milliers d’Oaxaquègnes ont alors occupé la rue
et pris plus de 30 mairies. Près de
350 organisations, communautés indiennes, syndicats et associations civiles ont formé l’Assemblée Populaire du Peuple d’Oaxaca (APPO), qui se proclame représentation légitime du peuple souverain face au pouvoir illégitime d’Ulises Ruiz. Cela a coïncidé avec les élections fédérales du 2 juillet, qui ont donné aux Oaxaquègnes l’occasion d’infliger une sévère raclée au PRI, ainsi qu’au PAN (droite, au pouvoir à Mexico).
Depuis lors, une très large part de
la société ne reconnaît plus Ulises Ruiz comme gouverneur. L’APPO a entamé avec succès une campagne de désobéissance civile pacifique et assume de fait le contrôle politique de la ville et d’une partie au moins de l’Etat, formant un embryon de « gouvernement » alternatif.
En juillet et août, malgré les soutiens reçus de tout le pays à la « Commune d’Oaxaca », la tension montait. On ne compte plus les attentats commis contre des personnalités de l’APPO ou contre les plantones (piquets ou barricades).

Marche pour la Dignité
En septembre, non seulement les enseignants n’ont pas repris le travail, mais les travailleurs de la santé les ont rejoints dans la grève. Plus que jamais, l’APPO maintient son exigence de destitution d’Ulises Ruiz. Mais le PAN au pouvoir à Mexico a besoin de l’alliance avec le PRI, qui réclame à cor et à cri le « rétablissement de l’ordre ». Et la direction nationale du Syndicat National des Travailleurs de l’Education (SNTE),dont la 22ème section a été l’aile marchante du mouvement oaxaquègne, fait pression pour la reprise des cours.
Pour déjouer ces manœuvres l’APPO a organisé la Marche pour la dignité des peuples d’Oaxaca, partie le 21 septembre de la capitale de l’Etat pour Mexico. La colonne reçoit un accueil extrêmement chaleureux là où elle passe et le renfort de délégations d’enseignants des Etats voisins.
Depuis, certaines choses commencent à bouger. On assiste d’une part à un raidissement du futur ex-gouverneur Ulises Ruiz et du PRI local. Le 24 septembre, par exemple, après sa réapparition publique, le rassemblement de protestation de l’APPO a subi une attaque armée (7 blessés dont un par balle). Après une retraite précipitée, Ruiz a sommé les enseignants de reprendre le travail le lendemain, sous peine de radiation et de poursuites pénales. Les cours n’ont pas repris. Mais le PRI utilise ses propres provocations pour « démontrer » que la situation dégénère.

Risque de contagion
Ailleurs dans le pays c’est l’inquiétude de la contagion qui domine chez ceux d’en haut. Le président de la Confédération des Chambres de Commerce s’inquiète « d’une affaire qui pourrait s’étendre à d’autres régions aussi pauvres qu’Oaxaca et ayant des revendications si anciennes qu’elles représentent un risque pour la stabilité sociale ». Le gouvernement central est pris entre la peur du « mauvais exemple » que donne Oaxaca au reste du Mexique, ce qui pousserait à la répression, et la peur d’un mouvement général de solidarité s’il réprime. Il envoie donc d’importants effectifs militaires, tout en jurant qu’il ne s’en servira pas. Au moment où on écrit ces lignes, il ne fait même plus un préalable de la reprise des cours : il se contenterait d’un abandon des barricades et occupations pour retirer les troupes, jure-t-il. Il va sans dire que cette situation est explosive et que tout peut basculer- dans un sens ou l’autre - à tout moment.
Dans les grandes manœuvres imaginées par le gouvernement central pour désamorcer la bombe oaxaquègne, il y a par exemple... la satisfaction des revendications des enseignants ! Le gouvernement propose également quelques mesures pour calmer l’APPO : « citoyennisation » des organes électoraux, plus de transparence et d’accès à l’information, intégration des organismes de défense des Droits de l’Homme...
Pendant ce temps, la Marche pour la Dignité des Peuples d’Oaxaca avance d’un bon pas, malgré les tentatives sporadiques d’intimidation. Elle devrait arriver à Mexico lundi
9 octobre. Elle reçoit toujours le même accueil à son passage. Les femmes qui intègrent la Marche arborent une banderole qui dit : « Les femmes d’Oaxaca ont laissé tomber le tablier, s’il le faut elles prendront le fusil ».

7 octobre 2006
Sud éducation Haute-Normandie

Chronologie d’une insurrection

22 mai : 70 000 instituteurs d’Oaxaca se mettent en grève et campent sur la place principale de la capitale.
14 juin : À l’aube, 2 000 policiers attaquent le campement. Trois heures plus tard, les instituteurs soutenus par la population reprennent le contrôle de la ville.
2, 7, 16 juin : Les manifestations mobilisent jusqu’à 800 000 participants.
17 juin : Création de l’APPO.
Fin juin : Occupations de mairies suivies de l’expulsion de maires et d’élections de conseils. Les administrations sont fermées et les véhicules officiels réquisitionnés.
23 juillet : Manifestation contre le mi-traillage de Radio Universidad. Six paysans sont placés en garde à vue puis libérés par la population.
1er août : Une manifestation de femmes armées de casseroles occupe la radio-télévision officielle.
3 août : Des hommes masqués tirent sur les locaux de la télévision occupée.
9 août : Assassinat de trois Indiens de l’APPO et arrestation de deux leaders de l’APPO. Trois instituteurs sont enlevés par des inconnus et torturés dans un commissariat.
10 août : Des hommes ouvrent le feu sur une manifestation pour la libération des trois instituteurs : un mort.
16 août : Les organisations patronales parlent de « dégâts économiques à effet domino ». Les pertes pour l’économie régionale sont aujourd’hui estimées à 300 millions de dollars.
17 août : Début des grèves des syndicats de la santé, des télécommunications, de l’université et des services municipaux.
21 août : Des paramilitaires expulsent les occupants de la télé officielle. Dans les heures qui suivent, l’APPO investit 12 radios commerciales.
22 août : Un groupe armé parcourt les rues et tire sur les radios occupées : deux morts. Des dizaines de barricades sont dressées pour empêcher les tueurs de circuler.
30 août : Le quotidien La Jornada révèle que 1 200 hommes s’entraînent dans 2 casernes du centre du pays en vue d’intervenir contre les mouvements d’insurrection civile.
4 octobre : Le ministre de l’Intérieur, Carlos Abascal, jure que l’armée n’interviendra pas... tout en affirmant que « la situation a atteint des limites ».
9 octobre : Arrivée prévue à Mexico de la Marche pour la dignité des peuples d’Oaxaca.
(Source CQFD)

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