Les mots de la mondialisation

 2004
mis à jour dimanche 6 février 2005

« L’homme descend du signe » :

Il ne manque que la parole à certains animaux, entend-on parfois. C’est aussi ridicule que de dire : il ne manque au patron de Vivendi Universal, J.M Messier que les ailes pour voler (voler : dans le sens aérien...).

Le langage n’est pas une faculté surajoutée à l’ensemble des fonctions animales : le fait de parler modifie tous nos rapports avec les êtres et les choses. Le langage n’est pas une superstructure qui viendrait s’ajouter au système physico-chimique, il est constitutif du bipède. Mais parler n’est jamais neutre. Parler, c’est être, être présent au monde, c’est le dévoiler, c’est donner du sens.

Le « bien parler » mondialiste :

En ce temps de mondialisation, nous assistons à l’émergence d’un vocabulaire « nouveau », une floraison du « bien parler » de ce monde si moderne mais si complexe !

L’homo linguisticus doit donc intégrer le « bien parler » et laisser tomber comme une vieille peau un langage d’un autre temps, par trop ringard. L’excellence linguistique, aujourd’hui, c’est parler la langue de la mondialisation branchée qui devrait bien finir par s’imposer car, comme le dit Bourdieu : « Le bien-parler, c’est comme le bronzage. Plus le temps d’exposition est long, plus le résultat se confirme ».

« Le style, c’est l’homme » :

Nos décideurs mondialistes veulent débarrasser la langue de ses impuretés, de ses échos subversifs, de son goût amer de lutte des classes, de sa saveur révolutionnaire. Il paraît que « le style, c’est l’homme ». On devrait plutôt dire que le style actuel, c’est d’abord celui de la bourgeoisie libérale qui vise à brouiller les cartes en voulant nous imposer une langue officielle- la leur - revue et corrigée. En son temps, l’information sérieuse et la pensée étaient en latin, aujourd’hui, elle se voudrait être en bien parler mondialiste officiel.

Ce que parler veut dire.

Contre l’imposture de la parole officielle qui se met en place, nous revendiquons un « franc-parler » pour débusquer ce qui se cache derrière leurs mots. Se réapproprier le sens des mots, c’est là encore refuser de la fermer pour dénoncer ce monde qui marche sur la tête.

On connaissait le chiqué verbal comme ouvrier du bâtiment plutôt que maçon. Plus chic - plus valorisant - technicien de surface pour balayeur, quartier spontané pour bidonville, personne à croissance limitée pour nain (cf : Blanche Neige et les 7 personnes à croissance limitée...). Casse croûte, qui attire les prolos en salopette, a laissé sa place à collation (on hésite à entrer avec ses bottes de chantier).

Mais, aujourd’hui, l’offensive se poursuit, ils veulent nous ensemencer. « patriotisme économique », « licenciements patriotiques », etc...on y perd son latin . Ce n’est pas un hasard donc qu’à l’heure de la mondialisation, certains n’appellent plus un chat un chat mais un animal félin et les licenciements, des départs contraints, les salariés, des ressources humaines, les patrons, des employeurs, le capitalisme, le libéralisme, les bombardements, des frappes chirurgicales, les massacres de civils, des dommages collatéraux.

De l’euphémisme et de la périphrase avant toute chose !

Chaussons les mots en leur mettant des charentaises pour ne pas indisposer l’entourage et...réveiller de vieux démons !

Derrière les mots de la mondialisation, il y a les maux qu’elle engendre. Derrière la paille des mots, il y a la réalité du monde. Leur mondialisation est celle de la dictature des marchés, de la Finance, de l’actionnariat, du Profit...à l’opposé d’une conception internationaliste basée sur la solidarité autour d’un mot d’ordre : « Un autre monde est possible » comme ce fut dit haut et fort à Porto Alegre.

Là encore, pour mieux masquer le primat de l’économique sur l’homme, on nous parle de « village mondial ». ça vous a tout d’un coup une allure pagnolesque, un fruité saisissant, un petit air familier, convivial, humain, complice car tous les villageois sont « des gens qui ont têté le même lait ».

Mais le monde est-il devenu un village lorsque l’on voit le gouffre entre son centre prospère et ses périphéries appauvries. Village mondial des plus riches, qui, sous couvert de modernité, de N.T.I.C [nouvelles techniques de l’information et de la communication], de Révolutions dans tous les domaines...qui sont des villageois, en fin de compte à l’horizon borné, animés par l’esprit de bigorneau accroché à son rocher, l’œil rivé sur leur nouveau clocher : le CAC 40. Bref des villageois de la pire espèce, qui ne proposent qu’une révolution conservatrice.

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