Mc Do, une victoire obtenue, mais ce n’est pas fini

 mars 2002
mis à jour samedi 29 janvier 2005

Nous publions un bilan provisoire de la grève de chez McDo qui décrit le rapport entre les grévistes, les soutiens et les syndicats ainsi que les clés du succès. Pourquoi et comment cette grève lancée au départ par une poignée de jeunes, la plupart sans aucune expérience syndicale ou politique, a-t-elle pu réunir autour d’elle un vaste mouvement de solidarité ? Comment et pourquoi le géant esclavagiste Mac Do doit-il "battre en retraite" ? Ceux qui ont eu la chance de participer aux "samedis noirs" - blocages imprévisibles des différents Mc Do de Paris, n’oublieront pas ces moments de joie et d’action collective que grévistes et soutiens ont pu vivre ensemble. Il faut espérer que la vaste armée des précaires de l’Education nationale pourra tirer bénéfice de cette lutte.

Bilan de la grève et du soutien

Le 20 février s’est tenue une réunion du comité de soutien aux "ex-grévistes" du McDo du Bd Saint-Denis. A noter que nous n’avons pas pu nous réunir comme d’habitude dans la grande salle de la Bourse du travail car, bien que réservée à l’avance, elle nous fut refusée sur décision unilatérale des permanents de l’US Commerce CGT de Paris. Les gens présents (dont plus de la moitié à la CGT) n’ont pas du tout aimé. Nous laissons à chacun le soin d’apprécier cette décision à sa juste valeur.

Premier constat, la grève s’est conclue par une victoire des grévistes : les 5 licenciés sont réintégrés, les jours de grève payés à hauteur de 45%, le gérant promet de ne pas engager de représailles. Deuxième constat : cette victoire indéniable reste provisoire car il y a plusieurs procédures et appels en cours à la demande du gérant (la réintégration d’Armand par l’inspection du travail fait l’objet d’un appel de même que la réintégration des 2 licenciés qui étaient passés aux prud’hommes. Enfin, la plainte contre X pour détournement suit son cours et fait l’objet d’une information judiciaire). Les autres revendications des grévistes (salaires, primes) sont renvoyées 6 semaines après la reprise du travail, soit dans 9 semaines. En résumé, cette victoire demande à être consolidée. Ne nous faisons pas d’illusions, Smolik (gérant-propriétaire du McDo Strasbourg St Denis) et McDo ne sont pas disposés à rester sans réaction : ils espèrent le départ des "meneurs" et feront en sorte de le provoquer. Par ailleurs, un engagement écrit de non représailles n’est absolument pas une garantie : la répression sous n’importe quel prétexte peut s’abattre de nouveau (rappelons qu’entre la décision de réintégration du 24 janvier et la signature du protocole de fin de grève, le gérant a envoyé plusieurs avertissements aux grévistes).Il est donc important de conserver une capacité à se mobiliser.

La lutte et le soutien

On ne rappellera jamais assez que la détermination et l’unité des grévistes ont été les facteurs déterminants de cette victoire, de tout le processus de lutte et de mobilisation qui s’est déroulé autour et en solidarité avec cette grève. Le comité de soutien a certes joué un rôle indéniable mais son activité, sa propre dynamique, son unité n’ont été possibles que par le dynamisme des grévistes. Il y a donc eu une dialectique entre 2 dynamiques. Plusieurs facteurs y ont contribué.

Une lutte longue

Généralement, les luttes de précaires sont difficiles à organiser et le plus souvent le soutien est si tardif qu’il ne se met en place que lorsque les conflits s’arrêtent. Là, le comité de soutien s’est réuni la 1ère fois au bout de 3 semaines de grève et a ensuite eu le temps de trouver ses marques, de prendre des initiatives de solidarité (T-Shirts, fête de soutien, appel au soutien financier) et de se lancer dans la bataille avec les grévistes.

Les moyens de lutte

Les interventions et occupations d’autres McDo, tant dans leurs formes (blocages à la fois organisés, spontanés et improvisés impliquant des confrontations plus que verbales avec les vigiles, mais assumables par tout le monde) que dans leurs objectifs (populariser la lutte auprès des clients et surtout des autres salariés de la chaîne, avec des résultats réels quoiqu’ inégaux), ont contribué à donner un aspect dynamique au mouvement, en particulier par le fait que ces interventions et occupations n’étaient pas tristes et qu’elles permettaient à de nouvelles personnes de s’agréger, de prendre contact "dans l’action".

La manière de faire de McDo

Cette grève a pris une forme particulièrement active en grande partie du fait de l’attitude de la direction : licenciement + actions au pénal + blocage complet des négociations dans un 1er temps, puis tentatives d’acheter les licenciés pour qu’ils abandonnent l’action en référé (ce qui a provoqué une conférence de presse des grévistes dénonçant ces manœuvres), en représailles, des travaux débutés en plein conflit qui provoquent une occupation des locaux (et une confrontation un peu musclée avec les vigiles), l’expulsion des grévistes par les dits vigiles qui a engendré l’occupation de l’autre restaurant de Smolik à Parmentier. Une succession d’évènements provoqués par McDo a donné matière à des moments de mobilisation plus intense au cours de tout le processus de lutte. Les échéances judiciaires ont également rythmé ce conflit et alimenté sa dynamique.

Le choix du pouvoir politique de ne pas réprimer

Les méthodes de McDo n’ont pas été confortées par une attitude répressive de l’Etat et du gouvernement. Entre des décisions de justice dans l’ensemble favorables aux grévistes et la passivité des autorités administratives et policières, la lutte a trouvé un espace pour développer une conflictualité offensive originale. Les occupations de restaurants n’ont pas été entravées par des interventions policières : il en aurait sans doute été autrement si elles avaient été uniquement menées par des militants ou si cette lutte s’était déroulé dans le champ de compétence de l’Etat (services publics par exemple).

L’espace vacant du syndicalisme

Le comité de soutien a pu trouver son espace et sa légitimité à cause de l’attitude complètement en retrait des structures syndicales liées aux grévistes (Commerce CGT,...) dans la lutte au jour le jour comme dans les actions du week-end ou celles visant à mobiliser au delà des habituels soutiens : fête, meeting, manif. En occupant l’espace laissé vacant par le syndicalisme, le comité de soutien a été d’une certaine manière le syndicat de la grève avec ses caractéristiques propres : laissant aux grévistes prendre les décisions qui leur semblaient les meilleures (les encourageant même à s’exprimer plus par eux-mêmes en réalisant leurs propres tracts, par exemple), ne participant évidemment pas aux négociations mais assumant une bonne part du travail d’agitation, de popularisation (150 000 tracts distribués !), de décloisonnement de cette lutte (informations diffusée et relayée hors de Paris, et le dernier mois au niveau international), le soutien financier.

Un mode de fonctionnement souple et assembléiste

Le comité a pu fonctionner de manière efficace grâce à sa structuration : pas de bureaucratie ni de distribution des rôles figée une fois pour toutes. Décisions prises au consensus, après débat, possibilité pour chacun de prendre en charge telle ou telle tâche et d’en être responsable devant le groupe. Le comité n’a pas eu à souffrir de conflits internes ; il a su gérer l’hétérogénéité de ses membres et maintenir un fonctionnement souple et fluide.

Bénéficiaire d’expériences antérieures

Si beaucoup de ses membres ignoraient tout de la réalité de McDonald’s avant de côtoyer les grévistes, le comité a bénéficié de la présence active de militants de terrain au fait de ce type de lutte : la coordination CGT restauration rapide (étendue à certaines boîtes du commerce), issue des luttes du McDo Saint-Germain (décembre 2000) et de PizzaHut (février 2001).

L’addition de moyens et de compétences de la part de ses membres

Si le comité a vécu une expérience originale dont il peut être fier, c’est aussi grâce à la convergence de moyens et de capacités fournis par ses membres : relais dans les syndicats (CGT, SUD...), en particulier pour l’édition de tracts (CGT BNP Paris) et le soutien financier, relais dans des réseaux militants généralement non impliqués dans ce type de lutte, forte implication de la compagnie Jolie Môme, contacts avec des groupes musicaux par l’intermédiaire d’autres réseaux militants, disponibilité ponctuelle d’autres locaux que la Bourse du travail (CICP), ressources personnelles (Internet, traductions.), etc.

Un soutien financier important

Au moment de la réunion, le détail sur ce point important n’a pas été abordé (le montant total collecté au cours des 3 mois d’existence du comité) mais il a été souligné que, bien qu’insuffisant pour compenser les salaires non-versés, le soutien financier a été suffisamment important pour aider les grévistes à tenir.

Un gros travail d’information

Une information a été diffusée en direction de la population, des clients et des autres salariés de McDo, beaucoup d’articles de presse, généralement favorables aux grévistes, une information par Internet qui a permis à de nombreuses personnes de se tenir au courant de l’évolution du conflit sur Paris comme en province. Hors de Paris, des actions de solidarité ont été menées dans une douzaine de villes grâce à ce système de communication. Enfin, l’info est sortie des frontières : des résumés de la grève ont été produits en allemand, italien, espagnol, anglais et diffusés auprès de groupes, syndicats, revues dans de nombreux pays, et notamment aux USA où 4 ex-grévistes sont invités par une coalition syndicale de Floride animée par des travailleurs agricoles immigrés bossant pour la restauration rapide.

Ce n’est pas fini !

Apparemment la direction de McDo France n’a pas digéré la défaite qu’elle a subie et les décisions de justice qui l’ont condamnée à réintégrer ceux qu’elle avait voulu licencier. Le 1er mars, 2 salariés (dont un délégué syndical) ont été mis à pied au McDo St Germain. Il est clair que la direction veut se débarrasser des salariés qui se battent pour des revendications et des droits élémentaires : droit syndical, vraie prime de fin d’année, fin des pressions et du chantage continuel. Le 2 mars, ce McDo était bloqué pendant une partie de la journée par un rassemblement.

Il faut rester motivés !

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