"On vous gâte. Dormez, personnels de la Recherche !" : manoeuvres gouvernementales et miroirs aux alouettes

Communiqué sur la L.O.P.R.I.
vendredi 29 avril 2005
mis à jour mardi 28 février 2006

Le gouvernement annonce la création de 3000 postes statutaires pour 2006 : 1500 chercheurs et
enseignants-chercheurs et 1500 IATOSS
 [1] et ITA [2].

Mais le gouvernement n’annonce aucun plan d’intégration des précaires sur des postes statutaires de la Fonction Publique d’Etat alors que dans les établissements, le taux de précaires atteint des sommets (28% des personnels IATOSS à l’Université de Poitiers par exemple).

Notons que pour 2005, seuls cent cinquante emplois d’enseignants-chercheurs sont créés alors que les heures supplémentaires dans les établissements d’enseignement supérieur correspondent à plus de 17 000 postes d’enseignants-chercheurs, alors que le nombre de jeunes docteurs bac+8 sans emplois galope !

Ayons en tête les chiffres suivants : 17 000 postes de fonctionnaires seront supprimés en 2004 -2005 dont 6 000 dans l’Education nationale.

Face à cette situation dramatique dénoncée par la communauté de la Recherche au sens large, le gouvernement se garde bien de programmer sur plusieurs années la créations des postes nécessaires. Il ne s’engage pas sur le long terme par l’adoption d’un plan pluriannuel car son champ de vision est le 29 mai, jour du Référendum ! Et dans l’attente d’un NON franc et massif - nous l’espérons -, il ne faut pas de vagues.

Le gouvernement annonce un budget d’1 milliard pendant trois ans (2005-2007).

Mais il flèche plus de 65% de ces crédits aux structures pilotées par le gouvernement et les grandes entreprises. Ainsi, un tiers ira à l’ANR (Agence Nationale de la Recherche), organisme aux mains de la politique gouvernementale. Les objectifs de rentabilité à court terme sont clairement affichés (contractualisation), illustrant leur conception de la recherche publique au service des intérêts privés et non pour l’intérêt général. L’ANR fonctionne d’ailleurs dès janvier 2005 sans réel cadrage. Un autre tiers ira pour les industries privées via des exonérations de charge sous forme de crédits d’impôts alors que de nombreux centres de recherche privés licencient, voire ferment.

Par cette volonté de reprise des commandes, l’orientation et le financement de la recherche sont aux mains du Medef et de ce gouvernement !

Cette tactique sournoise consistant à multiplier les instances décisionnelles à la botte du Medef est choisie pour appauvrir et asservir la recherche publique : plutôt que de démembrer directement les établissements publics (EPST [3] et Universités) pourquoi ne pas “inciter” les personnels à faire eux-mêmes le travail ?

- Le gouvernement n’annonce aucune mesure en faveur des étudiants qui effectuent une thèse au niveau bac+5-8 (salaires, protections sociales pour tous). Les études post-bac et, en particulier celles du 3eme cycle universitaire, deviennent inaccessibles aux classes sociales les plus défavorisées.

- Le gouvernement n’annonce aucune revalorisation des salaires mais il met en place par l’application du décret d’Evaluation-Notation voté par Jospin en 2002, le revenu différencié par catégorie de personnels dont le montant dépendra de primes et promotions attribuées au « mérite »,
« à la gueule ».

- Le gouvernement n’annonce aucune amélioration des conditions de travail du Personnel donc du Service Public de Recherche et d’Enseignement Supérieur : application réelle des 35h pour tous les personnels sans annualisation, réduction du volume d’enseignement pour les enseignantschercheurs, intégration des PRAG / PRCE docteurs en activité de recherche dans le corps des enseignants-chercheurs, embauche massive de personnels d’encadrement de la recherche, fin de l’externalisation des tâches (ménages, espaces verts, reprographie, etc.), etc. ?

Leur conception de la recherche publique est aux antipodes de la nôtre :

- à l’indépendance de la recherche ils opposent l’asservissement à des intérêts privés (la recherche publique est vue comme prestataire de service !) ;
- à la recherche au service de la collectivité et à l’écoute de ses besoins ils opposent une recherche au service des pouvoirs financiers ;
- à l’enseignement universel et universaliste, gratuit et laïc, ils opposent les formations restreintes et professionnalisantes, accessibles par une sélection déguisée, voire réclamée (passage Licence bac+1-3 -Master bac+4-5) et payantes ;
- au travail collectif et à la coopération ils opposent l’individualisation et la compétition ;
- à la liberté et à l’autonomie ils opposent le renforcement de la hiérarchie et la précarité, toujours plus développés ces dernières années.

Aussi, qu’attendons-nous de ce gouvernement et d’une éventuelle réforme ?

Passé le Référendum du 29 mai, ce gouvernement de destruction pourra composer avec les "partenaires responsables", laisser se décomposer les conditions de travail des plus précaires et continuer de détruire le Service Public d’Education et de Recherche par les Lois Fillon et al.

Basta, cela suffit.

P/La Fédération des syndicats SUD Education
La commission fédérale Enseignement Supérieur et Recherche


[1IATOSS : Personnels ingénieurs, administratifs, techniciens, ouvriers, de service et santé (Universités)

[2ITA : Personnels ingénieurs, techniciens et administratifs (EPST)

[3Etablissement Public à caractère scientifique et technologique

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