Les écoles privées "Espérance banlieues"

mardi 9 mai 2017

Comparativement au nombre d’élèves qu’elles scolarisent (350 pour 8 établissements, à Montfermeil, Asnières-sur-Seine, Marseille, Roubaix, Mantes-la-Jolie, Sartrouville, Pierre-Bénite et Saint-Etienne), les écoles privées hors contrat de la Fondation Espérance banlieues, avec leurs uniformes et le salut au drapeau, bénéficient d’une couverture médiatique sans commune mesure. Des soutiens prestigieux (Harry Roselmac, Alexandre Jardin, Djamel Debbouze ou encore Mélissa Theuriau qui leur a consacré un documentaire,...), de longs reportages, y compris dans les médias publics, et chaque fois, ce même ton dithyrambique : école de la seconde chance, de l’égalité, du retour à l’autorité du maître/dela maîtresse, des méthodes pédagogiques « révolutionnaires ».
On y chante la Marseillaise la main sur le cœur, on y lève le drapeau, on s’y vouvoie et l’on y porte un uniforme. Pour lutter "contre le décrochage scolaire" et pour "l’intégration" dans les banlieues.
Depuis l’ouverture de la première à Montfermeil en 2012, elles suscitent beaucoup d’intérêt. Et pas seulement des médias, mais aussi des politicien-nes. À commencer par François Fillon, tombé sous le charme après avoir visité l’établissement d’Asnières-sur-Seine. Lors de son meeting du 9 mars à Besançon, il annonçait qu’il soutiendrait, s’il était élu, "cette nouvelle offre éducative de la société civile". Concrètement ? Les écoles hors contrat de tous types (Montessori, confessionnelles ou non...) seraient en partie financées par l’État, et leur tâche "facilitée". Le mouvement En Marche ! d’Emmanuel Macron, a mis un pied dans le débat sur le hors contrat en conviant à sa convention sur l’éducation le fondateur et président de la Fondation Espérance banlieues, Eric Mestrallet.

Pourquoi un tel engouement ?

« C’est que ces écoles surfent sur ce qui ne fonctionne pas dans l’école publique, comme les effectifs trop élevés, le manque de moyens ou la difficulté à réduire les inégalités entre les élèves. Et sur les discours sur le "déclinisme scolaire" , qui décrivent une école française décadente, en proie aux "pédagogismes" et qui nécessiterait d’être redressée » [1].

Derrière ce "miracle éducatif", on trouve un réseau catholique traditionaliste engagé dans le développement des écoles hors contrat. Le fondateur et directeur Eric Mestrallet est l’ancien attaché parlementaire du sénateur Bernard Seillier, un proche de Philippe de Villiers (Mouvement pour la France), engagé avec Civitas contre le mariage pour tous. Espérance banlieues est abritée par la Fondation pour l’École, dont Eric Mestrallet est aussi le vice-président. Celle-ci est dirigée par Anne Coffinier, décrite comme "une égérie de la Manif pour tous". La quasi totalité des membres de son conseil d’administration sont proches de ce mouvement ou des milieux traditionalistes.
Pour s’installer dans les communes, la Fondation sait parfaitement faire jouer ses réseaux. Ainsi, la première école Espérance banlieues s’installe à Montfermeil, en Seine Saint-Denis, commune dont le maire, Xavier Lemoine, est vice-président du Parti chrétien démocrate fondé par Christine Boutin, et décrit par "le Figaro" comme un "héraut de la droite chrétienne".
Ce modèle éducatif est dangereux à plus d’un titre : sous couvert de bons sentiments envers les quartiers populaires, il revêt un caractère paternaliste et néo colonial. Il s’agit clairement d’apporter la bonne parole dans les banlieues, y remettre les soi-disant valeurs républicaines. Les méthodes ? Au-delà des pratiques de classe « révolutionnaires », montrées sur France 2 (par exemple manipuler des cubes en mathématiques !), qui ne font pas illusion bien longtemps, Espérance banlieues mise, surtout, sur un retour à une école traditionnelle fantasmée : rétablir l’autorité du maître/de la maîtresse, restaurer des valeurs de respect, notamment de la patrie. Discipline et ordre sont donc les mots clefs. « L’image qu’ils essaient de véhiculer est celle d’une petite fondation apolitique, a-religieuse. Tout est pourtant ultra-professionnel. Ils parlent par exemple d’écoles non pas laïques mais « a-confessionnelles ». Ce qui permet tout autant de toucher un public de parents de confession musulmane que de prévenir les accusations de prosélytisme » [2]. Enfin, promouvoir ce mode de fonctionnement des écoles hors contrat, c’est dynamiter l’école publique, entrer dans l’ère de la concurrence des établissements, du marché de l’école, remplacer la logique de service public par une logique de paiement.
Un modèle d’école à combattre à plus d’un titre.

Sud éducation Hauts-de-Seine


[2Alicia Bourabaa, dans l’article du 28 mars 2017 sur Mediapart :Écoles Espérance banlieues, quand « les réacs colonisent la banlieue »