« Occupons-nous du sens, les sons s’occuperont d’eux-mêmes »

vendredi 10 novembre 2017

La maîtrise du Socle commun de connaissances et de compétences, comme le recentrage sur les fondamentaux, sont sur les lèvres de nos gouvernant-es depuis longtemps déjà. Sud éducation a maintes fois dénoncé cette vision de l’école : utilitariste et au rabais pour certain-es, élitiste pour les autres qui sont socialement programmé-es pour « aller loin » (et haut !). Même hypocrisie concernant le terme de « compétences » issu des pédagogies constructivistes et aujourd’hui totalement dévoyé par des politiques qui l’instrumentalisent et l’utilisent à « contre-emploi ». C’est en s’inscrivant dans cette logique que Macron et Blanquer ont choisi de mettre l’accent sur l’apprentissage de la lecture avec leur mesure phare, les « CP de la réussite » (12 élèves en REP +.)

Après une « réforme » de l’éducation prioritaire sous Hollande consistant à réduire le nombre d’établissements - et d’élèves - concernés et l’annonce de baisses d’effectifs ciblés « à moyens constants » (donc au détriment d’autres priorités), se posent surtout des questions d’ordre pédagogique. L’apprentissage de la lecture n’est-il l’affaire que d’une seule année ? La réduction des effectifs suffit-elle à assurer 100 % de réussite (de réussite à quoi ?) ? Quels lecteurs-lectrices voulons-nous que nos enfants deviennent ?
Les réponses du gouvernement sont claires : oui, l’on apprend à lire au CP, tout au mieux les enseignant-es peuvent préparer cette échéance en Grande section, puis colmater les brèches en CE1, puisque ce niveau est supposé connaître prochainement des effectifs allégés, ici ou là. Comment la maternelle doit-elle préparer les élèves ? En se cantonnant à enseigner l’alphabet, à travailler la correspondance entre graphèmes et phonèmes, lettres et sons, pour l’acquisition de l’encodage ?
On voit que réapparaît le serpent de mer de l’opposition entre méthodes syllabique et globale, que les politiques et les médias tentent une énième fois de nous « vendre » comme un débat « technique », sans enjeu pour la population.

Deux visions éducatives et sociales s’affrontent

En réalité, ce sont bien deux visions éducatives et sociales antagonistes qui s’affrontent.
D’un côté, une conception ambitieuse de la lecture, pour toutes et tous, se pratiquant à l’école, à la maison, à chaque instant. Cette lecture, c’est celle de l’implicite, de l’interprétation, de la culture et aussi du plaisir. Sa compréhension est complexe pour les enfants, c’est pourquoi elle est intéressante et motivante. Elle favorise la critique et la réflexion. Elle ne se mesure pas avec des QCM... d’ailleurs se mesure-t-elle ? Son but n’est pas de façonner des travailleurs et travailleuses aliéné-es, mais des êtres émancipés. La lecture ne se limite pas à l’encodage. Les sons sont accessoires. L’apprentissage débute bien avant le CP, dès la naissance, en baignant l’enfant dans un monde de livres, de lectures offertes (on comprend, ici, le rôle déterminant des inégalités sociales) et, surtout, cet apprentissage ne s’achève jamais...
Et puis il y a la vision étriquée du B.A. BA qui se limite à déchiffrer, à l’explicite d’un texte simpliste et sans saveur (une consigne, une notice, etc.). Déjà, Adolphe Thiers s’en réclamait : « Lire, écrire, compter, voilà ce qu’il faut apprendre, quant au reste, cela est superflu. Il faut bien se garder surtout d’aborder à l’école les doctrines sociales, qui doivent être imposées aux masses. » Les Macron, Blanquer et leur caste nous disent cyniquement que c’est « mieux que rien », mais ces élites sociales et amorales ont d’autres ambitions pour leurs propres enfants. L’école publique peut bien délivrer un enseignement low cost, puisque leurs enfants ne la fréquenteront pas... Cette vision sert avant tout leurs privilèges et fabrique de futur-es travailleur-ses sachant lire et réfléchir a minima.
Alors bien sûr, ils continueront à fustiger la fantasmée méthode globale comme responsable de tous les maux de l’école. Sauf que quiconque a pris la peine d’observer les manuels de CP sait que la méthode syllabique est depuis longtemps à l’honneur dans la plupart des classes. Et malgré les discours réacs-publicains (« l’école et l’orthographe, c’était mieux avant »), la tendance est de plus en plus au conditionnement des enfants à encoder d’abord et avant tout, en laissant de côté tous les autres enjeux de la lecture. Nous ne voudrons jamais de cette vision au rabais : on ne brade pas les savoirs, on ne marchande pas avec l’éducation.

Sud éducation Hauts-de-Seine