Nouvelle offre de formation pour dégraissage de mammouth : violences ordinaires du quotidien

dimanche 12 novembre 2017
mis à jour lundi 13 novembre 2017

Ce mercredi, AG de département. Au menu, la Nof - Nouvelle offre de formation - pour la rentrée 2018. Eh oui, à l’université, il y a des offres - et non plus un service public - pour répondre à la demande de client-es - et non plus de la société ! Le ton est donné. Il sera question essentiellement de CA-DRA-GE, du volume d’enseignement contraint dont disposera l’équipe pédagogique pour remplir ses missions. Et là, l’expression « dégraissage de mammouth » prend tout son sens : passage de 578 h à 475 h d’enseignement en Master « Recherche » ; de 1013 h à 750 h en Master « Professionnalisant ». Chouette, on travaillera moins ! Rêve, camarade.

Avec la loi relative aux libertés et responsabilités des universités (LRU de 2007), le conseil d’administration peut choisir le volume d’heures qui lui chante - ils ont l’au-to-no-mie pour aller toujours dans le même sens, celui du moins-disant. Le CA, sur politique du président, a opté pour la fourchette la plus basse préconisée par le ministère. Étonnant, non ? Par contre, ils n’ont pas (encore) pu déréguler les maquettes des IUT à 1800 h/2 ans, protégées, elles, par un statut national. Maudite autonomie… À Poitiers, nous avions déjà vécu une cure d’amaigrissement drastique lors de la précédente campagne d’habilitation des formations (-5% du volume global d’enseignement), mais là, on passe à la vitesse supérieure. Pour faire face à l’augmentation programmée du nombre d’étudiant-es à moyen constant, il faut réduire les heures d’enseignement et au diable la qualité de la formation !
Point d’inquiétude, les pratiques pédagogiques dites « autres » pallieront à cette diminution d’heures enseignées en présentiel. D’ailleurs, un pôle « ingénierie pédagogique » [sic] est créé pour aider la communauté enseignante, le tout déconnecté des aspects disciplinaires. On ne rigole pas, vous êtes à l’université ! Et pour contrôler les flux d’étudiant-es à venir, le ministère suggère l’« orientation active » en première année, vachement plus bath que le tirage au sort. Vocable « actif » pour ne pas dire sélection à l’entrée de l’université. Quel cynisme ! Nous l’avons déjà écrit : à long terme, cette réforme signifie des suppressions de postes ; inquiétude aussi pour la spécificité des disciplines, mise à mal au profit de « compétences », lesquelles dérivent certes de l’apprentissage d’une discipline, mais n’en sont pas le cœur. Des formations de plus en plus transversales axées sur l’acquisition de « compétences » ne se donnent plus pour but la maîtrise des disciplines qu’elles enseignent, mais conduisent à faire de ces dernières de simples vecteurs d’insertion professionnelle, où l’on va puiser ce qui peut améliorer l’« employabilité » de l’étudiant-e. Comment établir, dans ces conditions, les liens entre les formations et la recherche pourtant préconisés à l’article 7 de l’arrêté Licence du 22 janvier 2014 ? Là, une envie de mordre surgit.
Quant à la mise en place de pratiques pédagogiques « autres » sur laquelle le cadre légal reste très vague, elle peut nous inspirer diverses craintes : il a même fallu qu’une collègue soumette au vote de l’AG une motion qui déclarait en substance « 1 h TP enseignée en présence d’étudiant se devait d’être comptée 1 h dans le service d’enseignement de l’enseignant » ! Cette demande de « rappel à la loi » de notre employeur illustre le malaise grandissant et les pratiques en cours. Puis, est évoquée une « liste officielle des tâches à accomplir » pour une responsable de filière de formation, longue liste pensée et rédigée par un « groupe de travail » ad hoc… Tout est cadré, pesé. Et on t’annonce que ces responsabilités, ces tâches d’administration d’une formation seront décomptées 3 h TD dans ton service… annuel ! Brouhaha feutré dans la salle. Dire que l’université de Poitiers surfe sur le « mieux être au travail »… N’est-ce pas une violence qui est faite à la communauté d’oser rétribuer ce travail avec une poignée de cacahuètes ? Une illustration de ces violences quotidiennes exercées, brisant nos missions, malmenant nos statuts… nationaux.
Sud invite la communauté universitaire à débattre de la Nof et de ses conséquences sur les conditions de travail, le « mieux être au travail » et les missions d’une université émancipatrice, laïque et démocratique. Et à mettre en regard cette politique de dégraissage avec nos conditions de travail au quotidien.

Sud éducation et recherche Vienne