Mobilisation exceptionnelle à Clermont-Ferrand !

lundi 26 octobre 2009

À Clermont-Ferrand (63), ce début d’année scolaire a été marqué par une importante mobilisation pour défendre une famille menacée d’expulsion en Chine par Patrick Stefanini, préfet de l’Auvergne et du Puy-de-Dôme, ancien secrétaire général du ministère de l’immigration.

M. Yu Hua TANG et son épouse Ping ZHOU, restaurateurs, se sont rencontrés et mariés à Clermont où sont nés leurs deux enfants : Chen (4 ans) scolarisé à l’école Nestor-Perret et Clément (né en juin 2008).

La DDASS ou la Chine ?

Le 1er septembre deux policiers se rendent chez eux pour leur signifier que leur expulsion aura lieu le lendemain. Mais Clément n’ayant pas de passeport, la reconduite à la frontière sans accord du gouvernement chinois ne peut se faire. Les policiers leur remettent donc un document visant à déléguer leur autorité parentale à l’Aide Sociale à l’Enfance : un formulaire et une démarche jusque là inédits. Ils sont ainsi incités à accepter leur expulsion en « abandonnant » leurs enfants.

Pour Mme Dominique Versini, défenseure des enfants, qui a saisi la Commission Nationale de Déontologie de la Sécurité, c’est « Du jamais vu. C’est très, très grave. Quand on délègue son autorité parentale, on la perd. On n’est plus le parent de l’enfant. Vous vous rendez compte ? Pour moi, c’est invraisemblable. C’est une atteinte à la convention internationale des droits de l’enfant. On ne peut pas inciter des gens à laisser leurs enfants en France et à être reconduits dans leur pays [...] Inciter des parents à se défaire de leur autorité parentale, à abandonner leurs enfants, c’est totalement contraire à l’éthique, au droit de l’enfant, au droit français. »

« Chen, on t’attend »

Pour échapper à l’expulsion, Mr et Mme Tang-Zhou décident de se cacher, aidés par les militants de RESF. Mais le 3 septembre, Chen ne peut pas faire la rentrée des classes, une banderole est tendue sur le fronton de l’école : « Chen on t’attend ».

Une mobilisation exceptionnelle des habitants, des élus, des forces sociales, syndicales et politiques de la ville et du département, se met alors en place autour de RESF pour obtenir la régularisation de la famille. Le préfet fait face également, à une couverture médiatique locale quasi quotidienne, largement reprise nationalement.

Une mobilisation de très grande ampleur

Dès le 4 septembre, Sud éducation 63 qui depuis douze ans est un acteur engagé dans la lutte de défense des Sans-Papiers, et depuis 2004 dans RESF, donne les premiers coups d’envoi en faisant une déclaration au Comité Technique Paritaire Départemental, puis en initiant la déclaration unitaire (SUD, FSU, UNSA, CGT, FO, FCPE, CEMEA, FRANCAS) du Comité Départemental de l’Education nationale, présidé par le préfet.

Pendant un mois et demi RESF multiplie les initiatives, organise rassemblements et conférences de presse.

De nombreux courriers collectifs se succèdent : lettre ouverte de 34 organisations [1], lettre signée par 271 élus, lettre des universitaires, vœux du Conseil Régional, Conseil Général et Conseil Municipal (chacun voté par tous les élus de gauche mais aussi par de nombreux élus de droite), motions des Conseils des maîtres des écoles, communiqué des Loges du Puy-de-Dôme du Grand Orient De France...

Le 19 septembre, 800 personnes manifestent derrière la banderole de tête « Contre une immigration jetable ».

Le préfet cède face à la mobilisation

Trois jours après le préfet Stefanini, entêté dans sa volonté d’expulser la famille, refusant jusque-là tout dialogue, accepte enfin de recevoir des parlementaires. Il promet de réétudier les dossiers si la famille sort de la clandestinité et re-dépose des demandes de titre de séjour. Bien qu’ayant assuré qu’aucun d’entre eux ne serait arrêté pendant le réexamen, il ne donne aucune garantie sur l’issue qu’il donnera à ces demandes.

Néanmoins le 2 octobre, après un mois de traque, la famille accompagnée d’élus parlementaires rentre chez elle et Chen peut reprendre le chemin de l’école.

À l’heure actuelle, la préfecture leur a délivré un récépissé de 3 mois avec autorisation de travailler et une convocation pour la visite médicale de l’Office Français de l’Immigration et de l’Intégration. Les Tang-Zhou sont donc en passe d’obtenir un titre de séjour...

Le combat continue pour tous les autres...

Sud éducation Puy de Dôme


[1SOLIDAIRES, CGT, CFDT, UNSA, FSU, CFTC, SAF, UNEF, RESF, RUSF, LDH, FCPE, CEMEA, FRANCAS, Planning Familial, CIMADE, PEP, DDEN, CDAL, FAL, AC !, MNCP, DAL, UPC, Libres Penseurs, Utopia, Jeunes d’avenir, PS, PCF, Verts, NPA, Parti de gauche, Gauche Unitaire, AL