Mobilisations, à quoi bon ?

Point de vue
lundi 5 janvier 2009

Malgré la montée d’insatisfaction et de frustration face à la succession de journées de mobilisation et/ou de grève sans lendemain, force est de constater que, pour le moment, nous n’avons pas d’alternative. Et pourtant, elle commence à faire cruellement défaut.

Le 7 octobre 2008, la journée internationale de grève pour le « travail décent » a donné le « La » de la saison syndicale : une journée de grève sur fond de crise financière qui n’a pas fait l’unanimité parmi les syndicats et qui a connu un succès mitigé.

On s’est ensuite promené le dimanche 19 octobre à Paris pour défendre le service public d’éducation et ce fut un succès. A croire que quand il s’agit de ne pas perdre de fric, on est toujours plus partant... À moins que cela ne soit pour ne pas « perturber » le bon fonctionnement de la Grande Maison et pour emmerder le moins de gens possible...

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Manifestation

Si on avait besoin de se rassurer pour se persuader que la lutte était encore d’actualité, la grève du 20 novembre est arrivée à point nommé, unitaire — les élections n’étaient pas loin quand même — pas mal de monde dans la rue, des slogans un peu sortis des placards tout de même mais on s’y serait cru. Et puis en AG post-manif, on a même parlé de reconduire la grève et de mener des actions le jour du Salon de l’éducation pour le symbole. Oui, mais pas le lendemain, une semaine après, et l’appel n’a concerné que trois syndicats : la CNT, la CGT et Sud ; résultat : un fiasco. Darcos qui devait se faire chahuter au Salon de l’éducation n’est pas venu et l’histoire est quasiment passée à la trappe.

L’idée d’une grève dans la semaine du 8 au 15 décembre sur la lancée du 20 novembre a avorté. Seuls Sud éducation et la CGT s’étaient déclarés partants sur la base du retrait des réformes Darcos et la poursuite des luttes en cours. Les élections professionnelles auraient-elles pris le pas sur les luttes ? Les Fédérations de l’Éducation réunies en interfédérale le 1er décembre n’ont pas réussi à se mettre d’accord sur une stratégie de mobilisation à la hauteur des attaques de Darcos, de la maternelle à l’université. Le communiqué interfédéral du 2 décembre, que Sud éducation n’a pas signé, évoque à nouveau l’éventualité d’une grève en janvier... Et on va repartir comme en 40 !

Pas d’alternative ? Pas si sûr !

Sud éducation 66 et la CNT ont déjà avancé l’idée d’un appel à la grève d’une semaine. Certes, des questions se posent : sur quelles bases ? Sur quelles revendications ? Dans quels buts précis ? Avec quelle organisation ? Avec quels moyens de communication et de diffusion qui permettraient d’éviter, après avoir donné dans la journée sans lendemain, de donner dans la semaine de grève sans lendemain qui, en cas d’échec, nous priverait pour un bon moment de toute perspective de lutte et de résistance ?

Nous n’en sommes pas encore là... Nos collègues sont-ils aujourd’hui bien au courant et bien conscients de ce qui se trame au Ministère et de ce qu’on a déjà laissé passer ? Il est frappant de voir qu’en discutant avec de nombreux collègues du secondaire, ceux-ci ne sont absolument pas au fait de ce qui se passe, par exemple, dans le primaire et ne se sentent pas forcément concernés. Ce cloisonnement entre primaire et secondaire nuit à la globalisation de la lutte et à la construction d’un mouvement solidaire vaste et organisé dans l’éducation.

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Manifestation

Comment avons-nous pu laisser passer le Sma (Service Minimum d’Accueil) qui, parce qu’il rend inoffensive l’idée même de grève, revient à une véritable remise en cause du droit de grève et constitue une insulte à l’histoire sociale de ce pays ? Mesure qui dans les faits se révèle de plus en plus inapplicable par les mairies qui les boycottent. Pouvons-nous accepter d’être de ceux qui ont laissé remettre en cause des acquis sociaux obtenus de longue date ? La honte ! N’est-ce pas une porte laissée ouverte à tous les abus et ne peut-on pas y voir les signes désastreux qu’aujourd’hui tout est envisageable du côté du Ministère et qu’en face, la riposte des salariés et des syndicats n’est pas du tout à la hauteur ? Cela en dit long sur le conditionnement des esprits résignés et prêts à tout accepter, même le plus scandaleux.

Allons-nous également laisser l’initiative individuelle de la désobéissance, comme c’est de plus en plus le cas, à de nombreux instituteurs(trices) qui se mettent, par là même, en danger, en dénonçant le SMA et la suppression des Rased remplacés par deux heures de soutien hebdomadaires ?

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Manifestation

La désobéissance : une autre alternative qui ne doit pas rester individuelle et isolée, mais qui doit être généralisée et collective. à l’instar d’Alain Refalo qui a officiellement écrit à son inspecteur une lettre de refus d’obéir à un certain nombre de mesures visant le démantèlement de l’éducation nationale, de nombreux enseignants enverront collectivement à leurs inspecteurs le 17 décembre 2008 une lettre du même type ; l’initiative se multiplie. Comme le dit Refalo, « chaque enseignant, individuellement, collectivement, peut entrer en résistance, pas seulement par des mots, mais aussi par des actes. » En décembre, ils étaient déjà plus de 500 enseignants à avoir boycotté l’aide individualisée censée remplacer les Rased.

Actuellement, un vent de fronde souffle dans le primaire. Est-ce que les collègues du secondaire en mesurent vraiment les enjeux et, disons-le clairement, en ont quelque chose à faire ? Les syndicats ont aussi un rôle à jouer dans la diffusion des informations concernant les luttes et les actions à la fois dans le primaire et le secondaire.

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Coordination des établissements en lutte

Nous ne pourrons pas faire l’économie d’un rassemblement intersyndical et intercatégoriel, mais surtout d’un rassemblement avec les parents et les élèves contre les dites « réformes Darcos » dont on finit par ne plus très bien savoir ce qu’elles recouvrent, surtout quand on parle de la réforme des lycées dont personne n’identifie clairement les enjeux tant le flou artistique règne autour du “projet” qui vient d’être suspendu.

Nous ne ferons pas non plus l’économie d’un vrai travail de définition de revendications précises qui ne se contenteraient plus d’un très vague étendard du « retrait des réformes Darcos ! ». à force de focaliser sur Darcos, on finit par perdre le fil de la contestation du fond des réformes et des orientations inacceptables.

C’est certainement dans les voies de la désobéissance et de la résistance généralisée, et dans un mouvement fédérateur de grève à plus longue échéance plutôt que dans celles des petites journées par-ci par-là, un coup sur ceci, un coup sur cela, toujours contre Darcos et moins contre le fond des choses pourtant inacceptables, qu’il faut nous avancer. à moins que nous nous habillions tous en Père Noël à secouer nos bou-boules gare Saint-Lazare comme ce fut le cas le 10 décembre : nous ne sommes pas sortis de l’auberge !

Allez, soyons sérieux et courageux, chers camarades, collègues, parents, élèves et qui vous voudrez, il est grand temps de passer la seconde sinon à quoi bon ?

Sud éducation Val d’Oise

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