Nos revendications pour le lycée général et technologique

mercredi 20 janvier 2010

Nos revendications pour le lycée général et technologique (1)

Quelle analyse portons-nous sur l’évolution du lycée ? 80% d’une classe d’âge accède désormais au bac et 70% l’obtient. Mais derrière ce paravent, derrière les projets de discrimination positive qui ont tendance à se multiplier (partenariats avec Sciences Po ou autres écoles de commerce, associations "bénévoles"), il est de plus en plus difficile aux élèves issus des classes populaires d’accéder aux études supérieures et aux filières dites « d’excellence ».

La démocratisation quantitative n’est pas une démocratisation qualitative, si bien que l’on peut se demander si le tassement du pourcentage des classes d’âge qui obtiennent le Bac, pointé dans les médias et le discours de certaines organisations syndicales, est bien le principal problème. En effet, la démocratisation ne s’est pas accompagnée d’une diminution de la ségrégation sociale. Les chiffres du baccalauréat soulignent ainsi que près de la moitié des lauréats ayant obtenu un bac technologique ou professionnel sont massivement issus des catégories du prolétariat actuel. La réussite dans le supérieur est aussi plus difficile pour une majorité de ces nouveaux lycéens. Le recul de la proportion de fils d’ouvriers et d’employés dans les classes préparatoires aux grandes écoles en témoigne. Cet aspect est renforcé dans les lycées des quartiers populaires par une ségrégation spatiale selon l’aire sociologique de recrutement des lycées. La suppression de la carte scolaire depuis la rentrée 2008 accentue encore cette tendance à la ghettoïsation.

Ces difficultés que le lycée général et technologique éprouve à faire réussir, jusqu’au baccalauréat, et surtout au-delà du baccalauréat, le plus grand nombre de jeunes, en particulier ceux issus des classes populaires, montrent que des changements sont indispensables. Mais pas ceux de l’actuelle réforme Chatel.

Des revendications immédiatement opérantes, et d’autres plus lointaines

Nous savons bien qu’une transformation profonde du lycée ne pourra intervenir qu’avec la transformation de la société à laquelle nous aspirons. Dans cette société, chacun devra être en mesure de participer aux processus de décision et donc maîtriser les connaissances le permettant. La mise en place d’un lycée véritablement polyvalent répondrait à cette nouvelle organisation de la société. Mais pour l’heure, inévitablement, la division des trois voies du lycée se maintiendra et elle continuera de répondre aux besoins de la société et du système économique capitalistes.

Mais dans cette société inégalitaire, nous devons agir pour que le lycée permette au plus grand nombre d’accéder dans les meilleures conditions à ce qu’on appelle la « culture légitime ». On aurait tort de penser que la seule question pédagogique permettrait de résoudre la question des inégalités sociales, comme ont pu le faire croire les sciences de l’éducation qui ont imposé ce discours, relayé par certaines organisations syndicales depuis les années 70. C’est pourquoi notre réflexion porte aussi sur les horaires et les structures pour construire un lycée plus démocratique et égalitaire, qui doit contribuer à corriger les inégalités sociales et favoriser l’avènement d’une autre société.

Les revendications de Sud éducation

L’organisation du temps de travail

  1. Le maintien d’horaires nationaux, d’un volume suffisant pour permettre une transmission des savoirs sans lesquels ne peuvent exister ni réflexion critique ni acquisition de méthode ou d’autonomie.
  2. Un temps de concertation des équipes éducatives, équivalent dans les emplois du temps à des heures devant élèves, et un travail en commun avec les COP en nombre suffisant, avec des missions et le statut de fonctionnaire d’État garantis.
  3. La possibilité pour les équipes de dégager du temps disciplinaire pour la mise en place d’une pédagogie de projet, sur la base du volontariat, permettant une politique d’ouverture culturelle.
  4. La réduction des horaires des personnels pour tenir compte des pénibilités et des réalités locales (établissements classés, services des personnels de remplacement sur plusieurs établissements).

L’organisation des séries et filières

  1. Un meilleur équilibre des horaires des disciplines par niveau, par séries et filières, avec moins de détermination précoce et un rapprochement des enseignements des 3 lycées, sans concurrence entre ces filières.
  2. Des passerelles rétablies et renforcées entre les différentes voies et filières. Les élèves ne doivent pas être pénalisés par une erreur d’orientation.
  3. Une seconde vraiment indifférenciée avec le maintien d’un tronc commun incluant les SES et avec des horaires nationaux devant permettre toutes les poursuites d’études. Nous proposons par ailleurs que les SES et la philosophie soient enseignées dans toutes les classes du cycle terminal.

L’organisation de la classe

Horaires

  1. Pas de remise en cause du groupe classe, qui doit constituer un lieu de solidarité entre les élèves.
  2. Le volume horaire élève doit rester globalement le même, mais avec une réduction du temps de cours en classe entière au profit de séances en groupes réduits, du tutorat et de plages d’aide au travail pour ceux qui en ont besoin. L’emploi du temps des élèves doit laisser la place à des plages de repos quotidiens et de vacances.
  3. Initiation à la recherche interdisciplinaire de la seconde à la Terminale pour permettre aux élèves de dépasser le cadre disciplinaire tout en favorisant un travail plus autonome et en équipe en vue de faciliter le passage en premier cycle universitaire.

Effectifs

  1. Des effectifs par classe adaptés aux besoins : un maximum de 25 élèves par classe en lycée général et technologique par exemple.
  2. Constitution de petits groupes d’élèves dans le cadre du groupe-classe afin de permettre à leurs enseignants d’intervenir sur les contenus et les méthodes dans le cadre des enseignements : remédiation, apprentissages, expression orale pour un suivi plus individualisé des acquis de l’élève. Nous sommes bien sûr totalement opposés à la suppression de tous les 1/2 groupes nationalement définis dans la seconde Chatel. Des dédoublements systématiques sont nécessaires en langues.

Et le baccalauréat ?

  1. Nous souhaitons, dans le système actuel, le maintien du bac comme examen national protégeant des inégalités régionales ou de toute autre forme de discrimination. Mais nous pensons important de réfléchir à des modalités d’évaluation privilégiant davantage l’autonomie des élèves. Il doit rester le diplôme correspondant au premier grade universitaire.
  2. Nous exigeons, pour cela, la suppression d’APB (Admission Post Bac) qui donne aux universités un outil pour sélectionner les étudiants, y compris dans les filières jusqu’alors non sélectives, dans le contexte de la suppression de la sectorisation des universités.

Pour Sud éducation, la titularisation des précaires et la création des postes nécessaires sont les conditions de toute vraie réforme.

Extraits ou résumé du texte Lycée - Congrès 2009 de Sud éducation

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