Oaxaca, la Commune n’est pas morte

samedi 28 avril 2007
mis à jour dimanche 2 septembre 2007

La répression d’une grève enseignante avait provoqué plusieurs mois d’insurrection dans l’Etat mexicain d’Oaxaca. Mais aujourd’hui encore, sous les cendres du retour à l’ordre, la braise de la résistance couve toujours.

Des immenses marches, comme celle du 3 février 2007, ont permis à la population de reprendre confiance en sa force. L’Assemblée d’Etat de l’APPO des 10 et 11 février a confirmé sa totale indépendance vis-à-vis des partis politiques qui « ne sont pas la voie pour changer le pays ». Elle ne présentera donc pas de candidats aux législatives et aux municipales en août et en octobre 2007, préférant pratiquer la démocratie directe. Les quelques dérives de personnes ou groupes qui ont parlé au nom de l’APPO sans être mandatés ont été dénoncées : toutes les décisions doivent être collectives.

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Pour la première fois depuis sa « reprise en mains » de la situation, le gouverneur Ulises Ruiz Ortiz a dû renoncer à une cérémonie officielle le 14 février, la circulation ayant été coupée par une barricade de pierres montée par l’APPO et des enseignants de la section 22 du Syndicat National des Travailleurs de l’Education.

Le 8 mars, la Coordination des Femmes d’Oaxaca a mobilisé des dizaines de milliers de manifestants. Le même jour le troisième Forum International des Droits Humains se tenait à Oaxaca, beau pied-de-nez au gouverneur Ruiz.

Radio Planton a aussi recommencé à émettre. La radio des enseignants avait été détruite en juin 2006, au début de la répression. Le contrôle de certains moyens de communication a été d’une importance capitale pour faire face à la désinformation des médias officiels et résister rapidement aux attaques des forces de « l’ordre ».

La question des prisonniers politiques n’est pas réglée : 56 personnes sont toujours en prison, militants de l’APPO ou simples passants (indigènes de préférence) raflés pour l’exemple. Le gouvernement exige des cautions faramineuses pour les libérer. C’est pour cela que le 18 mars, l’APPO a lancé la campagne internationale de soutien appelée « Un Kilomètre de Pesos », espérant collecter les 430 000 euros nécessaires.

Le 27 mars, un grand mouvement de protestation a eu lieu dans tout le Mexique contre le transfert des retraites des fonctionnaires vers des fonds de pension, d’abord publics puis privés.

Pendant ce temps-là, dans l’Etat voisin, le Chiapas, l’actualité est également brûlante. Les Zapatistes
étendent leur mouvement et les communautés indigènes s’organisent pour devenir autonomes mais la Police Fédérale Préventive les harcèle. Là aussi on dénonce l’omniprésence des paramilitaires, ainsi que les agressions et les abus sexuels qu’ils commettent, comme partout où ils interviennent.

Pour en savoir plus, consultez les sites :
http://cspcl.ouvaton.org
http://paris.indymedia.org

Vous pouvez aussi signer les Conclusions et Recommandations de la CCIODH qui seront bientôt adressées à de nombreuses instances officielles sur :
http://cciodh.pangea.org

Commission fédérale International


Diviser les enseignants pour mieux régner sur le peuple

En novembre 2006, le gouvernement parvient à diviser les enseignants en donnant satisfaction à certaines de leurs demandes. La section 22 du Syndicat National des
Travailleurs de l’Education, comme la population, continue à exiger la démission du Gouverneur Ruiz. Mais la direction nationale du syndicat (vendue) a monté avec le PRI (parti d’Ulises Ruiz) une section concurrente, la 59, avec les quelques enseignants souhaitant se désolidariser de l’APPO.

Le 8 Mars 2007, les deux sections se sont affrontées physiquement, la section 22 exigeant que ses membres soient tous réintégrés dans leurs écoles, certaines étant
passées aux mains de la section 59 au moment de leur réouverture.


La Commission Civile Internationale des Droits Humains

La Commission est basée à Barcelone mais ses acteurs (juristes, journalistes...) sont issus de différents pays. Elle a organisé une mission dans l’Etat de Oaxaca du 16 décembre 2006 au 20 janvier 2007 et a recueilli 420 témoignages d’individus, de représentants d’association et d’officiels. Elle a constaté une violation quasi-
systématique des droits humains au cours des arrestations, ainsi que l’utilisation d’une force disproportionnée et de méthodes illégales contre le mouvement pacifique d’un peuple demandant le droit de vivre dignement.

Le rapport indique que Ulises Ruiz, gouverneur de l’Etat, Fox, président du Mexique en exercice au moment de la répression, et Calderon qui lui a succédé le 1er décembre 2006 ont tous trois ordonné ou couvert les exactions des différentes polices et milices qui ont semé la terreur dans la plus totale impunité.


Les grandes dates de l’insurrection

22 mai 2006 : 70000 instituteurs de l’Etat de Oaxaca se mettent en grève.

14 juin : 2000 policiers attaquent les grévistes et leurs familles qui campaient sur la place principale. Trois heures plus tard, les grévistes reprennent le contrôle du centre ville, soutenus par une grande partie de la population.

17 juin : Création de l’Assemblée Populaire des Peuples de Oaxaca (APPO).

28 juin : Très grande marche exigeant la démission du gouverneur Ruiz.

Août : Des paramilitaires attaquent des journaux et tirent sur la télévision et les radios occupées. Des activistes sont enlevés et torturés.

Septembre : L’APPO dresse des barricades pour empêcher les « convois de la mort » de circuler.

27 octobre : Les fusillades font 4 morts, dont un journaliste Américain.

29 octobre : 4500 policiers détruisent les barricades qui protégeaient le zocalo depuis 150 jours et l’évacuent avec une extrême violence.

25 novembre : la grande marche de protestation est férocement réprimée.

Quand arrive le 1er décembre, jour de l’investiture officielle du nouveau président de la République, Felipe Calderon, toutes les barricades ont été nettoyées et toutes les radios reprises par la force, causant la mort de plusieurs personnes. L’ordre semble régner sur Oaxaca, mais la grande marche pacifique organisée le 10 décembre montre que le peuple ne l’entend pas ainsi.

Les 26 personnes tuées au cours des mois de répression, ainsi que les centaines de blessés, de prisonniers et les « 120 disparus » n’arrêtent pas l’élan du peuple mais forcent l’APPO à entrer quelque temps dans la clandestinité.

* Lire Sud éducation n°20
et CQFD hors-série.