Lycées professionnels : Le rouleau compresseur est en marche

 septembre 2000
mis à jour lundi 4 avril 2005

Les sourires de Messieurs Mélenchon et Lang risquent de rapidement se ternir au vu des tensions qui se profilent dans les LP. Car si la rentrée n’a été marquée que par un nombre réduit d’assemblées générales, il n’en est pas moins vrai que l’inquiétude et la méfiance sont à leur comble. Les suppressions de postes sont venues calmer ceux qui croyaient que la baisse des horaires des professeurs d’atelier de 23 à 18 heures allait créer des postes, ou du moins des emplois précaires supplémentaires.

Qu’en sera-t-il avec l’application intégrale des nouveaux référentiels horaires ? La chute de 19 000 élèves en LP à cette rentrée confirme la liquidation rapide de l’enseignement professionnel. Car l’application de la réforme va être désastreuse d’un point de vue pédagogique et pour la qualité des formations diplômantes délivrées à nos élèves. La fuite vers les CFA (Centre de Formation et d’Apprentissage, établissements financés par les patrons) va donc se confirmer, s’accompagnant de façon automatique de la fermeture sections et d’établissements publics.

Car ces derniers jours, l’inquiétude s’est renforcée avec la diffusion des emplois du temps. Car si les chefs d’établissements et les inspecteurs demeurent très évasifs sur l’organisation des Projets Pluridisciplinaires à Caractère Professionnel (PPCP), en espérant que l’application sur un trimestre diluera la contestation, les Aides Individualisées sont perçues par le personnel comme un facteur de déstabilisation très puissant. Rappelons que les AI sont dispensées par un enseignant qui choisit dans sa classe un maximum de 8 élèves pour un cours d’une heure. La composition de ce groupe a vocation à changer et, pendant cette heure, les élèves libérés n’ont pas cours. Pendant des années on a demandé aux professeurs de faire des sacrifices sur leur emploi du temps afin qu’aucun " trou " n’apparaisse sur celui de leurs élèves. Car dans les établissements ZEP ou sensibles, la gestion d’une classe libérée s’avère souvent très difficile. Avec les AI, c’est cette pratique qui est instaurée. Or vous essaierez toujours de " sélectionner " des groupes d’élèves, aux contours flous d’une semaine sur l’autre, en établissement difficile ! Cela va être une véritable "chasse" aux élèves dans les couloirs afin de les faire intégrer des activités qui les marquent auprès de leurs camarades comme élèves en difficulté, ce qu’ils rejettent déjà. Les AI s’avèrent déjà être un échec pédagogique flagrant mais ses conséquences en terme de déstabilisation des classes et des établissements est certain. Déjà des équipes enseignantes et des AG ont décidé de transformer les AI en cours devant classe entière et appliquant le programme national.

La chute des heures de dédoublement va avoir la même conséquence sur l’animation pédagogique des classes. La tension va rapidement s’installer chez les équipes enseignantes. Et puis, progressivement, les élèves vont partir en stage et la flexibilité va alors être appliquée (AI sur des classes imposées ou sur d’autres établissements) et le suivi des élèves ne sera pas décompté pour ce qu’il représente réellement en terme de travail. Et au fil du premier trimestre il va falloir participer activement à l’élaboration des PPCP et préparer sa propre flexibilité des horaires, avec la pression des chefs d’établissement et des patrons locaux pour nous aider à la réalisation des projets.
Ce petit programme bien sympathique va rencontrer l’hostilité grandissante du personnel. Il faut donc que les oppositions convergent afin de centraliser la contestation de la réforme. Les réseaux d’établissements qui se sont mis en place l’année dernière doivent rapidement se réactiver. SUD éducation saura mettre ses forces dans l’organisation nationale du mouvement. Il faudra également constituer une véritable coordination nationale, s’appuyant sur des délégués mandatés, ce qui ne put être intégralement réalisé l’année dernière, et favorisa donc les agissements des bureaucraties syndicales.

L’enjeu est également de faire prendre conscience à toutes les couches salariées du danger que représentent les projets de " Modernisation sociale " du gouvernement et de " Refondation sociale " du MEDEF qui sont à l’origine des projets de destruction des organismes de formation publique (LP mais aussi, ANPE, AFPA et GRETA). Car, au-delà des tensions entre patrons publics et privés sur la répartition du pouvoir de chacun, se cache la casse des diplômes et de la formation professionnelle publique et des acquis qui vont avec (rémunération, CDI, droit à la formation, garanties contre certaines discriminations, liberté à changer d’entreprise...). Et le rouleau compresseur avance à grand pas. En mai dernier le secrétariat d’Etat à la formation professionnelle produisait un décret créant une grille nationale des compétences permettant la validation des acquis professionnels. C’est cette dernière qui a pour objectif de remplacer rapidement les diplômes nationaux et publics.

Nos réflexions doivent rapidement être diffusées auprès des parents d’élèves des LP, sensibles à cette question en tant que prolétaires précarisés. Mais plus largement chacun est concerné, même les fonctionnaires, car ce n’est pas pour rien si le décret sur les compétences professionnelles est également destiné aux services publics. Le dossier réalisé par l’Union syndicale Solidaires (page 9 et 10) consacré aux différents dossiers de la " Refondation sociale " du MEDEF doit aider à la prise de conscience et à la mobilisation.

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