Modernité

 2004
mis à jour dimanche 6 février 2005

La modernité a toujours été connotée positivement depuis que le capital a assis sa domination planétaire. Contrairement au monde féodal, fondé sur la tradition, le capitalisme présente comme sa plus belle réussite - quasiment sa preuve ontologique - le progrès scientifique et technique, et notamment les deux révolutions industrielles puis la révolution cybernétique. Le progrès émancipe l’homme, c’est bien connu.

Le « socialisme réel » s’est à son tour réclamé de la modernité. Il devait - disait-il - libérer l’essor des forces productives entravé par la propriété privée des moyens de production, et ainsi « rattraper et dépasser les Etats-Unis ». L’URSS n’a-t-elle pas été la première à envoyer un satellite dans l’espace ?

Cependant, il n’avait pas échappé à Charlie Chaplin, dans Les Temps Modernes, que ce progrès-là libère surtout le travailleur... de sa liberté ! La modernité dont le capitalisme est si fier n’est pas gratuite. Elle exige un tribut, et c’est au travailleur de le payer. Au fil des siècles, pour « se moderniser », le compagnon indépendant a dû devenir ouvrier salarié permanent, puis souvent chômeur et salarié précaire.

A partir de la chute du mur de Berlin, la notion de modernité s’est précisée dans un sens plus directement politique. L’effondrement sans gloire du bloc de l’Est prouvait bien que seul le capitalisme était moderne, non ? Pensez donc, les antiques Traban n’avaient même pas d’airbags ! D’où cette puissante idée : pour être moderne, il faut rejeter implacablement tout ce qui, de près ou de loin, rappelle cette vieille illusion ringarde d’un monde meilleur pour le travailleur. Car c’est là le vrai frein au progrès. Avantages sociaux, garanties statutaires, législation du travail, droits syndicaux, tous ces privilèges d’un autre âge constituent autant d’obstacles à la modernité. Il faut donc les dynamiter. C’est aussi pour le bien du travailleur, d’ailleurs, puisque le progrès l’émancipera...

Et voilà comment on arrive à cette lumineuse conclusion que seul est moderne ce qui nous ramène avant juin 48. Juin 1848, bien sûr.

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