POURQUOI SE TAIRE ?

 septembre 2000
mis à jour lundi 4 avril 2005

Dans le genre " rentrée-tout va bien ", les déclarations se multiplient, relayées par les médias, affirmant que les conflits de l’année dernière dans l’Education nationale sont bel et bien à ranger au placard des vieux souvenirs.

Rentrée anesthésiée en fait par des négociations préalables entre partis politiques au pouvoir et organisations syndicales " amies ", ou entre patronat et organisations non moins amies, dans le seul but d’assurer la paix sociale, que ce soit pour des raisons électoralistes ou pour garantir toujours plus de profit au capital.

La remise en cause par le MEDEF de l’assurance chômage avec le PARE (Plan d’Aide au Retour à l’Emploi) et la suppression de la notion de Contrat à Durée Indéterminée montrent avec quel mépris et quelle arrogance le patronat cherche à engranger toujours plus de profits, ce qui va de pair avec toujours plus de précarité et toujours plus de misère. Le projet de " refondation sociale " du MEDEF a reçu le soutien inconditionnel de la CFDT et de la CFTC.

Le projet d’épargne salariale du gouvernement, qui met en péril le système des retraites par répartition, et qui révèle de plus en plus clairement la soumission du pouvoir aux intérêts de la Finance, n’a soulevé aucune levée de bouclier des syndicats traditionnels(page 8).

Le protocole d’accord dit de " résorption de la précarité dans la Fonction publique " (qui exclut en nombre la majorité des précaires et ne concerne pas les emplois-jeunes) a reçu l’aval de toutes les organisations " représentatives ", à l’exception de la CGT, alors que ce protocole se contente de reprendre l’essentiel de l’accord Perben de 1996. Le " jeu de massacre " programmé du service public, avec l’explosion de la précarité (2OO OOO emplois-jeunes, CES, CEC, MA, contractuels et autres vacataires) et la remise en cause des statuts des personnels (annualisation, flexibilité), ne suscite guère que des déclarations d’intention sur la nécessité de... résorber la précarité(page 7).

Et il suffit de voir avec quel empressement Seillière, patron des patrons, réclame l’extension au privé des contrats emplois-jeunes d’Aubry pour comprendre le danger que représentent pareils contrats de précarité institutionnalisée...

Tout cela, direz-vous, c’est la faute à la mondialisation du capital et des échanges, qui, dans son développement, passe par la toute-puissance de l’OMC et de l’Union Européenne. Celle-ci s’affirme à coups de restructurations, de libéralisation économique, de destruction des services publics et sociaux et de précarisation de l’emploi. Plan cohérent mis en place par les gouvernements et les grands décideurs économiques...(page 4/5)

Le constat serait plutôt catastrophique si les mouvements de lutte contre la mondialisation libérale et dans les différents secteurs professionnels ne montraient pas qu’il est encore possible de résister et de s’organiser. Dans notre secteur, chasser le ministre a pu être perçu comme une première victoire. Pour autant, peut-on dire que le changement d’orientation politique revendiqué a eu lieu ? A l’évidence, non, et la stratégie du gouvernement a bien été de faire semblant de croire qu’il n’y avait qu’un problème de forme et de communication avec Allègre. Vieille stratégie bien connue destinée à désamorcer toute contestation et à prendre manifestants et grévistes pour des imbéciles !

Il nous faut donc tirer un bilan réaliste des luttes menées au printemps dernier : un formidable mouvement de grève a eu lieu, marqué par la volonté d’organiser ces luttes dans l’unité et de les contrôler démocratiquement. Mais nous continuons de penser que pour contrer la politique libérale menée dans l’Education nationale comme ailleurs, il faut construire des mouvements durs de grève reconductible et inter catégorielle. C’est ce qui a fait la force des mouvements du Gard et de l’Hérault ainsi que de bon nombre de lycées professionnels, là où les collectifs ont réussi à sortir du corporatisme trop répandu dans le syndicalisme et particulièrement dans notre secteur professionnel.

Malgré cela, rien n’a été changé fondamentalement au contenu des réformes. Non seulement l’essentiel des chartes inspirées par Allègre et ses " clones " est maintenu, mais les moyens supplémentaires alloués à l’Education sont insignifiants, les lycées professionnels voient la flexibilité s’installer via les Projets Pluridisciplinaires et l’entreprise prendre de plus en plus de place dans les contenus d’enseignement (page 2/3). Dans les lycées généraux, les TPE (Travaux Personnels Encadrés) ne représentent-ils pas, en définitive, une amorce d’annualisation (page 2/3) ?

Nous considérons que l’aspect soi-disant pédagogique des réformes Allègre poursuivi par le duo Lang-Mélenchon constitue un véritable trompe-l’œil pour éviter d’investir des moyens bénéficiant réellement à tous les élèves. De même, nous pensons que cet alibi pédagogique est un subterfuge pour masquer les attaques contre les statuts des fonctionnaires et éluder les problèmes sociaux créés ou aggravés par l’offensive libérale.

C’est pourquoi la Fédération SUD éducation appelle à la tenue d’assemblées générales souveraines dans chaque établissement afin de poursuivre la lutte pour que des moyens à la hauteur des besoins d’une réelle démocratisation soient alloués à l’ensemble du service public d’Education, et que le dogme du gel de l’emploi public soit abandonné par le gouvernement.

Enfin, nous pensons que, pour rompre avec le fatalisme ambiant, il faut redonner force à un syndicalisme de transformation sociale, indépendant de l’Etat, du patronat et des partis politiques. Le rassemblement unitaire de Millau a prouvé que le refus de la marchandisation de tous les domaines de la vie trouve un écho de plus en plus large au sein de la population. SUD éducation a d’ailleurs pris, au même titre que l’Union syndicale " Solidaires " Groupe des Dix dont il est membre, une part importante dans l’organisation et la réussite de ce rassemblement (page 12). Nous sommes en effet convaincus qu’il faut œuvrer à la construction d’un grand mouvement pluraliste résolument opposé au libéralisme et à toutes les menaces qu’il fait peser sur la société et la planète.

POUR UNE AUTRE SOCIETE, POUR UNE AUTRE ECOLE
OUVREZ-LA, REJOIGNEZ SUD EDUCATION !