Les jardins d’éveil

Une étape du demantelement programme de l’ecole maternelle publique
lundi 26 octobre 2009

« Est-ce qu’il est vraiment logique, alors que nous sommes si soucieux de la bonne utilisation des crédits de l’État, que nous fassions passer des concours à bac+5 à des personnes dont la fonction va être essentiellement de faire faire des siestes à des enfants ou de leur changer les couches ? » C’est ainsi que Xavier Darcos présentait devant le Sénat en juillet 2008 le travail des enseignants de l’école maternelle. Cette phrase préfigurait la mise en place des jardins d’éveil qui a deux objectifs, bien qu’elle ne concerne pour l’instant que les enfants de 2 ans : la fin programmée de l’école maternelle publique et le transfert de sa mission aux communes ou au privé, RGPP [1] oblige.

Le denier de César

De nombreuses études ont montré que l’accueil précoce des enfants en maternelle favorisait leur réussite scolaire, notamment dans les milieux les plus défavorisés. Mais le but premier et assumé de cette « grande réforme innovante » dans l’accueil des jeunes enfants est bien de faire des économies sur le budget de l’Éducation nationale en diminuant ses obligations de scolarisation. Le financement de ces jardins d’éveil incombera en effet aux collectivités territoriales et aux familles. Ainsi l’État se désengage-t-il en créant des situations d’inégalités entre les territoires et une ségrégation sociale entre les familles. Peu importe que les tarifs soient adaptés selon le quotient familial : l’école maternelle doit rester gratuite !

L’école au ban public

Le jardin d’éveil, présenté comme un « mode d’accueil innovant », entre en concurrence avec la maternelle publique critiquée pour « des locaux peu adaptés, des effectifs nombreux, des activités imposées ». Mais cela fait longtemps qu’enseignants et associations de parents demandent des locaux plus adaptés et mieux équipés, des adultes en nombre suffisant, des effectifs réduits et des moyens matériels pour faire vivre l’école publique et gratuite. Nous attendons toujours...

Au fait, les jardins d’éveil doivent s’ouvrir dans des locaux intégrés aux crèches et aux écoles maternelles existantes... S’agit-il donc de prendre de l’espace à des institutions soi-disant inadaptées ? Cela n’a pas de sens ! Il y a d’autre part peu de garantie sur la nature de l’encadrement, à géométrie pour le moins variable. Un rapport parlementaire a même proposé de faire appel à des retraités !

Travail, famille...

Le projet pousse le cynisme jusqu’à affirmer qu’en augmentant l’offre d’accueil, les jardins d’éveil apportent « une véritable liberté de choix aux femmes qui souhaitent travailler » au lieu de subir un congé parental. Qu’est-ce à dire ? Une annonce de la prochaine remise en cause du droit au congé parental ? Pourquoi ne pas simplement proposer plus de places aux enfants de 2 ans dans les écoles maternelles existantes, en améliorant les conditions d’accueil ?
En novembre 2008, dans une interview au Parisien, Nadine Morano s’offusquait : « à 2 ans, les petits ne sont pas propres et font la sieste. Vous appelez ça de la scolarisation ? Pour moi, c’est de la garderie. Cessons de faire l’amalgame entre mode de garde et école. » À M. Darcos et Mme Morano nous répondons en affirmant haut et fort que la maternelle n’est pas une garderie mais bien une école à part entière qui participe pleinement de la mission de l’Éducation nationale.

Parce qu’une école publique, laïque et gratuite est une nécessité fondamentale, nous exigeons :
- l’arrêt du démantèlement de la maternelle publique ;
- des moyens matériels et humains suffisants pour accueillir les enfants dès 2 ans dans de bonnes conditions au sein des écoles publiques ;
- le maintien et le renforcement de la formation des personnels dans le cadre de la fonction publique.


[1Révision Générale des Politiques Publiques