NON A L’ABANDON DU SERVICE PUBLIC D’EDUCATION ADAPTE !

(Interview du Collectif Enseignants-Educateurs de l’EREA de Montélimar)
 novembre 2002
mis à jour samedi 15 janvier 2005

Après une grève longue (4 semaines) et difficile, pouvez-vous décrire le contexte et les motifs de votre lutte ?

L’EREA de Montélimar a un personnel assez stable. L’ambiance entre les catégories est bonne, le taux de syndicalisation, pour l’instant, très bas. Il n’y a eu depuis sa création qu’un mouvement dur qui répondait à des problèmes internes. Nous réclamons une réduction du temps de travail proportionnelle à celle légitimement obtenue par nos collègues de classe qui ont les memes qualifications et statuts. Ces derniers ont bénéficié par 3 fois d’une réduction d’horaire alors que les éducateurs font toujours 34 h. Il était temps de dire stop à la dégradation continue de nos conditions de travail et au mépris affiché par le ministère dans ce nouvel oubli volontaire de l’abaissement de notre horaire hebdomadaire de service.

Pouvez-vous expliquer en quoi consiste votre fonction, que sont les EREA-LEA ?

Trois points essentiels sont à retenir par rapport aux élèves que nous accueillons :
- assurer un milieu éducatif riche pour pallier les carences de leur milieu d’origine et leur offrir la stabilité nécessaire à tout apprentissage,
- prolonger le travail des enseignants de classe et d’atelier par une relation plus étroite avec les jeunes dans un cadre plus ludique hors-classe, faire passer des notions basiques d’apprentissage dans un contexte plus informel,
- se porter garant du projet individuel de formation de chaque jeune par un suivi journalier (contacts et démarches intra et extra-scolaires avec les structures familiales, sociales, médicales, pédagogiques et professionnelles).

Les Etablissements Régionaux d’Enseignement Adapté, qui devraient se transformer en Lycées d’Enseignement Adapté, accueillent des adolescents en grande difficulté qui ne suivent pas dans le cycle normal, possèdent généralement un internat éducatif encadré par des instituteurs/PE spécialisés et préparent les jeunes à des qualifications diplomantes de niveau 5.

Vous avez organisé par vous-memes votre mouvement de lutte ? Quels enseignements en tirez-vous et quels enjeux vous semblent demeurer ?

Ni professionnels de la contestation ni professionnels de la grève, nous avons commis certaines erreurs (déficit de médiatisation au sein de l’établissement, information insuffisante en direction des parents d’élèves). Nous sommes partis seuls dans la lutte, avons vite sollicité l’aide des syndicats (Sud, Snuipp), de la presse et des élus locaux pour diffuser nos messages et faciliter les rencontres avec les supérieurs hiérarchiques. Nous sommes tous très isolés et beaucoup de chefs d’établissement bloquent tout échange. Il paraît indispensable de nous doter de moyens de communication surs et rapides (nous avons créé une adresse email accessible à tous les éducateurs : monteliducs@nomade.fr ; un collègue d’Amilly a mis en ligne un forum : InstituteursEducateursEREA-subscribeyahoogroupes.fr).

Nous avons suspendu notre mouvement, déçus par des collègues qui pensent que la revendication d’une RTT n’est pas prioritaire. Nous leur disons, nous qui avons parfois jusqu’à 25 ans d’ancienneté ou plus (et sans paternalisme de mauvais aloi), qu’il est illusoire de croire que des bricolages internes ou académiques pourront mettre un terme au processus de remise en cause de notre fonction. Nous ne voulons pas des vacances en plus ou etre transformés en surveillants (avec tout le respect que nous devons à ceux-ci). C’est notre mission éducative qui est en jeu ! Nous devons nous réunir au plus vite pour définir un nouveau statut (surtout depuis l’arreté du Conseil d’Etat qui rend sans valeur la circulaire de 74). Il est urgent, par delà les intérets particuliers, d’assainir une situation qui se retourne inexorablement contre nous !

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